par
Zijun Li
traduit de WorldWatch
Il n’est que de voir fleurir les publicités pour des sacs à dos ou des sacs à appareil photo « solaires » pour se rendre compte que l’énergie solaire est devenue un secteur porteur. L’industrie solaire a enregistré des taux de croissance supérieurs à 30% ces trente dernières années et les marchés des titres ont vu une forte hausse des actions des fabricants de cellules photovoltaïques.
Bien entendu, la Chine veut sa part du gâteau. En décembre dernier, Suntech Power Holding, le plus grand fabricant de cellules et de modules traditionnels mono- et poly-cristallins est devenu la première entreprise solaire chinoise à être cotée à Wall Street. Le premier appel public à l’épargne (PAPE) a été un succès qui a rapporté 396 millions de dollars et a été considéré comme une avancée majeure pour l’industrie chinoise de l’énergie solaire.

Un travailleur assemble un panneau solaire dans l’usine SunOasis d’Urumqi, Xinjiang, Chine. SunOasis cherche activement à développer son marché au-delà des frontières chinoises.
Photo : Emma Graham-Harrison/REUTERS © 2005
Plus important, étant donné l’énorme capacité de production solaire du pays et le faible coût des unités de production, la croissance remarquable de Suntech et celui d’autres acteurs chinois a convaincu jusqu’aux fervents défenseurs de l’industrie pétrolière de s’intéresser au secteur solaire chinois. Malgré cet enthousiasme cependant, certains experts restent sceptiques en ce qui concerne l’avenir de l’énergie solaire en Chine.
Le solaire se vend bien
La Chine n’est bien sûr pas la seule étoile montante de l’industrie solaire mondiale. Solarbuzz LLC, une firme de recherche indépendante basée à San Fransisco, rapporte que les installations mondiales de systèmes photovoltaïques, un indicateur-clé de la taille du marché, ont atteint le chiffre record de 1460 mégawatts en 2005, progressant à un taux annuel de 34%. Dominée par le Japon et l’Europe, la production de cellules solaires a augmenté de 45% pour atteindre presque 1.730 MW, soit six fois le niveau de l’année 2000. Avec un marché pétrolier en difficulté, une demande mondiale en énergie croissante, et des incitations gouvernementales en faveur de l’énergie solaire dans plusieurs pays, la tendance à la hausse du secteur solaire montre peu de signes de ralentissement.
Ce grand appétit mondial a permis à la Chine de faire irruption dans une industrie de 12 milliards de dollars par an. Le pays espère augmenter de manière importante sa capacité de production sur les trois prochaines années. Une chaîne d’approvisionnement entièrement solaire est en train de se mettre en place, depuis le développement de silicium poly-cristallin, un matériau de base, jusqu’à la production de plaquettes, de cellules et de modules. L’année dernière, les trois plus importants fabricants du pays, Suntech, Tianwei Yingli et Chinese Electrical Equipment Group, avaient une capacité de production combinée de cellules photovoltaïques de 300 MW, sur un total chinois de plus de 400 MW.
Après avoir ajouté une nouvelle ligne de photopiles de 30 MW fin 2005, la capacité de production de Suntech a dépassé les 150 MW et continue d’augmenter. « Avec un autre centre de production actuellement en construction à Luoyang, nous espérons que notre capacité atteindra 270 MW fin 2006 », explique Zhang Guangchun, le directeur général adjoint de la société. Pariant sur une forte demande mondiale, pas moins de cinq autres entreprises solaires chinoises veulent lancer un premier appel public à l’épargne dans les 12 prochains mois. Parmi elles, Canadian Solar Inc., basée à Suzhou, et Yingli Solar, dans la ville de Baoding au nord du pays.
La clé de l’accélération de la capacité solaire de la Chine est sa position de fabricant à faible coût, un facteur qui permet aux sociétés de réaliser de meilleures marges que leurs concurrents mondiaux. En plus du prix de la main-d’œuvre beaucoup moins élevé, les entreprises chinoises bénéficient de l’expansion de l’industrie manufacturière locale qui procure des équipements solaires pour une fraction du prix facturé par les fournisseurs étrangers.
Pénurie de silicium ?
L’augmentation mondiale de la demande en énergie solaire a cependant déclenché une pénurie de matières premières. En 2004, environ 65% de la production de silicium poly-cristallin était destiné à la fabrication de semi-conducteurs, la moitié seulement allant aux cellules solaires. Le silicium cristallin est la principale matière première entrant dans la fabrication de 94% des cellules solaires. Au final, la croissance de l’industrie photovoltaïque dépendra de la quantité de silicium poly-cristallin disponible.
Les experts ne sont pas tous d’accord sur cette disponibilité. Piper Jaffray, une firme de courtage offrant la panoplie des services financiers basée à Minneapolis, a estimé que seulement 13.000 tonnes de cette matière seraient disponibles pour la production de cellules solaires cette année, une quantité limitant la croissance globale de l’industrie à environ 5%. Un rapport plus optimiste d’International Capital Corporation Ltd, estime la croissance globale du secteur photovoltaïque à un peu moins de 25%, avec une production de silicium poly-cristallin de 31.500 tonnes. Quant à Micchael Rogol, de CLSA Asia Pacific Market, il anticipe une forte croissance pouvant atteindre 35%. Cependant, avec la multiplication par deux du prix contractuel du silicium poly-cristallin passé de 30 dollars le kilo en 2003 à 60 dollars le kilo en 2005, il est clair que toute entreprise photovoltaïque n’ayant pas un contrat à long terme pour cette matière, et c’est le cas de la majorité des sociétés chinoises, risque d’être évincée du marché.
Sichuan Xinguang est la plus grande base manufacturière de silicium poly-cristallin de Chine, avec une capacité prévue de production de 1.250 tonnes pour 2008 selon Securities Market Weekly. Cependant, alors que la principale installation de production est toujours en construction, seuls deux autres fabricants chinois produisent actuellement cette matière : Emei Semiconductor Materials Plant & Institute, d’une capacité annuelle de 100 tonnes, et Luyang Zhonggui, qui n’a commencé à produire qu’en décembre dernier avec une capacité de 300 tonnes.
Ces difficultés d’approvisionnement ont fait monter les prix du silicium poly-cristallin pur jusqu’à 200 dollars le kilo sur le marché chinois. Le fabricant de photovoltaïques Tianwei Yingli est particulièrement inquiet du manque de matières premières, en particulier suite à la récente signature de contrats lucratifs avec deux sociétés allemandes. Le fabricant chinois prévoit de livrer des modules d’une capacité totale de 162 MW à Maaß Regenerative GmbH sur les cinq prochaines années et 4 mégawatts de modules cristallins à Phönix SonnenStrom AG pendant l’année financière actuelle. Cependant, selon Securities Market Weekly, la firme prévoit une pénurie de matières premières pouvant aller jusqu’à un tiers de ses besoins en 2006.
Le principal concurrent de Tianwei Yingli, Suntech, se prépare activement à la concurrence. Ingénieur confirmé et directeur général adjoint, Guangchun Zhuang précise : « Suntech est présentement en attente d’une certification par un laboratoire spécialisé. Cette certification lui permettra de pénétrer le marché américain cette année. » En attendant, la compagnie affirme qu’elle compte utiliser les $100 millions des fonds de son offre initiale d’achat pour les consacrer à l’acquisition de matières premières.
Futur trouble
Il se pourrait que le marché chinois ne soit pas aussi réceptif à l’énergie solaire que l’espèrent ces sociétés. L’Allemagne, le Japon et les Etats-Unis représentaient jusqu’à 90% des installations de photovoltaïques sur le marché mondial fin 2005. Une grande partie de cette activité a été entraînée par des programmes d’incitation gouvernementaux. Des banques allemandes avaient approuvé des prêts pour plus de 250 MW de systèmes photovoltaïques fin 2003 et, en Espagne, le gouvernement a subventionné des projets photovoltaïques à hauteur de 230 millions de dollars en 2004. Aux Etats-Unis, le programme d’incitation de 3,2 milliards de dollars California Solar Initiative prévoit 3.000 mégawatts d’installations solaires sur un période de 11 ans. Pour aider à satisfaire la demande internationale, Tianwei Yingli a reçu un nombre grandissant de commandes en provenance d’Autriche et d’Espagne cette année.
A titre de comparaison, l’industrie solaire domestique chinoise est dans une situation plutôt inhabituelle : plus de 90% des matières premières sont actuellement importées alors que 90% de la production est exporté. La faible demande locale est liée à la fois à l’approvisionnement en matières premières, limité, et au coût de production, élevé. En général, l’électricité photovoltaïque est beaucoup plus chère que l’énergie dérivée de carburants conventionnels ; en Chine, elle est presque 10 fois plus coûteuse que l’énergie issue du charbon. Le solaire ne représente donc qu’une minuscule partie de la stratégie à long terme du pays concernant les énergies renouvelables - seulement 2.000 MW de production électrique au total en 2020, comparé à 20.000 MW pour l’énergie de biomasse et 30.000 MW pour l’énergie éolienne.
Les régulations et les incitations du gouvernement sont nécessaires pour que les énergies renouvelables soient adoptées et pour stimuler le développement d’industries nouvelles comme celle de l’énergie solaire. Mais, alors que les analystes étrangers anticipent une plus grande demande chinoise en énergie solaire ces prochaines années, en partie motivée par les nouvelles lois nationales sur les énergies renouvelables, les experts chinois sont plus sceptiques, particulièrement dans la mesure où les détails pour arriver aux objectifs solaires restent vagues. Bien sûr, une restructuration des prix par le gouvernement pourrait changer la donne. « Si nous mettons en place des tarifs en réseau, comme en Allemagne, le marché solaire chinois pourrait sensiblement se débloquer », explique Securities Market Weekly.
Zijun Li est membre du Worldwatch Institute China.