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Changements climatiques : Le monde a maintenant besoin de... Politique.

par Eban Goodstein
traduit de World Watch


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Changements climatiques : Le monde a maintenant besoin de... Politique. / 225.6 ko




Il n’est pas exagéré de dire qu’un réchauffement climatique non contrôlé tuerait plus de gens et provoquerait l’extinction de plus d’animaux, d’insectes et de plantes que n’importe quelle autre pollution industrielle dans l’histoire humaine. Là où je vis, dans l’Oregon, au Nord Ouest des Etats-Unis, des scientifiques pensent que l’élévation des températures réduira le stock neigeux de moitié dans la chaîne des Cascades d’ici environ 2040 et que le reste aura disparu d’ici la fin du siècle. Une réduction de 50% du stock neigeux entraînerait des réductions dramatiques du débit des cours d’eau estivaux, ce qui aurait des conséquences catastrophiques pour la propreté de l’eau, les agriculteurs, les saumons et pour la santé des cours d’eau sur les rives desquels ont prospéré notre culture régionale et notre économie. Ici, dans l’Oregon, nous sommes assez riches pour nous adapter à des étés de sécheresse consécutifs. La sécheresse entraînera des conflits sociaux et un appauvrissement, mais nous survivrons.

Ailleurs, cependant, les perspectives sont plus sombres. Les 6 millions d’habitants de Lima, par exemple, dépendent presque exclusivement de la rivière Rimac, alimentée par la fonte des neiges, pour leur approvisionnement en eau potable, mais les champs de neige des Andes sont en train de disparaître et d’ici 20 ans, la Rimac pourrait être à sec 6 mois par an. Pour les animaux, des populations d’ours polaires de l’arctique aux pikas des montagnes de mon jardin, le réchauffement climatique surpassera bientôt la destruction de l’habitat comme cause principale de l’extinction de masse dans ce siècle. Selon un rapport récent du magazine Nature, le réchauffement climatique à lui seul pourrait être responsable de la disparition d’un million d’espèces terrestres d’ici 2050. Cela représente 35% du nombre estimé de créatures et de plantes sur cette planète.

Il n’est également pas exagéré de dire que stabiliser le climat représente un défi politique sans précédent. On ne peut arriver aux 80% de réduction d’émissions nécessaire que par une transition rapide vers les énergies propres - et pas seulement dans les pays riches, mais également dans les pays en voie de développement. Ross Gelbspan, journaliste militant contre les changements climatiques, affirme qu’ « étant donné la gravité et l’urgence que représente l’accélération des changements climatiques, le seul espoir est une mobilisation rapide et sans précédent de l’humanité autour de ce problème. »

Cependant, beaucoup de « solutions » aux changements climatiques présentées par les environnementalistes américains sont loin du compte. Nous nous focalisons plutôt sur des changements d’habitudes de vie, associés à l’éducation du public et à des campagnes de lobbying : rouler à vélo, changer les ampoules électriques, acheter de l’énergie verte, construire un bâtiment écologique, fabriquer son propre biocarburant et écrire à son sénateur. Ces doubles stratégies ont évolué dans les années 1970 et 1980 : les campagnes d’éducation et de lobbying ont permis de mobiliser les citoyens pour des victoires législatives à court terme, alors que les changements de mode de vie devaient poser les fondations d’un changement culturel à grande échelle et à long terme. Mais la nouvelle domination à Washington d’une idéologie hostile à toute intervention du gouvernement a rendu les tactiques de pression populaire traditionnelles inefficaces. Regardez les gens qui détiennent le pouvoir et l’influence à Washington aujourd’hui : George W. Bush, Tom Delay, Bill Frist, Dennis Hastert, James Inhofe, Larry Craig, Antonin Scalia. Ce ne sont pas les républicains de vos pères. Aucune pression politique, aucun raz de marée de pression morale, ne convaincront jamais le pouvoir républicain en place de soutenir sérieusement des projets politiques aussi visionnaires que celui proposé par Gelbspan. On ne peut simplement pas se permettre d’attendre un changement culturel pour enrayer le réchauffement climatique ; cela nécessite que la politique du gouvernement encourage des investissements massifs à court terme dans les domaines de l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Où en sommes nous ?

Mouvements et politique

Les progressistes de ma génération ont grandi sous l’influence mythique de la lutte pour les droits civils. La leçon que beaucoup d’entre nous en ont tiré est que, en Amérique, les changements politiques se déroulent de la façon suivante : les gens adoptent une cause morale (l’abolition de l’esclavage, le vote des femmes, le droit des travailleurs, les droits civils, le pacifisme, le combat contre le nucléaire) et construisent un mouvement pour éduquer le public. Ils manifestent de manière courageuse la profondeur de leurs convictions. Ils créent une vague de sentiment moral qui finit par convertir même le pouvoir politique en place. Les exigences du mouvement sont finalement codifiées dans la législation nationale.

Inspirés par cette vision, en 1999, quelques admirables collègues et moi-même avons fondé une organisation à but non lucratif appelée The Green House Network. Notre idée de départ était de multiplier les initiatives soutenant la révolution énergétique propre, nécessaire pour enrayer le réchauffement. Comme d’autres organisations clés l’ont fait pendant les mouvements pour les droits du travail ou les droits civiques, nous rassemblons les citoyens activistes et les spécialistes, fournissons des informations et des outils, organisons des réseaux et présentons des exemples. Ces personnes retournent chez elles pour prendre en charge les actions et l’éducation - en faisant des exposés et en organisant des conférences, des évènements médiatiques et des réunions avec des dirigeants politiques et des leaders d’opinions - pour aider à stopper le réchauffement climatique. Je suis très fier du travail accompli par les centaines de membres du Green House Network. Cependant, au bout de six ans, nous sommes maintenant plus éloignés qu’en 1999 de l’aboutissement ultime des grands mouvements américains : une législation nationale positive.

Durant les élections de 2004, dominées par les problèmes de la guerre, du terrorisme et de l’économie, le réchauffement de la planète a été à peine évoqué. Même si John Kerry avait gagné les élections, il lui aurait été difficile d’agir contre les changements climatiques à cause de la profonde opposition idéologique du Congrès. Ces vingt dernières années, on a assisté à un virage à droite radical dans le paysage politique, conduit par une minorité importante et puissante de dirigeants politiques américains, reflétant un mélange étrange de libéralisme économique et de fondamentalisme social chrétien. Si l’on y réfléchit, l’histoire des droits civils et des changements politiques américains - partant d’un mouvement moral populaire pour arriver à un changement de législation radical - est incomplète : elle laisse de côté la politique. Nos aïeux qui se sont battus pour les droits civils ont pu vaincre une idéologie raciste discréditée (mais néanmoins puissante), faisant bouger le pouvoir politique en place par la simple force de leurs arguments moraux. Par contraste, les mouvements actuels font face à des adversaires idéologiques extraordinairement modernes, politiquement influents, bien organisés et grassement financés. Il ne s’agit pas seulement de l’opposition économique des industries du charbon, de l’automobile et du pétrole ; nous faisons face à une idéologie bien ancrée opposée à toute idée d’initiative gouvernementale de grande envergure. Les tactiques inspirées de l’époque de la lutte pour les droits civils, motivées par un engagement moral profond - campagnes d’éducation, manifestations et même actions de désobéissance civile - ne seront pas suffisantes. Nous devons, par-dessus tout, arriver à conquérir un vrai pouvoir politique et nous devons y arriver vite.

Le changement de style de vie ne peut pas se substituer à la politique

Chaque fois que je parle de réchauffement planétaire, il se trouve quelqu’un dans l’assemblée pour accuser les habitudes de consommation égoïstes des américains, leurs habitudes paresseuses (pas les nôtres) et leur amour pour les véhicules utilitaires sport (VUS). En réponse à cela, je leur demande s’ils prennent parfois l’avion. Parce que moi oui, et souvent - et que deux voyages en avion à travers le pays annulent les économies d’émissions de gaz à effet de serre réalisées en conduisant un véhicule hybride. Dans la mesure où je prends l’avion dans l’Oregon pour aller voir mon père dans le Tennessee ou pour me rendre à des conférences distantes, je suis responsable de plus d’émissions de gaz à effet de serre que la majorité de mes voisins qui conduisent des VUS. Les changements de mode de vie peuvent être un début important d’action politique progressiste, mais lorsqu’il s’agit de changements climatiques, ils ne peuvent pas se substituer à la politique.

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© Chris Madden, tiré du livre The Beast that Ate the Earth, www.inklinepress.com

Nous devons parler de valeurs, mais nous devons nous focaliser sur les bonnes et les mauvaises politiques, pas sur les bonnes et les mauvaises personnes. Le gouvernement - notre voix collective - a de manière constante fait de mauvais choix moraux, subventionnant les gros producteurs de combustibles fossiles et ne soutenant pas les technologies d’énergies propres. Nous n’avons pas réussi, pas en tant que consommateurs individuels mais en tant que société politique, à exiger une amélioration de la consommation de nos véhicules. En conséquence, nous voyons l’argent du pétrole financer le terrorisme au Moyen-Orient ou notre jeunesse souffrir de crises d’asthme dans les villes, et le climat de notre planète devient de plus en plus instable.

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© Chris Madden, tiré du livre The Beast that Ate the Earth, www.inklinepress.com

Si, au lieu de nous concentrer sur la nécessité d’un changement à Washington et dans les capitales des Etats, nous parlons des choix de vie de nos voisins, la majorité d’entre nous peut être accusée à juste titre d’avoir lamentablementéchoué à mettre en pratique ce qu’elle prêche. Plus important, le fait d’accuser nos voisins au lieu de les impliquer ne nous mènera nulle part. Le réchauffement planétaire ne sera pas résolu en changeant de style de vie ou en adoptant une vie plus simple, aussi souhaitables que puissent être ces changements. Nous devons engager nos existences, nos énergies créatives et nos nombreux talents collectifs pour créer, en quelques années, un mouvement politique suffisamment puissantpour lancer un nouveau marcheé des énergies propres et initier un effort mondial de préservation des forêts qui marqueront le début de la fin de l’ère des combustibles fossiles.

Les leçons du nord-ouest

Il ne fait aucun doute qu’on puisse y arriver et l’Oregon est un exemple typique. Cet Etat, comme l’ensemble du pays, est polarisé en régions rouges (républicaines) et bleues (démocrates) : bleues principalement du côté côtier de la chaîne des cascades et rouge à l’est, à l’intérieur des terres. L’Oregon est en proie à la même guerre idéologique que le reste du pays, avec les partisans de l’économie libérale déterminés à combattre le syndicalisme et favorables à la déréglementation, particulièrement en ce qui concerne l’utilisation du sol, et les conservateurs culturels décidés à imposer un contrôle social de la sexualité.

C’est à cela qu’ont dû faire face Jonathan Poisner et son équipe à L’Oregon Leagues of Conservation Voters à la fin des années 1990. L’OLCV a été fondée en 1972 et a suivi pendant les vingt premières années une stratégie libérale typiquement post-1960, mettant l’accent sur l’éducation du public. Cependant, à mesure que le paysage électoral de l’Oregon est devenu de plus en plus conservateur, l’organisation a senti le besoin de se réinventer en organisation politique sérieuse. Entre 1998 et 2004, l’OLCV a plus que doublé son budget annuel, une grande partie de l’argent servant à payer des employés pour coordonner les volontaires faisant fonctionner les nouvelles sections comté par comté. Pour les élections de 1996, l’OLCV a envoyé sur le terrain 100 volontaires pour couvrir tout l’état. Ce nombre est passé à 350 en 1998, 1 100 en 2002 et 1 500 en 2004 - tous passant des coups de téléphone, frappant aux portes, organisant des soirées, recherchant des fonds, parlant à leurs voisins. Dans ce processus, l’OLCV a réussi à unir la communauté écologiste de l’Oregon - des gens avec des revendications spécifiques travaillant sur les saumons ou l’urbanisme, la protection des forêts ou la qualité de l’air, les transports ou la justice environnementale - autour d’un programme électoral.

En 1996, les républicains conservateurs dominaient le sénat d’état à 18 contre 12. Aux élections de 2004, cependant, le sénat est revenu solidement dans le camp des défenseurs de l’environnement. Grâce au dur travail de nombreux groupes progressistes à travers l’état, l’Oregon comptait la plus forte participation de la nation aux élections de 2004, avec plus de 80%. L’Oregon n’est pas encore entré dans une nouvelle ère progressiste. La chambre des représentants de l’état reste contrôlée par des conservateurs sociaux hostiles a l’intervention du gouvernement. Mais l’OLCV a montré qu’il était possible, en travaillant de manière organisée, d’enrayer la vague républicaine. Et Poisner pense qu’il reste encore beaucoup d’énergies à exploiter. « Il y a 150 000 personnes dans l’Oregon qui appartiennent à des organisations environnementales, » a-t-il affirmé, « et nous ne comptons que 5 000 membres. » Cela représente un grand nombre de volontaires potentiels.

Les progrès déployés dans l’Oregon pour motiver un vote environnemental ont connu un succès similaire dans d’autres états. En 1997, seuls 12 états avaient une association d’électeurs pour l’environnement et quatre seulement employaient des gens à plein temps. Quelque 32 états comptent à présent de telles associations et 28 d’entre elles ont des employés à plein temps. Pendant des années, les écologistes se sont méfiés - ou désintéressés - de la politique électorale, se contentant de soutenir les groupes d’éducation ou de pression. Ces dernières années, moins de 1% de toutes les subventions accordées à des groupes environnementaux ont bénéficié aux organisations impliquées dans la politique électorale. La droite américaine s’est rassemblée autour d’une idéologie anti-gouvernementale et a présenté et fait élire, autant au niveau national qu’au niveau des états, des candidats partageant cette vision. L’ère de la coopération bi-partisane au sujet des problèmes environnementaux est finie et le message est clair : si nous voulons sérieusement stabiliser le climat, nous devons, avant tout, élire des candidats progressistes.

Le destin d’un million d’espèces et de centaines de millions de personnes dans les pays pauvres, pourrait bien dépendre de la rapidité de la transition énergétique dans la prochaine décennie. Ces prochaines années, les campagnes régionales et d’état visant à promouvoir l’énergie éolienne, les biocarburants et les autres carburants renouvelables ; à adopter des mandats comme le California Clean Car ; et pour limiter les émissions des centrales énergétiques, fourniront le cadre nécessaire à la croissance du mouvement pour enrayer le réchauffement de la planète. En travaillant à l’intérieur des institutions politiques au niveau des états, nous pouvons remporter, et sommes déjà en train de remporter, des victoires importantes qui nous donnent du courage. Plus important encore, nous devons construire dans ce domaine la machine politique favorable aux énergies propres dont nous avons besoin pour élire la majorité solide nécessaire à de réels progrès au niveau des états, et d’ici cinq ans, au niveau national.

Eban Goodstein est professeur d’économie au Lewis and Clark College de Portland, Oregon. Cet essai est une adaptation d’un ouvrage en cours d’écriture qui devrait s’intituler Life in the Century of Extinction : How Passion and Politics Can Reshape the Future.

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