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Contribuer à la mobilisation de 100 pays

par Christopher Flavin
traduit de World Watch


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Contribuer à la mobilisation de 100 pays / 162.2 ko




Il y quelques mois j’ai reçu un appel téléphonique de Stephan Contius, un assistant de haut rang au Ministre de l’environnement allemand Jurgen Trittin qui avait une proposition. Stephan voulait savoir si Worldwatch serait intéressé à co-organiser une importante initiative sur les énergies renouvelables aux Nation Unies à New York.

La proposition allemande a sa genèse dans un débat qui fut au premier plan du dernier Sommet mondial sur le développement durable à Johannesburg l’année dernière. Un groupe important de pays européens, d’Amérique latine, et de petits pays insulaires, avait insisté pour que le programme final du Sommet inclue des objectifs spécifiques et quantifiables pour le développement d’énergies renouvelables dans le monde.

(JPEG) Le groupe espérait s’appuyer sur le succès européen dans le développement d’une industrie énergétique robuste au cours des années 1990. Sa proposition avait été freinée cependant lorsqu’une coalition de gouvernements dépendants des hydrocarbures, allant des États-Unis à la Chine en passant par l’OPEP, s’est formée pour bloquer cette initiative. Un faible compromis avait résulté de ces deux semaines de corps à corps diplomatique - un document faisant une vague référence au besoin d’un " usage accru " des énergies renouvelables, couplé à une inclination similaire pour l’énergie nucléaire.

Plutôt que d’abandonner l’une des propositions parmi les plus prometteuses de Johannesburg, les supporters des énergies renouvelables ont décidé de tenter une espèce de passerelle avec le processus formel des Nation Unies. Profitant de son discours au Sommet, le Chancelier allemand Gerhard Schroeder prit l’initiative d’annoncer une conférence sur les énergies renouvelables qui doit se tenir dans l’ancienne capitale de l’Allemagne, Bonn, en juin 2004. Le but, expliqua-t-il, serait d’offrir : des conseils internationaux quant aux politiques à adopter, un soutien financier, et tout ce qui sera nécessaire pour accélérer le développement des énergies renouvelables.

C’était de la préparation à la conférence de Bonn que Stephan Contius souhaitait discuter lorsqu’il appela Worldwatch l’hiver dernier. Nous nous sommes mis d’accord pour travailler ensemble afin de rassembler un groupe de ministres de l’environnement à New York et entreprendre la préparation d’une conférence à Bonn l’année prochaine. L’événement eut lieu le 29 avril aux quartiers généraux de l’ONU à New York devant une audience composée de diplomates, de représentants des organisations non gouvernementales et des ministres. En tant que président, j’ai eu l’honneur d’introduire les quatre ministres de l’environnement qui prirent la parole : l’Allemand Jurgen Trittin, la Brésilienne Marina Silva, l’Italien Altero Matteoli et le Sud-africain Valli Moosa.

Chaque ministre exposa son point de vue sur ce qui doit être entrepris pour ré-orienter l’économie énergétique mondiale. Ce qui m’a le plus étonné est le fait que tous les quatre voyaient clairement le rôle important que les énergies renouvelables peuvent jouer dans un avenir proche - et comment leur engagement pouvait amener cette évolution à se produire. Trois chefs d’entreprise s’exprimèrent également pour associer leur perspective très concrète à celles, très enthousiastes, des quatre politiciens.

On peut déjà dire qu’il faudra du temps avant que nous puissions évaluer le succès de la conférence de Bonn quant à la modification des politiques énergétiques des principaux pays. Mais les événements des derniers mois marquent déjà une nouvelle maturité pour les énergies renouvelables - et pour Worldwatch également. Pendant plus d’un quart de siècle, Worldwatch a documenté l’émergence progressive de ces nouvelles sources d’énergies propres, analysant les développements technologiques tout comme les barrières économiques et politiques à leur développement. Une des personnalités de premier plan dans ce domaine était Denis Hayes, le co-fondateur de la Journée de la Terre en 1970, qui a ensuite rejoint le personnel de Worldwatch avant de poursuivre son chemin à la tête du Laboratoire national américain des énergies renouvelables. Par la suite notre travail a inclus mon livre Power Surge : Guide to the Coming Energy Revolution, des articles importants, et les chapitres de L’Etat de la planète (ndlr : rapport annuel, traduction en français très irrégulière) sur l’énergie, et le lien entre l’énergie et le climat par Nicholas Lenssen, Seth Dunn et Janet Sawin, aujourd’hui à la tête de notre équipe consacrée à l’énergie.

Au cours des années quatre-vingts, nous avons contribué à la diffusion des premiers succès sur les énergies renouvelables. Dans World Watch, nous avons publié des articles concernant les toits couverts de panneaux photovoltaïques en Afrique, les fours solaires en Chine, les parcs éoliens en Californie, et la croissance à deux chiffres des énergies renouvelables dans le monde. Je me souviens de conversations durant cette décennie avec des Européens qui voulaient connaître les raisons de l’explosion du marché de l’énergie éolienne en Californie. Aujourd’hui se sont les Californiens que voyagent en Europe pour observer la fine pointe de cette industrie. Dans State of the World 2003 (ndlr : malheureusement non traduit en français en 2003), nous avons présenté comment l’Allemagne, partie de pratiquement rien mais avec le soutien de nouvelles politiques vigoureuses adoptées tôt dans la décennie, a émergé comme le leader mondial de la production d’énergie éolienne en 1990.

Jusqu’à récemment, l’Institut Worldwatch comptait largement sur son propre réseau et les médias du monde pour disséminer nos informations et nos idées, laissant à d’autres le soin de déterminer comment au mieux poursuivre ce travail. Cette approche connue de nombreux succès (l’auteur spécialiste de l’environnement Bill McKibben a dit que sans Worldwatch, " le mouvement pour l’environnement, tel que nous le connaissons aujourd’hui, ne pourrait exister "), mais elle n’est plus adéquate pour répondre à l’urgence des problèmes environnementaux d’aujourd’hui, à une échelle qui convienne.

Pour répondre au défi, j’ai commencé à travailler il y a deux ans avec mes collègues de Worldwatch, et notre conseil, pour définir les contours d’un nouveau plan stratégique. Le plan qui a pris forme vise à mieux orienter notre travail, et à chercher de meilleures opportunités pour faire naître le changement. Nous maintenons notre engagement principal qui consiste à fournir des données solides, factuelles et fiables, et à analyser les problèmes mondiaux les plus pressants - mais en couplant cette démarche avec le développement et la dissémination de solutions qui contribueront à un monde viable.

En 2004, par exemple, nous allons accorder une attention particulière au sujet de la consommation durable - un manière d’aller droit à la racine de questions très importantes comme les changements climatiques, la perte de la biodiversité, la dégradation des ressources, la pauvreté et les enjeux démographiques. Notre plan est d’utiliser State of the World 2004, World Watch (L’État de la planète magazine) et d’autres publications, ainsi que notre capacité à convoquer les organisations clefs et à organiser des événements, afin d’attirer l’attention sur l’impact énorme que les niveaux croissants de consommation ont sur la planète - et comment réduire ces impacts.

Nous pensons que ces efforts, en instaurant le plus grand nombre possible de partenariats avec d’autres organisations, nous permettront d’atteindre les principales structures qui pourront faire suivre le message par des activités éducatives, l’organisation de conférences, et le lobbying auprès de personnalités politiques. Les nouveaux partenariats incluent les institutions internationales, les ministères, les entreprises, les académies, les communautés religieuses, et les ONG. Parmi nos partenaires actifs, notons les Guides Verts, au Brésil l’Université libre pour la forêt atlantique, le Centre pour un nouveau rêve américain, le Conseil pour le choix des consommateurs, l’Organisation mondiale des législateurs pour un environnement sain, la Fondation allemande Heinrich Boell et Germanwatch.

Nos efforts pour engager plus directement les décideurs ont donné des résultats gratifiants au cours des dernières années :

Après avoir rencontré notre équipe qui se penche sur les questions énergétiques durant l’été 2001, des membres du Comité japonais pour l’environnement à la Diet sont retournés à Tokyo et ont ratifié le Protocole de Kyoto, malgré le lobbying persistant de l’administration Bush.

Les douze ambassades de l’Union européenne à Washington ont préféré l’Institut Worldwatch au Département d’État américain pour leur résumer la teneur du Sommet mondial de Johannesbourgh. J’ai le sentiment que ce choix est un message fort, non seulement en regard du schisme qui s’est opéré entre Washington et Bruxelles pendant l’administration Bush, mais également sur l’estime que porte l’Europe à l’Institut Worldwatch : fournissant des analyses hautement crédibles et non idéologiques sur les défis politiques auxquels le monde doit dorénavant faire face, l’institut a la confiance du continent européen.

Puis il y eut l’apport du Président du Brésil Fernando Henrique Cardoso qui rédigea la préface de State of the World 2002. Evoquant le rôle joué par Worldwatch, il a déclaré : " L’enrichissement qu’ils apportent au débat public sur le développement durable est par lui-même un événement. C’est une contribution substantielle vers une prise de conscience forte du besoin d’aller de l’avant dans la construction d’un monde nouveau. "

L’Institut Worldwatch est une petite organisation vouée à la présentation de questions énormes dont la dimension est mondiale. Nous n’avons ni les ressources, ni même l’intention de faire du lobbying auprès des législateurs, ou de nous engager dans des campagnes médiatiques planétaires. Mais par l’information et les idées que nous produisons, nous sommes capables d’en amener d’autres à agir. Il est rare que Worldwatch seul soit à l’origine du changement important d’une politique. Mais si notre travail arrive au bon moment, qu’il est juste, et qu’il captive - et si nous travaillons efficacement avec d’autres - nos efforts vont envoyer de puissantes ondes, et permettre le débutd’une mer de changements.

C’est ce que nous voyons se produire avec les énergies renouvelables. Plus de 100 pays sont attendus à Bonn l’année prochaine, avec un nombre similaire d’entreprises intéressées et d’ONG. J’espère que nous pourrons faire usage de cette conférence, et de la période qui nous y amènera, pour attirer une l’attention du monde sur notre vision d’un futur post-carburants-fossiles, et contribuer à ce que la monde entier prenne définitivement cette voie.

Bien sûr, nos efforts vont s’étendre au-delà des batailles pour les énergie renouvelables, sur une série d’autres fronts qui mettent en jeu la viabilité de l’humanité. Cette lettre sera suivie, dans de prochains numéros du magazine, par une série de témoignages de chercheurs de premier rang, qui présenteront leurs expériences personnelles visant à transformer le monde pour le meilleur.

Christopher Flavin, Président de l’Institut Worldwatch

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