par
Mindy Pennybacker
traduit de World Watch
Alors que l’automne approche dans l’hémisphère nord, le mangeur de viande convaincu songe à l’arrivée dans son assiette du traditionnel rôti usuellement consommé par temps froid. Le besoin de se doter, avec la venue de l’hiver, d’une couche de graisse protectrice, remonte à notre passé paléolithique. Malheureusement, alors que notre appétit est demeuré le même, nous comptons aujourd’hui davantage sur les carburants fossiles plutôt que sur un feu de camp ou notre propre musculation pour nous réchauffer ; nous dépensons donc moins d’énergie. Ce style de vie sédentaire, associé à une consommation croissante de viande, contribue à favoriser l’obésité et les dommages causés à l’environnement de par le monde. (voir notre numéro précédent : « La viande : ne le prenez pas personnellement ! »).
Selon les chercheurs de Worldwatch, l’élevage du bétail, sur le plan planétaire, a augmenté de 60 % depuis 1961. Très répandues, à l’origine, en Amérique du Nord et en Europe, les structures industrielles d’élevage - une cause majeure de pollution de l’air et de l’eau - sont maintenant largement implantées au Brésil, en Chine, en Inde, aux Philippines et ailleurs encore. Or l’augmentation de la production de viande et de sa consommation coïncide avec ce que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) appelle une « épidémie mondiale d’obésité ». En effet, si 61% des Américains sont en surpoids, le nombre d’individus dont la charge pondérale est importante augmente également très rapidement dans les pays en développement. C’est notamment le cas en Chine, au Brésil et en Colombie. « Dans ces pays, mais aussi dans un nombre croissant d’autres pays en développement, il n’est pas rare pour les individus manifestant une surcharge pondérale de dépasser en nombre les personnes sous-alimentées » reporte l’article du Worldwatch, Underfed et Overfed (Les sous-alimentés et les sur-alimentés).
Comme pour jeter de l’huile sur le feu, de nombreuses personnes adoptent aujourd’hui le très discutable régime Atkins, dont la popularité, depuis quelques temps, enclenche une consommation croissante de viande rouge - ceci malgré les avertissements lancés par l’Association américaine des maladies du cœur (American Hart Association) ainsi que par d’autres organisations comme l’association des « Médecins pour une médecine responsable » (Physicians for Responsible Medecine), sur les risques associés à la consommation de viande. Manger de la viande rouge, rappelle l’American Hart Association, augmente les risques d’obésité et de cancer, et favorise les maladies cardio-vasculaires et le diabète.
Dès lors, ne devrions-nous pas tout simplement cesser de manger de la viande ? Essayez de dire cela à votre beau-père lors d’un repas de fête, ou à un gosse affamé à qui l’on proposerait un morceau de tofu après une partie de foot ! Plutôt, toutefois, que de laisser votre enfant se nourrir chez McDonald, offrez-lui un hamburger constitué de viande « bio ». Selon Danielle Nierenberg, chercheuse à l’Institut Worldwatch, un bœuf nourri d’herbe verte et « élevé au sein d’une ferme locale de petite dimension plutôt que dans une grande ferme commerciale, a non seulement meilleure saveur mais sa consommation est plus favorable, et à la santé et à l’environnement ». Comme le souligne Fred Kirschenmann, qui pratique l’élevage et l’agriculture biologique et dirige le Leopold Center for Sustainable Agriculture de l’Université de l’Iowa, « élever du bétail ne doit pas nécessairement rester associé aux mangeoires, aux aires d’engraissement et à la déforestation. Dispersés sur des terrains étendus, les animaux d’élevage peuvent consommer des résidus agricoles, convertis alors en alimentation pour l’homme. Par ailleurs, le fumier, l’une des sources d’engrais les moins néfastes à l’environnement, peut assurer en bonne partie la fertilité des sols. » F. Kirschenmann signale encore que 80 % de l’alimentation bovine « vient du fourrage, des résidus agricoles et des céréales endommagées par la pluie que les gens ne mangent de toute façon pas. » Grâce au pâturage, le bétail de cet éleveur fertilise et préserve « plus de 900 acres de prairie naturelle. En d’autres termes, les bovins peuvent faire partie d’un système « durable », fonctionnant en boucle fermée. »
Bien entendu, nous devrions tous réduire notre consommation de viande. Mais si, du moins, lorsque nous la consommions, nous faisions des choix compatibles avec un développement durable, notre « demande », en tant que consommateur, pourrait contribuer à rendre nos marchés et l’industrie de la viande plus verts et plus sains.
Ci-dessous trois exemples de labels américains :
USDA Organic : les animaux sont élevés avec des méthodes biologiques, sans hormones. Leur alimentation est 100 % végétarienne et non mélangée avec du sang et des tissus de ruminants. Cette alimentation biologique est, par ailleurs, produite sans engrais de synthèse ni pesticides dérivés du pétrole.
Certified Humane Raised and Handled : les animaux disposent d’eau et d’air frais, font de l’exercice, et ne vivent pas dans des espaces surpeuplés. L’Institut pour le bien-être animal (Animal Welfare Institute) dispense ce label uniquement aux fermes familiales indépendantes.
100 Percent Pastured or Grass Fed : la viande issue de ce bétail, qui pâture à l’air libre, contient moins de graisses saturées et plus d’acides gras omega-3, ce qui est signe de santé. Ce type d’élevage ne recourt ni aux antibiotiques ni aux hormones de synthèse ; il fournit donc une alimentation de bonne qualité. A noter que ce label n’a pas encore été garanti par un tiers indépendant.