par
Benoît Lambert
Depuis quelques semaines, la question du pétrole revient en force dans les médias. Le prix en hausse des matières premières - hydrocarbures, métaux - explique cet intérêt renouvelé pour l’or noir. Il faut le rappeler : la plupart des activités économiques de nos économies sont fortement consommatrices d’énergies, soit lorsqu’elles sont directement consommées par des moteurs à combustion, soit comme élément constitutif d’un produit, soit encore comme additif à un procédé de production. Dans ce numéro, nous consacrons un long article aux conséquences de la consommation massive de viande par nos sociétés, dont celles-ci, plutôt troublantes : « Il faut l’équivalent de 3,7 litres d’essence pour produire 450 grammes d’un bœuf nourri avec des céréales aux Etats-Unis. Une partie de cette énergie a été utilisée pour l’alimentation de l’animal, son transport, ou sa congélation, mais l’essentiel aujourd’hui est consacré aux fertilisants nécessaires à la culture des céréales destinées aux bœufs et aux vaches. (...) Aujourd’hui, plus de 70 % des céréales produites aux Etats-Unis nourrissent des animaux d’élevage, pour l’essentiel du bétail. ». Autre conséquence : « Il faut en moyenne 28 calories d’énergie fossile pour produire 1 calorie issue de la viande pour la consommation humaine, alors qu’il ne faut que 3,3 calories de combustible fossile pour produire 1 calorie de protéine issue des céréales pour la consommation humaine. »
Depuis quelques années le débat sur l’usage des hydrocarbures et la crise énergétique annoncée a tendance à se polariser entre deux options. Les uns voient dans la technologie « essentiellement occidentale » la source de tous les maux dont souffre la planète. Changer de mode de vie serait la réponse toute donnée à ces abus. Le tiers-monde devrait d’ailleurs se méfier de cette déferlante technologique, ni plus ni moins qu’un nouvel impérialisme dissimulé derrière cette logistique avenante. Dans l’autre camp on pense que les appels à un mode de vie frugal n’offrent rien de très enthousiasmant et qu’ils sont voués à l’échec. Pour ces derniers les propositions pour un style de vie moins énergivore n’ont rien de crédible, la mondialisation du mode de vie américain serait inéluctable. Ils se tournent vers des propositions exclusivement technologiques, parfois avec ce ton messianique inspiré du mouvement « nouvel-âge », dont l’optimisme naïf ne regarde souvent que dans une seule direction, technologique bien sûr.
Ce débat aux allures de tango entre les défenseurs du « tout technologique » et ceux d’un retour à un paradis perdu est particulièrement caricatural dans le domaine de l’énergie : la bougie ou la centrale nucléaire ! Mais cette polarisation ne fait-elle pas perdre de vue des solutions accessibles et qui permettent de résoudre une multitude de problèmes ? Exemple : avec une sur-production chronique en Europe, l’utilisation des résidus organiques agricoles peut permettre de développer la filière des bio-carburants. Neutre du point de vue des émissions de CO2, elle serait génératrice de revenus pour un secteur en difficulté. L’agriculture biologique, elle, permet de réduire les intrants et de multiples produits - insecticides, herbicides, etc. - à fortes concentrations pétrochimiques. Ces carburants et ces produits alimentaires sains, consommés localement, induisent une réduction des transports. C’est là ce que certains ont appelé un cercle vertueux. Toutes ces solutions permettent de résorber plus d’une difficulté, elles doivent recevoir l’écoute des décideurs, la transdisciplinarité des solutions doit s’imposer.
Avec un baril de pétrole qui vient de franchir la barre des 50 dollars, il devient urgent de prendre très au sérieux ces solutions, multiples, locales, créatrices d’emplois et « biosphériquement compatibles ». Toutes les propositions, humainement constructives et respectueuses de l’environnement, doivent être étudiées.
Benoît Lambert, rédacteur en chef