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Édito
W ou WW ?

par Benoît Lambert


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(JPEG) En invitant M. Christopher Flavin, le président de l’institut Worldwatch (WW) au Village Alternatif du Salon du livre de Genève (début mai) - dont le thème était le réchauffement planétaire - les organisateurs offrirent l’occasion au public de la région de rencontrer le représentant d’une des organisations de la société civile ayant le plus influencé la pensée de ces dernières décennies sur l’impératif de conciliation entre les fragiles écosystèmes naturels et les activités économiques de l’humanité. La préface de l’édition 2002 de son célèbre rapport annuel State of the World (traduit en vingt langues cette année), assurée par le Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan, est une fleur bien méritée à l’organisation, une flèche à W (Bush), et souligne toute l’importance des organisations non gouvernementales dans la nouvelle "diplomatie internationale de l’environnement."

Mais c’est d’un "changement de climat" bien précis dont Christopher Flavin est venu s’entretenir avec nous : celui du secteur énergétique. Notre dépendance face au pétrole et aux régions du monde où il se trouve est une véritable épée de Damoclès menaçant en permanence l’économie mondiale et la démocratie. L’embargo sur le pétrole de 1973, la révolution iranienne de 1980, la Guerre du Golfe de 1990 sont autant d’avertissements : l’approvisionnement en pétrole bon marché n’est aucunement assuré. Certes, la diplomatie de palais dans les pétro-monarchies nous en donne l’illusion, mais ces pétrodollars, dans des Etats où la redistribution des richesses et l’éducation n’ont pas la priorité, ne font qu’ajouter à l’instabilité sociale et aux retournements d’alliances potentiels. Par ailleurs, les géologues savent prévoir avec une relative précision l’épuisement des réserves. La courbe dite de Hubert désigne l’anticipation du pic de la production d’un pays. M. Hubert, un employé de Shell, s’était rendu célèbre chez les géologues, en prédisant dès 1956, le pic de la production américaine. Il se produisit bel et bien en 1970, comme il l’avait annoncé. Aujourd’hui de nombreux géologues, dont Colin Campbell et Jean Laharrère, avec des décennies d’expérience sur le terrain (presque un siècle cumulé !) dans le monde entier, et après avoir eu accès aux sources d’information les plus fiables qui soient (celles de Pétroconsultant à Genève) écrivait dans Pour la science en 1998 : "La production de pétrole conventionnelle va amorcer son déclin bien avant ce que les gens pensent, probablement d’ici dix ans." Aujourd’hui, pour quatre barils consommés, un seul est découvert.

La pollution de l’air et les menaces de sévères perturbations climatiques viennent s’ajouter à la nécessité d’une transition dans le secteur énergétique. Comme l’avait prophétisé Jules Verne, c’est l’hydrogène, l’élément le plus commun dans l’univers, qui apparaît comme le vecteur énergétique tout désigné. Cette transition a déjà commencé : des bus pourvus d’une motorisation électrique et alimentés par de l’hydrogène circulent déjà à Vancouver et à Chicago, grâce au système de la pile à combustible. Cette dernière recombine l’hydrogène à l’oxygène grâce à un catalyseur - une membrane contenant, dans la plupart des cas, une fine couche de platine - produisant de l’électricité lors du processus électrochimique. Le seul résidu est de l’eau, H2O. Le stockage de l’hydrogène reste problématique : il occupe huit fois l’espace du pétrole pour un potentiel énergétique comparable. Mais les moteurs électriques ont un rendement deux fois supérieur à celui des moteurs à combustion, et les véhicules de demain pourraient être infiniment plus légers permettant l’usage de moteurs plus petits, de systèmes de freinage plus modestes, et donc un usage réduit d’énergie pour les propulser.

Notre indépendance face au pétrole passera également par des mesures organisationnelles, logistiques et informatiques. Face au caractère parfois absurde qu’ont pris les problèmes de circulation dans de nombreuses villes du monde et la synergie entre environnement construit et mobilité, il est grandement temps que la "maîtrise de la mobilité" devienne une priorité des autorités. Pour ce faire, les transports publics doivent devenir des lieux où il fait bon se trouver (voir les trams de Karlsruhe, de vrais salons), et nos rues doivent redevenir des espaces de vie, loin des couloirs à circulation actuels. Avec 370 villes de plus d’un million d’habitants aujourd’hui, contre 11 au début du siècle, l’urbanisme sera certainement une des sciences phares du 21e siècle.

A ce nouvel urbanisme moins motorisé viendra s’intégrer un nouveau système énergétique dont la production industrielle de la pile à combustible, et de l’hydrogène à partir d’énergies renouvelables, seront les deux principaux éléments. Christopher Flavin et son équipe de chercheurs chevronnés de l’institut Worldwatch y auront, par leur discours visionnaire, grandement contribué.

L’impérative transition énergétique sera passée par Washington (D.C.), où se côtoient des visionnaires comme Christopher Flavin et l’équipe multidisciplinaire de Worldwatch, et une administration défendant un système énergétique dépassé. Mais de qui l’histoire se souviendra-t-elle : W or WW ?

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