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Entre les lignes
BP = Beyond Petroleum : est-ce vraiment sérieux ?


traduit de World Watch


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Entre les lignes / 141.5 ko



Erik Assadourian se demande ce que signifie l’adoption du slogan "Beyond Petroleum" ("au-delà du pétrole") par l’une des plus importantes sociétés pétrolières du monde ?

Crédit photo : Erik Assadourian

Connu autrefois sous le nom de British Petroleum, BP est au coude à coude avec ExxonMobil et Royal Dutch Shell dans sa course à la domination du marché pétrolier (en 2002, les revenus de BP atteignaient 178,7 milliards de dollars, juste derrière Shell avec 179,4 milliards et Exxon avec 182,5 milliards). Cependant, la campagne publicitaire actuelle de BP semble présenter la compagnie au moins autant comme un fournisseur d’énergies renouvelables, comme l’énergie solaire ou l’hydrogène, que comme un fournisseur de pétrole et de gaz. Est-ce un réel changement de stratégie, ou une simple façade peinte en vert ?

(JPEG)

Oui George, le climat est en train de changer. Contrairement à l’actuel président des Etats-Unis, le PDG de BP, John Browne, a explicitement reconnu les dangers du changement climatique, et, en 1998, il s’est fixé pour objectif de réduire d’ici 2010 les émissions des gaz à effet de serre dues à la production à 10% en dessous de leur niveau de 1990. (GIF) BP a réussi à atteindre cet objectif en 2001, économisant ainsi 600 millions de dollars (des acquisitions récentes ont fait augmenter à nouveau les émissions en 2002). Comparé à ExxonMobil qui continue à nier la gravité des changements climatiques, BP fait figure de leader en la matière au sein de l’industrie. Cependant, maintenant que la société est proche de son objectif initial, son nouvel objectif n’est pas de continuer à réduire les émissions, mais simplement de ne pas les augmenter. Si l’on peut dire dans une certaine mesure que cet objectif est raisonnable, c’est seulement parce que l’expansion à grande échelle de BP entraînerait une augmentation de 50 millions de tonnes des gaz à effet de serre s’il en était autrement.

Pas exactement « au-delà » : En 2002, BP a extrait plus de 736 millions de barils de pétrole et 3.100 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Elle vend plus de 4 millions de barils de pétrole chaque jour dans plus de 29’000 stations services. La vente de gaz et de pétrole constitue au moins 90% du profit annuel de BP.

Le bon côté : Si l’on en croit BP, « notre secteur énergies renouvelables, dont BP Solar est la partie la plus importante, croît très rapidement ». En effet, la production de BP Solar a augmenté de 28% en 2002 (pour atteindre 70MW) et la société possède maintenant 17% du marché de l’énergie solaire. C’est quelque chose d’appréciable. Cependant, le marché de l’énergie solaire dans son ensemble n’en est qu’à ses balbutiements. BP Solar a rapporté 300 millions de dollars en 2002 - 0,2% du chiffre d’affaires total de BP. Ces six dernières années, BP a investi plus de 200 millions de dollars dans l’énergie solaire. C’est un investissement qui paraît important jusqu’à ce qu’on le compare avec ce que BP a dépensé pour créer sa nouvelle image (environ 200 millions de dollars également) ou pour la recherche et l’extraction de combustibles fossiles - 9,3 milliards de dollars en 2002 uniquement.

Si on regarde plus attentivement : Ces chiffres ne montrent que les émissions directement engendrées par le fonctionnement de BP, pas les émissions engendrées par les millions de barils de pétrole vendus chaque jour, qui peuvent être dix fois plus élevées.

Juste un petit problème : Sur son site Internet, BP annonce qu’elle « est en train de mettre en place une série de projets de démonstration en Europe pour développer une bonne compréhension des problèmes techniques, financiers, et d’acceptation par la clientèle associée aux énergies alternatives. » Bien sûr, il s’agit d’un début, sauf que BP produit la majorité de son hydrogène à partir de combustibles fossiles. L’hydrogène ne peut être bénéfique que s’il est produit à partir de sources d’énergies renouvelables non polluantes comme l’énergie solaire. Peut-être qu’après de plus nombreux tests, BP s’en rendra compte.

(JPEG) Ce qu’a écrit Cait Murphy dans le magazine financier Fortune : « Si BP montrait ses principales sources de revenus dans ses publicités, elle montrerait les plates-formes pétrolières du Golfe du Mexique, pour lesquelles elle va investir 15 milliards de dollars sur les 10 prochaines années ». Quand on a demandé à BP combien elle comptait investir dans l’énergie solaire, la société n’a pas voulu donner de chiffres concrets, et elle a seulement indiqué que son but était de rendre son secteur solaire « économiquement viable ».

Il y a plus ! BP a oublié d’inclure les dérivés pétrochimiques à sa liste. Sa production annuelle de plus de 27 millions de tonnes de produits pétrochimiques et de plastiques lui rapporte plus de 13 milliards de dollars par année.

(GIF) Une transformation évocatrice : L’écusson BP s’est transformé en un soleil - rien ne saurait mieux évoquer les énergies renouvelables.

Oui, c’est un début. Mais quels sont vraiment les projets de BP ? Même quand la compagnie travaille pour rendre son secteur solaire « économiquement viable » (même si elle ne dit pas ce que cela signifie en terme de chiffres), elle investit massivement dans l’exploration de nouveaux gisements pétroliers et gaziers, admettant que « les hydrocarbures resteront le pilier du monde pour les décennies à venir ». Même si elle s’efforce de rendre son travail plus propre - fournissant des combustibles moins polluants, réduisant ses émissions, mettant un terme aux facilités de paiement (autrement dit aux pots-de-vin) et aux contributions politiques - ses efforts s’arrêtent là. BP est actuellement la cinquième plus grande corporation au monde, et avec son capital, elle pourrait aider à rendre le marché de l’énergie vraiment viable. La direction prise par BP a été jusque-là encourageante. Mais la question est de savoir si elle mènera le monde sur le chemin d’une révolution énergétique durable, allant vraiment au-delà du pétrole, ou si elle se contentera de profiter d’une planète déjà lourdement exploitée tout en s’habillant de vert ?

Erik Assadourian est chercheur à l’institut Worldwatch

(GIF)
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