par
Valentyna Steshenko
traduit de World Watch
La pyramide des âges permet de suivre l’histoire démographique d’une nation en montrant comment les nouvelles naissances s’ajoutent à la population (en donnant au pays une large base de nourrissons et de jeunes enfants), et comment le vieillissement réduit la population au fil du temps (réduisant le nombre restant quand l’âge augmente). Les irrégularités montrent l’impact d’événements tels que la guerre, la répression massive et la famine sur les individus d’une tranche d’âge précise. Ces pyramides montrent l’histoire démographique de l’Ukraine, de la perspective des années 1989 et 2001.
Les victimes de 1914-19 : Le premier déséquilibre important de la population Ukrainienne (par conséquent le plus haut sur la pyramide) se remarque parmi les gens nés durant la Première Guerre mondiale, la révolution de 1917 (quand l’Ukraine déclara son indépendance), et la guerre civile qui suivit. A cause de la guerre, beaucoup de femmes repoussèrent la naissance d’un enfant, et la haute mortalité chez les nourrissons et les jeunes enfants décima encore plus cette tranche d’âge. On peut remarquer cette diminution en 1989 par un " creux " dans le nombre de septuagénaires en comparaison du nombre d’individus nés quelques années avant ou après.
La famine de 1932-33 : La décision des autorités soviétiques de réquisitionner d’énormes quantités de grain aux fermiers fit également beaucoup de victimes, et des millions de paysans moururent de faim. Une fois de plus, beaucoup de femmes parmi les survivantes n’eurent pas d’enfants, et beaucoup d’enfants ne survécurent pas.
Les atrocités de Staline : Peu après la famine survinrent les purges soviétiques de 1937-38, pendant lesquelles plusieurs millions d’Ukrainiens furent exécutés par la police secrète soviétique, la NKVD. On trouva plus tard dans la ville de Vinnytsia une fosse commune contenant près de 10.000 corps (Nikita Krouchtchev fit remarquer que l’Ukraine avait été entièrement " nettoyée "). Les gens nés entre la famine et les purges avaient entre 52 et 57 ans en 1989, et le graphique montre en effet une diminution importante du nombre de personnes dans cette tranche. Cet écart est accentué par le fait que vers la fin des années 30, il y avait encore moins de mères potentielles pouvant envisager d’avoir un enfant, les femmes en âge d’enfanter étant en grande partie les enfants de la génération précédemment réduite par la révolution et la Première Guerre mondiale.
Le traumatisme de la transition : Une nouvelle chute de la natalité, causée par la crise économique profonde et prolongée qui a frappé l’Ukraine pendant la période de transition qui a suivi la chute du communisme, a eu pour résultat un rétrécissement dramatique de la base de la pyramide. De nombreuses femmes sont découragées et affirment ne pas vouloir élever d’enfants dans un monde promis à un avenir si sombre. D’après les prévisions, la structure démographique de la population va donner une pyramide des âges en forme de champignon - un vieillissement de la population et une augmentation de la proportion des personnes âgées par rapport au personnes en âge de travailler.
Un écho démographique de la génération réduite née pendant la Deuxième Guerre mondiale se remarque dans le nombre d’enfants qu’ils eurent à leur tour une vingtaine d’année plus tard. Les enfants nés dans les années quarante furent si peu nombreux que leurs propres enfants - nés à la fin des années soixante et atteignant l’âge adulte vers 1989 - furent également relativement peu nombreux.
La Seconde Guerre mondiale : Le creux le plus profond sur la pyramide des cinquante dernières années est celui laissé par les dévastations des dernières années de la guerre. Relativement peu de bébés virent le jour en Ukraine entre 1943 et 1945 - et, pour ceux qui virent le jour, beaucoup moururent en bas âge. Ceux qui survécurent avaient autour de 55 ans en 2001, mais se trouvaient en beaucoup moins grand nombre que ceux nés quelques années plus tôt. Il n’y avait donc seulement qu’à peu près 200.000 femmes âgées de 55 ans en 2001, pour plus de 400.000 âgées de 63 ans.

L’espérance de vie des femmes : Sur les deux graphiques, le nombre de femmes dépasse le nombre d’hommes de façon substantielle à partir d’un certain âge. Cette différence reflète à la fois la plus grande espérance de vie des femmes, et le grand nombre de victimes dues à la guerre chez les garçons nés dans la seconde moitié des années 20 - ceux qui devinrent soldats et qui moururent en grand nombre dans les années 40 manquaient donc à l’appel quelque 56 ans plus tard, en 2001.
Au fil du temps, les anomalies démographique s’estompent. Le petit nombre d’individus nés en 1916 ou 1917 (qui avaient 71 ou 72 ans au premier janvier 1989) ne se remarque presque plus à la fin du siècle, quand ceux qui avaient quelques années de plus et qui se trouvaient plus nombreux dix ans plus tôt ont dépassé les 90 ans et sont en grande partie décédés. L’écart disparaît, et l’action démographique se retrouve plus bas sur la pyramide pour refléter l’impact de phénomènes plus récents - notamment, le soudain rétrécissement de la base ces dix dernières années.
Consultant : Valentyna Steshenko, démographe de l’institut d’économie de l’Académie Nationale des Sciences d’Ukraine, a fourni les données et les analyses qui ont servi de source première à cette explication.