Vue d’ensemble
Des endroits reculés de la province de Yunnan aux bars à sushis de New York, les baguettes représentent un outil pratique pour tous les gastronomes amateurs de cuisine asiatique. Utilisées au moins depuis la dynastie Shang (1500 ans avant notre ère), ces fines baguettes, mesurant environ 20 centimètres de long, sont des ustensiles utilisés quotidiennement en Chine, au Japon, en Corée et au Viêt-nam et qui accompagnent fréquemment les plats de nouilles et de riz dans de nombreux autres pays.
Juste l’essentiel.
Crédit photo : © royalty-free/CORBIS
On a utilisé le cèdre, l’os, le plastique, l’ivoire, le jade et les métaux précieux pour les fabriquer, mais aujourd’hui c’est la baguette jetable en bois de bouleau, de peuplier ou en bambou qui prédomine. Connu sous les noms de waribashi au Japon et yixixing kuaizi en Chine, les baguettes jetables ont fait leur apparition dans les années 1870 et étaient considérées au départ comme une manière économique d’utiliser les chutes de bois. Elles sont devenues disponibles à grande échelle dans les années 1980, après que les améliorations technologiques aient accéléré le processus de production. Le gouvernement chinois a encouragé leur utilisation pour combattre les maladies et l’engouement pour les baguettes jetables s’est propagé dans toute l’Asie à mesure que les gens ont pris l’habitude de manger de plus en plus souvent hors de chez eux.
Fabrication et utilisation
L’augmentation de la demande mondiale de baguettes jetables a commencé à soulever des inquiétudes à propos de la déforestation au début des années 1990. Une filiale du groupe japonais Mitsubishi aurait rasé des forêts de peupliers trembles centenaires dans l’ouest du Canada pour produire jusqu’à 8 millions de paires par jour, utilisant seulement le bois au grain le plus fin (sans nœuds) et laissant au rebut jusqu’à 85% du bois coupé. Après avoir décortiqué et séché le bois pour en réduire le degré d’humidité, les baguettes brutes étaient ensuite expédiées par bateau à Taiwan pour la finition et l’emballage.
Des ministres du gouvernement japonais goûtent du bœuf pour apaiser les craintes nées de la maladie de la vache folle.
Crédit photo : Toshiyuki Aizawa/REUTERS © 2001
Avec l’arrivée des importations chinoises, moins chères, la production japonaise a décliné et, en 2000, plus de 95 % des 25 milliards de baguettes utilisées au Japon étaient d’importation. La Chine est maintenant le premier producteur, exportateur et consommateur mondial de baguettes jetables et en fabrique 45 milliards de paires par année rien que pour son usage domestique. Cela nécessite 1,7 millions de mètres cubes de bois par année, l’équivalent de 25 millions d’arbres.
Pour éviter que le bois ne devienne jaune, noir ou ne moisisse, certains fabricants de baguettes de qualité inférieure les blanchissent au dioxyde de souffre (SO2) qui, à haute dose, peut provoquer de l’asthme, des vomissements et des éruptions cutanées. En juillet 2005, la Fondation des Consommateurs de Taiwan a découvert des traces de SO2 sur 10 baguettes sur 37 échantillons testés. L’arthrite soulève également des inquiétudes : une étude de 2003 effectuée sur 2500 personnes âgées à Pékin a établi un lien entre l’utilisation prolongée des baguettes et les problèmes articulaires.
Boucler la boucle
Chaque jour, des centaines de millions de baguettes sont utilisées une seule fois puis jetées. Alors que des restaurants dans certains pays les lavent et les réutilisent, la plupart des gens au Japon « ne veulent pas manger avec des baguettes qui ont été utilisées par quelqu’un d’autre », a expliqué Yuri Komayima, ancien président de la société Canadian Chopstick manufacturing company, au début des années 1990.
Petit-déjeuner au Viêt-nam.
Crédit photo : Jorgen Schytte/Peter Arnold, Inc.
Mais les temps changent. Certains producteurs japonais recyclent maintenant les baguettes utilisées en panneaux d’agglomérés, en papier et en mouchoirs de papier. En octobre, la Chine a instauré de nouveaux standards exigeant que les baguettes soient faites seulement de bouleau, de peuplier et d’autres arbres très répandus, ou taillées dans des bambous à croissance rapide. Les réglementations interdisent l’utilisation de certains produits chimiques et limitent le degré d’humidité des baguettes de bambous à 10 % pour éviter qu’elles ne moisissent. Certains consommateurs japonais renient complètement les warabashi et choisissent d’utiliser une paire de baguettes vernies ou en acier inoxydable réutilisables dans le cadre d’une campagne nationale intitulée « Chacun ses baguettes ». En Chine, la ville de Shanghai a imposé en 2000 une interdiction partielle des baguettes en bois jetables dans les restaurants et les snacks et une taxe de 5 % est envisagée pour décourager leur utilisation. La Corée du Sud, pendant ce temps, est en grande partie passée aux baguettes de métal.
