par
Jennifer Gitlitz
traduit de World Watch
Vision d’ensemble
En 1964, Reynolds introduisit la boîte en aluminium à usage unique, une alternative pratique aux bouteilles retournables faites de verre et aux boîtes en fer qui exigeaient l’utilisation d’un ouvre-boîte. Jusque dans les années quatre-vingt, on faisait usage des boîtes en aluminium pour la bière et les boissons douces, mais aujourd’hui elles sont également utilisées pour les jus, les boissons énergisantes et les thés froids. Les boîtes en aluminium sont appréciées parce qu’elles sont légères et incassables et parce qu’elles refroidissent rapidement les boissons. On estime que la consommation globale atteint entre 190 et 210 milliards d’unités par année. Cela représente 3 millions de tonnes de métal - approximativement 10% de l’approvisionnement mondial en aluminium - pour un produit dont l’espérance de vie se mesure en minutes.
Les Américains consomment approximativement 100 milliards de boîtes par année, soit 340 par personne, 10 fois plus que l’Européen moyen et deux fois le chiffre moyen pour un Canadien, un Japonais ou un Australien. La consommation dans les économies émergentes (parmi lesquelles la Chine, l’Inde et l’ex-Union Soviétique) est d’approximativement 10 boîtes par personne et par année. Mais puisque ces pays se développent, il est certain que leur consommation va croître en proportion.
Ce qu’on ne dit pas
Peut-être avez-vous entendu dire que les boîtes en aluminium sont 100% recyclables, que le recyclage permet d’économiser 90% de l’énergie utilisée pour fabriquer l’aluminium à partir de matières premières, ou que les boîtes recyclées sont de retour sur les étagères des supermarchés en 60 jours.
Une affaire de famille à Phnom Penh : un cent par boîte en aluminium.
Crédit photo : Chor Sokunthe a/REUTERS © 2001
Tout cela est vrai. Mais recyclable ne signifie pas toujours recyclé. En 2004, 45% seulement des boîtes en aluminium ont été recyclées aux Etats-Unis - un taux cependant supérieur à celui du recyclage du verre et des bouteilles en plastique (20 à 25%), mais inférieur à ceux que l’on retrouve dans d’autres régions du monde. La pauvreté et une haute valorisation de matériaux usagés ont permis au Brésil d’atteindre un taux de recyclage de 96%, tandis que le Japon, où la propreté est élevée au rang de valeur nationale et où la participation civique est importante, arrive à 82%. Notons encore que le système basé sur le dépôt remboursable a produit un taux de recyclage de 75 à 90% en Allemagne, au Danemark, en Suède, en Norvège ainsi que dans 11 Etats américains et dans 7 provinces canadiennes.
En norvégien : « Chercher l’étiquette destinée au remboursement ! »
En 2004, 810000 tonnes de boîtes en aluminium ont été mises au rebut aux Etats-Unis et approximativement 300000 tonnes dans le reste du monde. C’est l’équivalent de 5 hauts-fourneaux déversant toute leur production annuelle - un million de tonnes de métal - directement à la décharge. Le recyclage des ces boîtes en aluminium aurait permis d’économiser 16 milliards de kilowatts heures - soit l’électricité nécessaire pour alimenter 2 millions de foyers en Europe pendant une année. Le recyclage d’une seule boîte en aluminium représente une économie d’électricité suffisante pour faire fonctionner un ordinateur portable pendant 10 heures.
Fabrication de l’aluminium
Chaque tonne d’aluminium primaire nécessite l’extraction minière, à ciel ouvert, d’approximativement cinq tonnes de bauxite (les deux tiers de celle-ci proviennent de l’Australie, du Brésil, de la Guinée et de la Jamaïque), qui est ensuite raffinée en alumine au cours d’un processus qui produit un résidu de plusieurs tonnes d’une boue rouge corrosive. L’alumine est dissoute avec de la cryolite et chauffée avec un courant électrique pour produire de l’aluminium en fusion. Cette substance est ensuite versée dans des lingots et roulée dans de minces feuilles d’aluminium pour fabriquer des boîtes.
La production primaire d’aluminium requiert 2% de l’électricité consommée dans le monde. L’un des impacts le moins connus de la production d’aluminium est la destruction des habitats sauvages, due non seulement à l’extraction minière à ciel ouvert mais également à la construction de grands barrages destinés à approvisionner en électricité les fonderies de première fusion. Ces réservoirs hydroélectriques ont noyé des milliers de kilomètres carrés. Alors que la demande mondiale croît, davantage de barrages et de projets liés à la construction de fonderies sont sur les tables à dessin et concernent des régions sauvages aussi variées que la Malaisie et le Brésil.
Site du barrage de Kárahnjúkar en Islande. Il est prévu d’inonder 57 kilomètres carrés d’un lieu sauvage intouché afin de générer de l’hydroélectricité pour faire fonctionner une fonderie destinée à la production d’aluminium et propriété d’Alcoa.
Crédit photo : © Jóhann Ísberg 2002
Approximativement un tiers des fonderies utilisent de l’électricité produite à partir de charbon. La pollution de l’air provenant des fonderies de première fusion inclut la production de centaines de milliers de tonnes de monoxyde et de dioxyde de carbone, de dioxyde de soufre et d’oxyde d’azote, des produits toxiques qui contribuent au smog et aux pluies acides. Des hydrocarbures fluorés, un puissant gaz à effet de serre qui subsiste dans l’atmosphère des milliers d’années durant, sont également émis par les fonderies de première fusion.
Cette rubrique d’Etude des cycles vitaux a été réalisée par Jennifer Gitlitz, directrice de recherche au Container Recycling Institute (Institut pour le recyclage des emballages), basé à Washington, D.C.