par
Mike Tidwell
traduit de WorldWatch
Lorsque les eaux malveillantes de l’ouragan Katrina ont détruit la plus grande partie de la Nouvelle Orléans, les Américains, dans tous le pays, ont commencé à demander deux questions fondamentales. Comment diable ce désastre a-t-il pu se produire ? Puis, la même chose peut-elle se produire là où j’habite ?
Etonnamment, dans leurs reportages depuis la tempête, les médias ont répondu de manière largement incorrecte à la première question et ils n’ont par répondu du tout à la seconde.
La principale raison pour laquelle Katrina est devenue un mega-désastre n’était pas dû à des digues insuffisantes et à des plans d’évacuation défaillants. Katrina a détruit la Nouvelle Orléans parce que, depuis un siècle, le Golfe du Mexique a monté d’un mètre en relation avec la ville. La terre elle-même, à cause des activités humaines, s’est enfoncée, en relation au Golfe, d’environ les deux-tiers de ce mètre, tandis que les eaux de celui-ci sont montées - encore à cause de l’activité humaine - de 30 centimètres environ.
Avant et après. Les Iles Chandeleur sont situées à approximativement 100 kilomètres à l’Est de la Nouvelle Orléans. L’image du bas datée du 31 août 2005 montre l’effet du passage de Katrina. La flèche signale la même particularité géographique sur les deux photos.
La montée des eaux d’un mètre au cours des derniers 100 ans a détruit une superficie, sidérante, de 400’000 hectares de marais le long de la côte et des îles qui faisaient autrefois barrage ente la Nouvelle Orléans et le Golfe. Une bande terre plus large que Rhode Island s’est tout simplement transformée en eau. Résultat, le 29 août 2005, une piste couverte d’eau a servi à Katrina pour foncer et frapper la Nouvelle Orléans de plein fouet à la manière d’un avion sur World Trade Center. Les reliefs du terrain qui autrefois avaient ralenti les marées montantes lors d’ouragans en Louisiane - les marais constituées d’herbiers, les îles côtières - avaient presque tous disparus. Sans eux, seule une ville fantastique à l’allure d’une forteresse pouvait barrer la route à un tel assaut. Tôt ou tard la Nouvelle Orléans devait être frappée, peu importe la hauteur des digues ou le nombre de bouteilles d’eau emmagasinées dans le Superdome.
Alors pour quelle raison les sols se sont-ils enfoncés ? A cause de ce que j’appelle la « Loi des conséquences non-souhaitées ». La terre s’est enfoncée parce que la partie basse de la rivière Mississipi ne coule plus librement. Après 7’000 ans d’inondations à son embouchure se traduisant par le dépôt le long de la Louisiane de quantités impressionnantes de sédiments et de nutriants transportés sur les deux-tiers du continent américain, la rivière Mississipi ne provoque plus d’inondations. Depuis les premières digues rudimentaires des pionniers français aux structures de contrôle massives du Corps des ingénieurs de l’armée, la partie inférieure du Mississipi a été complètement apprivoisée. Elle demeure sagement dans son courre jusqu’aux bords de la plate-forme continentale et elle dépose des alluvions dans les eaux profondes du Golfe du Mexique plutôt que le long de la côte de la Louisiane.
Durant ce temps, les terres côtières pré-existantes subissent un phénomène en apparence étrange : par un phénomène naturel que les géologues appellent « subsidence », progressivement elles s’enfoncent. Les terrains sont composés de sols constitués à base d’alluvions anciens et fragiles dont le volume se contracte avec le temps, laissant la région côtière à cours de dépôts nouveaux et de sédiments venant équilibrer ces pertes. Cet enfoncement se produit si rapidement que 20 hectares de terre se couvre d’eau chaque jour dans le sud de la Louisiane, sans même l’intervention d’ouragans.
Personne ne souhaitait cette évolution. Les premiers pionniers français, et chacun depuis 300 ans, voulaient rester au sec, éviter que leurs enfants ne se noient et que leurs cultures ne soient éliminées par les crues du Mississipi au printemps. Ils ont donc construit d’immenses digues le long de ses rives. Mais tout dans la nature est relié aux autres choses. Si vous modifiez en profondeur un aspect important d’un écosystème aussi complexe que le bas du Mississipi (i.e., son régime d’inondations), vous modifiez de manière profonde tous les aspects de cet écosystème : la terre elle-même se transforme en eau.
Mais ce n’est là qu’une partie de l’équation. Pourquoi le niveau du Golfe du Mexique s’est-il lui-même élevé ? Encore une fois, c’était un accident. En 1712 le forgeron anglais Thomas Newcomen n’avait aucunement l’intention de faire du mal à quiconque lorsqu’il a inventé la premier moteur à vapeur avec le charbon comme carburant. Tous ce qu’il savait c’est que cet engin pouvait faire le travail de 500 chevaux. C’est ainsi qu’a débuté la révolution industrielle, lancé par un moteur, ironiquement appelé dans un premier temps, une machine « atmosphérique ».
Aujourd’hui l’humanité brûle 15.9 millions de tonnes de charbon chaque jour pour tout alimenter, depuis les véhicules des métros jusqu’aux baladeurs iPods. Nous brûlons également 7.4 millions de mètres cubes de gaz naturel et enflammons 82.4 millions de barils de pétrole. Un sous-produit de cette combustion, bien entendu, est le dioxyde de carbone, un dangereux gaz à effet de serre. Il s’envole vers l’atmosphère où il demeure pour approximativement un siècle, emprisonnant la chaleur. Il en résulte un réchauffement de l’atmosphère, et, puisque tout est connecté, il en est également ainsi des grandes réserves de glace sur terre. Partout les glaciers fondent, expédiant de l’eau dans les océans en même temps que l’eau des océans lui-même se réchauffe et augmente son volume. Ainsi, au cours de 100 dernières années, le Golfe du Mexique a monté du tiers d’un mètre, un problème gigantesque pour la Nouvelle Orléans située à basse altitude.
Mais malheureusement l’histoire du réchauffement planétaire ne se termine pas là. Il serait pratique de simplement brasser la tête pour cette Nouvelle Orléans pauvre et inondée, faire un chèque de soutien et retourner à notre quotidien. Mais le changement climatique qui participe à la hausse relative d’un mètre le long de la côte de la Lousiane durant le 20e siècle, devrait, selon les estimations, avoir exactement le même impact sur chaque côte dans le monde durant le 21e siècle. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat prévoit qu’à moins de réductions drastiques des émissions de gaz à effet de serre, la montée « absolue » du niveau de la mer dans le monde d’ici 2100 pourrait atteindre un mètre. Si l’inlandsis groenlandais (le glacier continental groenlandais) continue sa désintégration rapide, cette hausse pourrait être plus proche de six mètres.
« Le plancher dans un salon, quartier du Ninth Ward », photos de la Nouvelle Orléans de Chris Jordan.
En conséquence, si vous voulez savoir ce contre quoi vont se battre toutes les grandes villes côtières du monde dans 25, 50 ou 75 ans, regardez simplement à la Nouvelle Orléans aujourd’hui. Shanghai et Gdansk et Mumbai (le nouveau nom officiel de Bombay) et Miami et Baltimore - elles seront toutes entassées derrière des digues, vivant sous le niveau de la mer, pompant vers l’extérieur l’eau de pluie et tentant de maintenir leur eau potable à l’écart de l’eau salée, juste comme le fait aujourd’hui la Nouvelle Orléans.
Mais il y a encore autre chose. Deux éléments séparées ont conspiré pour détruire la Nouvelle Orléans. La première était ce mètre de montée relative du niveau de la mer. La deuxième a été la tempête elle-même. Katrina a fait monter les rafales de vent jusqu’à 280 kilomètres par heure à son sommet et la montée de six mètres de la marée fut de loin la plus élevée que la Louisiane n’ait jamais connue.
Mais incroyable, Katrina n’a pas été l’ouragan le plus puissant de 2005. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, deux autres tempêtes l’ont devancée en termes exclusifs de puissance. En effet, parmi les six ouragans les plus puissants jamais enregistrés dans le basin de l’Atlantique (le Golfe, les Caraïbes et l’Atlantique combinés), trois d’entre eux (Katrina, Wilma et Rita) se sont produits pendant le temps d’un clin d’œil, soit 52 jours en 2005. Il a fallu 153 ans d’enregistrement des records par l’homme pour constituer la moitié de cette liste « A » des six ouragans les plus puissants. Il a fallu 52 jours pour enregistrer la seconde moitié.
Cette coïncidence impossible en apparence, s’explique une fois que vous réalisez que le même réchauffement planétaire qui cause la montée des océans, chauffe également les ouragans pour les transformer en monstres gigantesques. Pas mois de six études scientifiques revus pas leurs paires, toutes publiées au cours de la dernière année, pointent à la même chose : l’augmentation des températures des eaux de surface, lié au réchauffement planétaire, rendent les ouragans plus puissants. La plus autorisée de ces études récentes, publiée par Kerry Emanuel du Massachusetts Institute of Technology, révèle qu’au cours des 50 dernières années, les ouragans et les cyclones dans le monde ont connu une augmentation de leur puissance de 50%, à la fois en ce qui concerne la vitesse du vent que leur durée de vie.
Déterminer si un ouragan en particulier, Katrina, a été rendu plus intense par le réchauffement climatique, est impossible à déterminer. Ce qui est certain c’est que la saison des ouragans de 2005 a été si violente et constituée de tempêtes avec des comportements si étranges, que les scientifiques, de plus en plus, la désigne comme la « nouvelle norme » pour les activités d’ouragans dans un monde chaque jour plus surchauffé.
Et voici une donnée frappante : la majorité des Américains n’ont même pas commencé à comprendre la nature extraordinaire de la saison des ouragans de 2005 et ce qu’il laisse présager. Dire que la saison 2005 a été in-habituellement « active » ou puissante revient à dire qu’une explosion nucléaire est « active » si elle est comparée à une bombe au TNT. La vérité est qu’il n’y a pas de façon adéquate pour décrire ce qui s’est passé l’été et l’automne dernier. On pense au peuple Inupiat de l’Alaska faisant face à un réchauffement rapide de l’Arctique et qui n’ont aucun mot pour décrire l’effraie des clochers et la guêpe, apparus dans leur région au cours des dernières années parce qu’ils n’ont simplement jamais aperçu de telles créatures dans le passé. Cette année là, un nombre si important de records ont été brisés et de telles tempêtes sans précédents ont été observées que la saison, dans son ensemble, ne peut simplement comparée aux années précédentes.
La saison a commencé avec la tempête tropicale Arlene qui s’est formée avec un précocité inhabituelle (le 9 juin) dans le bas des Caraïbes sans causer de dommages significatifs. Elle s’est terminée sept long mois plus tard lorsque l’ouragan Zeta s’est formé le 30 décembre, un mois entier après la fermeture officielle de la saison des tempêtes dans l’Atlantique. Entre les deux, ont a assisté à un véritable empilement de records. Jamais dans le passé le basin de l’Atlantique n’a eu 27 tempêtes auxquelles un nom a été attribué dans la même saison (le record précédent était de 21 et datait de 1933). Jamais dans le passé 14 ouragans à l’activité entière ne s’étaient formées durant une seule saison (le record précédent était de 12 et datait de 1969). Jamais dans le passé quatre ouragans importants n’avaient frappé les Etats-Unis (le record précédent était de 3 en 2004), ou que trois ouragans de catégorie 5 ne se soient formés dans une seule saison (le record précédent était de 2, en 1960 et en 1961), ou que sept tempêtes tropicales se soient formées avant le 1er août (le record précédent était de 5 en 1977).
Nous sommes en présence du réchauffement climatique. Cette série d’événements correspond au modèle et aux caractéristiques décrites par les scientifiques, ceux d’un monde plus chaud alors que tout cela se produit juste après la saison record de 2004, lorsque quatre ouragans importants ont frappé la Floride.
Mais dans tout cela, Katrina est particulière. Elle a traversé des eaux dans le Golfe particulièrement chaudes, s’est transformée en monstre et est venue sur les côtes pour y prendre au moins 1836 vies et infliger plus de $ 100 milliards en dommages matériels. Aujourd’hui, comme nation, nous exportons vers le reste du monde les mêmes ingrédients de base ayant servi à produire ce désastre. Par l’entremise de notre dépendance aux combustibles fossiles, nous partageons avec le reste du monde la responsabilité de la montée du niveau des eaux et de l’augmentation de la puissance des tempêtes, faisant de chaque côte sur chaque continent un candidat potentiel à la répétition de ce qui s’est passé à la Nouvelle Orléans.
D’une certaine façon, une année complète après que Katrina ait frappée, les Américains continuent d’ignorer la plus importante leçon de la tempête. De la même manière que, avant Katrina, nous avons ignoré les appels àà renforcer les digues de la Nouvelle Orléans et les requêtes réclamant la reconstruction des îles qui bloquaient jadis l’accès des tempêtes, nous ignorons aujourd’hui les plaidoyers des scientifiques et des dirigeants dans le monde pour abandonner les combustibles fossiles ou pour entrer dans « l’ère Katrina » de manière permanente. L’histoire se répète à l’échelle la plus importante que l’on puisse imaginer et le prix monte à chaque rappel des acteurs.
Un plan existe pour nous sortir de cette situation peu enviable. Il implique le soutien de voitures hybrides et d’aérogénérateurs modernes, d’habitations solaires et de politiques gouvernementales qui nous font avancer plutôt que reculer. L’énergie propre est la solution au réchauffement climatique et elle est sans limites ; elle peut être comparée aujourd’hui à la terre sous nos pieds, disponible en abondance comme on peut remplir des sacs de sable autant que nous le souhaitons. Tout ce que nous avons à faire est de s’impliquer, de ramasser nos pelles, de se mettre au travail, immédiatement.
Nous n’avons qu’une planète et elle ne peut être comparée à une paroisse de plus sous l’eau en Louisiane, que nous pouvons évacuer et réinvestir lorsque le danger est passé. Les jours ou nous nous enfuyons lorsqu’un problème apparaissait sont du passé. Le temps est venu de renforcer et de finalement sauver la Nouvelle Orléans - et nous-même par la même occasion.