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Katrina : les échecs du succès
Introduction de l’éditeur responsable

par Thomas Prugh
traduit de WorldWatch


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Katrina : les échecs du succès / 437.7 ko




Le cinquième ouragan de la saison 2005, baptisé Katrina, a frappé les côtes du sud-est de la Louisiane le 29 août et balayé les fragiles défenses de la Nouvelle-Orléans, laissant parmi les décombres près de 2000 morts, une cité prostrée et de nombreuses illusions brisées. Katrina est loin d’être la pire tempête à avoir frappé les Etats-Unis, encore moins la pire tempête de tous les temps - et est très loin d’être la pire des catastrophes naturelles (une inondation en chine en 1931 à fait 3,7 millions de morts). Pourtant Katrina est déjà une légende. Pourquoi ?

Premièrement, les médias ont couvert l’événement à l’échelle mondiale de manière très complète, publiant de nombreuses images terrifiantes de dévastation, de mort et de ruine. Puis il y a eu l’image de la seule superpuissance au monde révélant son impuissance au travers d’une réaction inappropriée à la catastrophe, et dirigée par un organisateur de concours hippiques raté.

La légende doit aussi sûrement quelque chose au fait que Katrina n’était pas une catastrophe naturelle mais qu’elle a été plus probablement le résultat de marchés faustiens - qui sont tous apparus comme de bonnes idées à leurs époques respectives. Premièrement, la Nouvelle-Orléans est devenue un port de première importance après que le Mississippi sauvage eut été aménagé pour devenir une importante voie navigable pour les barges desservant l’intérieur des Etats-Unis. Cette entreprise, qui s’est étendue sur plusieurs décennies, a été un grand succès et a fait baisser les coûts du transport fluvial, permettant d’exporter à bas prix d’immenses volumes de denrées agricoles et d’importer à bas prix des produits manufacturés. Mais cela a également détruit les processus naturels de dépôt de limon qui alimentaient les marécages qui servaient de barrières contre les tempêtes et empêchaient le sud de la Louisiane de s’enfoncer davantage en dessous du niveau de la mer.

Deuxièmement, des siècles d’utilisation de combustibles fossiles ont nourri l’industrialisation et l’immense richesse de l’économie américaine mais ont également réchauffé la terre et rendu les évènements météorologiques extrêmes plus prononcés. Pourtant, malgré les preuves scientifiques accablantes des changements climatiques, l’administration Bush a nié leur importance et a fait obstacle aux efforts pour les combattre. Troisièmement, le mépris de l’administration pour les pouvoirs publics, exprimé par ses initiatives incessantes pour réduire les impôts, n’a jamais été aussi évident que pendant la crise de l’ouragan Katrina. La Federal Emergency Management Agency (FEMA), autrefois efficace, a été réduite à un bras mort bureaucratique quand le Homeland Security Department à été mis en place. Ainsi compromise, la réaction de la FEMA semble presque avoir été conçue pour prouver que les actions d’un gouvernement délibérément castré et lobotomisé était vraiment le mieux que puisse faire n’importe quel gouvernement - n’était-il donc pas logique d’affamer la bête jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment petite et faible « pour être traînée dans la baignoire et noyée », comme l’a exprimé un stratège politique de droite ? Katrina a violemment exposé ces multiples échecs du succès et nous rappelle - une fois de plus - que l’on ne peut jamais aller dans une seule direction.

Ce numéro spécial examine dans le détail cette leçon ainsi que d’autres que nous pouvons tirer de l’ouragan. Nous commençons avec le géographe Craig Colten, qui décrit l’histoire de la longue lutte de la Nouvelle Orléans contre les forces naturelles qui l’entourent (p. 8). L’ancien journaliste du Times-Picayune de la Nouvelle-Orléans, John Mc Quaid, nous livre un compte-rendu captivant de la gestation de la tempête et de ses impacts (p. 13). Les chercheurs de Worldwatch Michael Renner et Zoë Chafe abordent l’ouragan Katrina et les autres catastrophes naturelles du point de vue de la sécurité humaine (p. 18), tandis que Julian Cheatle, un journaliste basé à Londres passe en revue les dégâts économiques infligés par Katrina (p. 23). L’ancien membre de Worldwatch John Young explique ensuite les nouvelles théories scientifiques concernant la hausse du niveau de la mer et ce que cela laisse présager (p. 26).

Après la rubrique « Des images qui parlent » en guise d’interlude, cinq essayistes explorent ce que leur suggère le passage de Katrina sur la Nouvelle-Orléans. George Woodwell, fondateur du Woods Hole Research Center, avertit que “la biophysique globale... impose de nouvelles règles » qu’il serait dangereux d’ignorer (p. 34). Le poète Andrei Codrescu affirme qu’il y a quelque chose de spécial à propos la Nouvelle-Orléans qui exige sa reconstruction (p. 36), alors que l’écrivain de science-fiction Kim Stanley Robinson explique que le gouvernement devra prendre l’initiative des efforts de reconstruction (p. 38) et que le militant des droits civiques Eric Mann affirme que l’événement doit être mis à profit pour redresser les graves injustices que Katrina a exploitées (p. 40). L’auteur Mike Tidwell (p. 44 ) conclut ce numéro spécial avec l’avertissement que si nous n’agissons pas assez vite, Katrina sera suivi de séquelles sans fin. Comme toujours, n’hésitez pas à nous communiquer votre opinion.

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