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L’Equateur, un pays à la recherche d’un équilibre naturel

par Howard Youth
traduit de World Watch


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L’Equateur, un pays à la recherche d’un équilibre naturel / 2.1 Mo




Sur la ceinture du monde, les arbres ne sont pas couverts que de gouttes de pluie, ils abritent également des trésors à plumes. Tel un plasma kaléidoscopique, une quarantaine d’oiseaux verts-émeraudes, rouges, bleus, violets et jaunes voltigent et virevoltent en quête de nourriture autour de la cime des arbres à travers l’épais feuillage. Ni la pluie persistante, ni les feuilles de la taille d’un parasol pendant jusqu’au sol ne peuvent les distraire de leur recherche de petits fruits, d’insectes et de nectar. Balayant le feuillage à l’aide de ses jumelles, Sam Woods observe la nuée jusqu’à ce qu’il repère un oiseau affairé, de la taille d’un stylo qui semble avoir été trempé dans du jus de tomate. « Le voilà ! Regardez cet oiseau. C’est un Dacnis à poitrine rouge. Il y a très peu d’autres endroits au monde où l’on peut en rencontrer » murmure-t-il rapidement, en montrant du doigt la cime d’un arbre grouillante d’activité.

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Dacnis à poitrine rouge.

Crédit photo : José Illanes/tropical Birding

Puis, aussi vite qu’ils étaient arrivés, le Dacnis et les autres oiseaux disparaissent dans la pente. « Ils reviendront » me dit Woods. Il connaît leurs habitudes : toute la journée, les volatiles parcourent sans relâche les 71 hectares du sanctuaire pour oiseaux de Rio Silanche, au nord ouest de l’Equateur. Cette portion de basse vallée couverte de forêt tropicale humide n’abrite pas que des oiseaux mais une grande variété d’espèces sauvages désormais réunies dans une île de forêt entourée d’une mer de pâturages et de plantations de palmiers à huile en expansion. Cette zone a été achetée en 2005 par la Mindo Cloudforest Foundation (MCF, soit en français la Fondation pour la protection de la forêt montagneuse humide à Mindo), une organisation équatorienne à but non lucratif soutenue par des fonds récoltés localement et à l’étranger. Outre l’achat de surfaces plus importantes, la fondation travaille à la reforestation de petites parcelles de pâturage isolées de la propriété et essaye de coopérer avec les propriétaires locaux pour créer des zones d’habitat qui pourraient finalement permettre de relier le sanctuaire à deux vastes zones protégées voisines.

Le sanctuaire pour oiseaux de Rio Silanche se trouve dans la région de Choco, une zone qui s’étend de l’ouest de la Colombie au nord ouest de l’Equateur et qui abrite 87 espèces d’oiseaux endémiques - la plus grande concentration d’espèces endémiques à distribution réduite au monde. Ce sanctuaire fait partie d’une constellation grandissante de petites parcelles irremplaçables et menacées dispersées dans ce pays de la taille du Royaume-Uni. La sauvegarde d’un tel domaine écologique a un prix, mais, selon de nombreux conservationnistes, la faune et la flore sauvage équatorienne aideront à le payer. Les tentatives de conservation comme celle menée par la MCF n’ont pas seulement pour objectif de sauvegarder la biodiversité de l’Equateur mais également de capitaliser sur la vague grandissante de l’écotourisme qui apporte des revenus dont le pays, avec son économie dépendante du pétrole, sa politique faite de contentieux, et son haut niveau de pauvreté, a bien besoin.

Carbone (vivant et inerte) et argent

(JPEG) Le sanctuaire de Rio Silanche.

Crédit photo : Howard Youth

De sa côte pacifique aux crêtes des Andes et aux basses vallées amazoniennes brumeuses, l’Equateur est un microcosme de paysages et de cultures sud-américaines. Les oiseaux ne sont que la partie la plus visible de sa biodiversité frappante, une ressource qui amène plus de 200000 visiteurs étrangers chaque année. Ce trésor naturel est néanmoins en déclin dans de nombreux endroits du pays, laissant une bonne partie de la biodiversité mondiale en danger. L’Equateur est plus petit que l’Etat du Nevada, mais la diversité de sa flore rivalise avec celle de l’ensemble des Etats-Unis. Certaines zones abritent une diversité d’arbres et d’insectes parmi les plus importantes sur la planète. Le pays se place au troisième rang pour la diversité des amphibiens et au quatrième en ce qui concerne la diversité des oiseaux, avec environ 1600 espèces, soit à peu près 17% du total mondial. L’Equateur abrite également la huitième plus importante collection de reptiles au monde. On trouve des ours à lunette (des Andes), des jaguars, des condors andains et des harpies féroces dans les zones sauvages qui subsistent - des espèces qui disparaissent maintenant dans de nombreuses parties de leurs aires de distributions autrefois étendues d’Amérique du Sud.

Depuis que les grandes compagnies pétrolières ont trouvé de l’or noir dans l’est amazonien de l’Equateur, dans les années 1960, l’économie de cette nation autrefois agraire a fait des tours de montagnes russes. En 1999, l’Equateur a fait face à sa crise économique la plus grave à ce jour, provoquée en grande partie par la forte baisse des prix du pétrole, et aux dégâts causés aux infrastructures par les phénomènes météorologiques extrêmes provoqués par El Niño. La monnaie du pays est désormais le dollar américain, adopté en 2000 dans une tentative désespérée pour stabiliser l’économie. Depuis, la situation économique de l’Equateur est un peu plus stable mais elle reste extrêmement vulnérable aux fluctuations des prix du pétrole.

L’échiquier politique équatorien a connu également beaucoup d’instabilité. Depuis 1996, le pays a été gouverné par sept présidents. Corruption, banqueroute et copinage sont des mots qui ont accompagné beaucoup de ces administrations éphémères.

Tout en tentant d’encourager la production de pétrole et de relancer son économie, l’Equateur a essayé d’attirer d’autres industries pour diversifier ses revenus. Le pétrole est la première source de devises du pays, mais l’Equateur ne fait pas partie des plus importants producteurs mondiaux. Bien que sa production ait doublé depuis 1980, elle était selon l’Energy Information Administration américaine seulement de 420000 barils par jour en 2003, comparé à 3,1 millions pour le Canada, 3,8 millions pour le Mexique et 8,8 millions pour les Etats-Unis.

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Choco Trogon.

Crédit photo : Steve Blain/Tropical Birding

Ces 20 dernières années, le tourisme (principalement tourné vers la nature) a pris de l’ampleur jusqu’à devenir la troisième source de revenus étrangers, après le pétrole et les envois d’argent d’équatoriens vivant et travaillant à l’étranger. D’après la Banque Centrale d’Equateur, le tourisme a rapporté 367 millions de dollars en 2004 et 383 millions de dollars par an en moyenne sur les sept dernières années. Dans les années 1970 et 1980, les îles Galápagos, à environ 960 kilomètres des côtes, attiraient la majorité des visiteurs. Aujourd’hui, les touristes ne visitent plus seulement cet archipel légendaire mais également les refuges des Andes et les gîtes amazoniens.

L’afflux de touristes n’a pas échappé à l’attention du gouvernement et des autorités locales et provinciales, comme le montre la première route panoramique du pays. Belvédères, amélioration de la route et nouveaux panneaux rutilants marquent le nouveau Paseo del Quinte (« promenade du colibri »), qui est le résultat d’un mariage entre des intérêts privés et gouvernementaux, dont le ministère du tourisme équatorien, le gouvernement de la province de Pichincha, les entreprises travaillant dans le secteur de l’écotourisme et la MCF, qui est à l’origine du projet. Reliant des sites naturels et panoramiques, du volcan Pichincha juste à l’ouest de Quito, au sanctuaire pour oiseaux de Rio Silanche via Mindo vers l’ouest, la route attire autant les Equatoriens cherchant à s’échapper de Quito et à retrouver la nature que les touristes étrangers. Le ministère du tourisme observe avec attention le succès de la nouvelle route et espère en ouvrir d’autres dans le pays. Dans sa volonté de faire de la partie continentale de l’Equateur une destination écotouristique de premier plan pouvant rivaliser avec le Costa Rica ou les îles Galapagos, le gouvernement a demandé à la Fondation pour la forêt montagneuse humide à Mindo de rédiger un projet de stratégie nationale pour le tourisme ornithologique, un effort financé par les Pays-Bas. Ce programme inclut des fonds destinés à faire la publicité du tourisme ornithologique aux Etats-Unis et dans les pays européens, entre autres.

Même si le gouvernement veut mettre en valeur les trésors naturels de l’Equateur, ses actions ne favorisent pas toujours leur conservation. Comme dans beaucoup d’autres zones tropicales, la biodiversité de l’Equateur est menacée par une population croissante qui atteint déjà 13,4 millions d’habitants. Le niveau de pauvreté est élevé - en 2001, selon la Banque Mondiale, 45% de la population vivait au-dessous du seuil de pauvreté, contre 40% en 1990. Le produit intérieur brut par habitant était de 2180 dollars en 2005, près de 20 fois inférieur à celui des Etats-Unis. Parmi les couches les plus pauvres d’Equateur, on trouve les communautés rurales, comprenant les Peuples Autochtones qui constituent 25% de la population. Dans un besoin désespéré de financer les programmes sociaux et d’éducation dans un contexte politique sens dessus dessous, le gouvernement équatorien n’a pas protégé ses vastes parcs nationaux de manière adaptée, pas plus qu’il n’a conduit des examens d’impacts environnementaux opportuns, comme le stipule la loi, pour les projets pétroliers et autres activités industrielles.

Réveil vert

Ses faiblesses politiques, économiques et administratives mises à part, l’Equateur est un pays qui accorde de l’importance à l’éducation. Environ 90% de la population sait lire et les écoles assurent une éducation environnementale. Le public est de plus en plus conscient des enjeux environnementaux, de la protection de la forêt tropicale à la conservation des bassins hydrographiques. De nombreux équatoriens voient maintenant les jungles amazoniennes et les forêts de montagne comme des valeurs actives naturelles alors qu’il y a quelques décennies elles étaient considérées comme des frontières à conquérir.

« Je pense que les choses changent et vont en s’améliorant. Il y a vraiment une prise de conscience grandissante », déclare Marta Echavarria, une spécialiste des sciences de l’environnement née en Colombie et installée en Equateur depuis 10 ans. « L’opinion publique accorde plus d’importance à l’environnement. On peut le voir au nombre d’articles dans les journaux. On peut lire quelque chose tous les jours. Dans ce cas, les médias sont le reflet d’un intérêt croissant de la part du public. Les universités privées de Quito proposent maintenant des cursus d’études environnementales et d’écologie appliquée. Je l’ai également remarqué avec mes enfants - je vois tout ce qu’ils apprennent à l’école - et aussi avec les enfants des personnes qui travaillent dans notre ferme. »

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Araçari à bec clair.

Crédit photo : Steve Blain/Tropical Birding

Même si les articles dans la presse internationale peuvent porter à croire qu’il sera difficile pour l’Equateur d’arriver à des progrès environnementaux dans le climat politique et économique actuel, de nombreuses personnes vivant dans le pays ne voient pas les choses de cette manière. « L’instabilité politique a fait vraiment beaucoup de bruit » affirme Echavarria, « mais on ne le sent pas au jour le jour. D’une manière ou d’une autre les choses suivent leur cours. » Echavarria dirige maintenant une ferme de papillons à Mindo et envoie 1.000 papillons par semaine à des spécialistes aux Etats-Unis et au Canada. Son entreprise emploie 11 habitants de Mindo et un technicien de Quito.

D’autres entreprises aux activités tournées vers la nature se développent, comme par exemple des gîtes ruraux. « Quand je suis arrivée en 1995, il n’y avait rien », raconte Echavarria. « Maintenant, je ne peux pas suivre. Mindo se développe à grande vitesse et tout le monde en ville est passé de l’agriculture à l’écotourisme. Les gens commencent à comprendre, au moins au nord-ouest, qu’il vaut mieux que cette région soit une zone de conservation plutôt qu’une zone agricole. » Cette attitude semble se répandre dans de nombreux endroits où un soutien étranger s’associe aux volontés locales de changer les habitudes d’utilisation des terres. On ne rencontre pas cela qu’à Mindo ou à Rio Silanche, mais dans tout le pays.

Sous l’égide d’autres organisations non gouvernementales et de propriétaires terriens privés, une grande variété de projets de protection de l’habitat et de régénération sont en cours. Ces efforts viennent compléter la chaîne de zones protégées mise en place par le gouvernement - 14 grands parcs nationaux et réserves qui ont été établis entre le milieu des années 1970 et les années 1980 et qui représentent environ 12% de la surface du pays. Pas très loin de Rio Silanche, mais plus haut dans les contreforts andains, se trouve le Bosque Nublado Santa Lucia, quelques 650 hectares de forêts montagneuses humides protégés par des familles de fermiers propriétaires de ces terres qui gèrent une entreprise d’écotourisme et encouragent des volontaires à les aider à superviser et à reboiser leur propriété. A proximité, dans la région de Tandayapa, des propriétaires australiens et britanniques expatriés gèrent des gîtes ruraux qui emploient des familles locales. Ces gîtes sont une petite industrie locale qui contribue au reboisement de la forêt d’altitude dans la mesure où ils diminuent l’importance de l’élevage comme source de revenus.

Dans l’extrême sud du pays, un consortium de groupes de conservation locaux et internationaux a acheté des terrains couverts d’une forêt sèche assez rare avec pour objectif d’aider les communautés locales à protéger le bassin hydrographique et la faune et la flore sauvage en remplaçant le pâturage et l’exploitation forestière par la récolte de fruits et de plantes médicinales ou par d’autres utilisations durables de la forêt. L’organisation American Bird Conservancy, basée à Washington D.C., travaille en coopération avec la Fundacion Jocotoco qui, depuis sa création en 1998, a acheté et commencé à protéger un réseau de réserves qui englobe environ 4700 hectares répartis sur six propriétés à travers le pays. Ces sites sont parmi les derniers refuges pour des espèces très localisées comme le Jocotoco Antpitta, un oiseau forestier découvert en 1997. Une grande partie de l’argent destiné à financer ces efforts provient de donations étrangères mais, dans le futur, une part plus importante des fonds devrait provenir de l’écotourisme. Les revenus générés par les touristes étrangers et équatoriens paient déjà les salaires des gardiens, employés parmi la population locale, de deux des réserves les plus populaires.

Les entreprises de tourisme ne sont toutefois pas spécifiquement liées à des projets de conservation. Les universités proposent maintenant des diplômes de tourisme d’accueil et de nombreuses petites entreprises familiales se créent. Renato Carillo a un nouveau projet. Cet habitant de Quito d’une trentaine d’années emmène des touristes sur le Cotopaxi - le plus haut volcan en activité au monde, à 5366 mètres d’altitude - et sur d’autres sites naturels depuis plus de 10 ans avec sa petite entreprise d’organisation de visites guidées, Tato’s Tours. Habillé d’une veste rouge et blanche aux couleurs de son équipe de football favorite, Carillo explique son plan avec enthousiasme en conduisant son minibus à travers les faubourgs de Quito : « Avec ma famille, nous avons deux hectares assez près du site où est prévu la construction du nouvel aéroport. Nous avons suffisamment de terrain pour ouvrir un hôtel et nous lancer dans l’agriculture. C’est mon projet pour l’avenir - l’agritourisme, l’association de l’agriculture et du tourisme. »

Au cœur de l’Amazonie

A l’est de Mindo et de Rio Silanche, de l’autre côté des Andes, la région amazonienne de l’équateur est l’une des plus pauvre du pays. Elle abrite la majorité de sa richesse pétrolière, les communautés indigènes restantes et les zones sauvages les plus importantes. Les collectivités locales ont travaillé - et se sont occasionnellement soulevées - pour forcer les compagnies pétrolières à fournir un meilleur soutien et de meilleures compensations pour leurs activités de pompage et de transport du pétrole, néfastes pour l’environnement de la région. Néanmoins, loin des zones d’exploitation pétrolière, on trouve les forêts vierges humides du sud-est où s’est développé un projet audacieux de protection de la nature et de la culture indigène Achuar

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L’hôtel pavillonnaire de Kapawi borde une lagune dans le territoire des Achuars.

Crédit photo : avec l’autorisation de Kapawi Ecolodge

Paulina Rodriguez, directrice des opérations de l’éco-village et de la réserve de Kapawi, rapporte : « Comme l’a dit mon ami Achuar Domingo Peas, ‘nous ne sommes pas des entrepreneurs, nous n’avons jamais fait cela par le passé... mais nous devons apprendre pour protéger notre territoire et nos forêts’. » Cet hôtel pavillonnaire est le plus grand projet communautaire jamais développé en Equateur et aide à protéger 5000 kilomètres carrés de forêt amazonienne. Le défunt entrepreneur et journaliste équatorien Carlos Perez Perasso, fondateur du journal El Universo, a créé le village en 1993, travaillant avec son agence de voyage Canodros et la Fédération du Peuple Autochtone Achuar. L’objectif de Perasso était de protéger le peuple Achuar, sa forêt et son mode de vie du développement pétrolier et d’autres activités pouvant engendrer des perturbations. Perasso a investi plus de 2 millions de dollars dans ce projet et espérait tout transmettre aux Achuars. Aujourd’hui plus de 70% des 32 employés de l’hôtel sont Achuars, on les retrouve à différents postes : guides, cuisiniers, gouvernantes, serveurs, pilotes de canoës et agents d’entretien. Les salaires combinés des employés Achuars s’élèvent à 70000 dollars par an.

Il n’y a pas de routes dans la réserve ; les touristes arrivent par avions spécialement affrétés. Pour avoir le privilège de rester et de voir des dauphins roses d’Amazonie, des singes écureuils et d’autres animaux, les visiteurs paient entre 175 et 290 dollars par nuit. De plus, la collectivité perçoit en moyenne 16.000 dollars par an de droits d’entrée et Canodros paye à la fédération plus de 50000 dollars par an de location du terrain. Actuellement, l’hôtel atteint le seuil de rentabilité chaque année mais doit arriver à générer plus de revenus. Dans la mesure où les marchandises n’arrivent que par avion, les coûts sont encore trop élevés. La Fédération Achuar envisage maintenant de créer sa propre petite compagnie aérienne pour réduire ces coûts et augmenter les revenus - un besoin pressant dans la mesure où la Fédération ne percevra bientôt plus de revenus locatifs de Canodros. « En 2011, l’hôtel et tout ce qu’il contient sera transféré au peuple Achuar sans que cela ne leur coûte rien, » explique Rodriguez. « Nous travaillons à former le peuple Achuar pour qu’il soit capable de gérer l’hôtel d’ici 2011. » C’est l’assemblée de la Fédération Achuar qui décidera du processus exact du transfert. Elle pourra choisir de gérer la propriété ou d’engager une petite équipe de professionnels pour l’aider à s’en occuper.

Il y a d’autres hôtels pavillonnaires dans la partie amazonienne de l’Equateur et beaucoup d’entre eux sont une source primordiale de revenus pour les communautés locales. Le Napo Wildlife Center, qui appartient à l’ONG basée à Quito EcoEcuador est l’un d’entre eux. La communauté d’indiens Quichuas d’Añangu, qui vit dans une partie du parc national de Yasuni, vaste et mal surveillée, dans le nord-est de l’Equateur, reçoit 49% des bénéfices nets du gîte éco-touristique, fonds qui sont utilisés pour financer l’éducation, les soins médicaux et d’autres besoins. Au moins 85% des employés de l’hôtel viennent d’Añangu. En plus du prix de l’hébergement, tous les visiteurs paient l’entrée du parc, qui revient au ministère de l’environnement. Le centre protège 212 kilomètres carrés de forêt dans un parc dont les autres parties sont à peine surveillées. Non loin de là, le Sacha Lodge emploie des membres d’une centaine de familles locales et contribue à préserver 2000 hectares de forêt tropicale humide. De petits groupes de touristes étrangers qui paient bien visitent ces nombreux hôtels pavillonnaires dont certains reçoivent plus de 1000 clients par année. Le futur de cette industrie en plein essor dépend d’un partenariat équitable avec les communautés locales, d’un comportement éthique dans les zones protégées et d’une fréquentation régulière.

Notre journée à Rio Silanche se termine comme elle a commencé, par un aperçu fugace des oiseaux revenant vers la cime des arbres alors que l’obscurité commence à tomber : plus de tangaras, un calliste moustachu par-ci, un tangara à sourcils roux par-là, des barbus, des parulines, des drépanidinés. Sam Woods m’emmène jusqu’à un bloc de béton et une tour de métal de 14 mètres qui, une fois les travaux terminés, permettra aux visiteurs d’assister à la recherche de nourriture des oiseaux en étant à la même hauteur. « Le prix d’entrée sera de 10 ou 15 dollars. Cela devrait couvrir le prix des fruits disposés pour attirer les oiseaux et les autres dépenses », m’explique Wood. Ce prix d’admission sera pour les visiteurs étrangers ; les Equatoriens paieront un prix moins élevé, comme c’est le cas dans de nombreux parcs du pays.

Les petites créatures comme le Dacnis, qui mesure seulement 13 centimètres de long, ont le pouvoir d’attirer des visiteurs du monde entier qui veulent apercevoir ou photographier la faune fascinante de l’Equateur. Cet engouement, s’il est soigneusement encouragé, peut aider à améliorer la situation du pays en faisant entrer un flux régulier de devises qui bénéficieront aux communautés locales et feront prendre conscience aux gens de la nécessité de véritablement s’engager pour protéger l’irremplaçable biodiversité du pays.

Howard Youth est un ancien rédacteur de L’état de la planète magazine. Son travail est déjà paru dans ce magazine et dans la série Vital Signs. Il a également écrit le Worldwatch paper 165, “Winged Messenger : The Decline of birds” et le chapitre “Watching Birds Disappear” dans State of the World 2003.

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