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L’avenir après un désastre climatique
Entretien avec Kim Stanley Robinson

par Erik Assadourian
traduit de WorldWatch


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L’avenir après un désastre climatique Entretien avec Kim Stanley Robinson / 701.7 ko




L’écrivain de science-fiction Kim Stanley Robinson, auteur de La trilogie martienne : Mars la rouge, Mars la verte, Mars la bleue (Omnibus/SF), s’apprête à écrire un roman sur l’avenir proche - une période qui a déjà connu un changement abrupt du climat et qui subit déjà les effets du déréglage des courants océaniques régulateurs des températures sur la côte est de l’Amérique du Nord et en Europe de l’ouest. En anglais, Quarante signes de pluie (Fourty signs of rain) et 50 degrés en dessous de zéro (Fifty degrees below) (ndlt. nos traductions, ces livres n’étant pas encore traduits en français), les deux premiers romans de la trilogie, sont déjà parus ; le troisième doit paraître cet automne.

(JPEG) Paul Vismara/Images.com/CORBIS

Contrairement au film sensationnaliste Le jour d’après dans lequel le climat connaît une modification radicale en quelques semaines, l’histoire de Robinson, plus plausible, se produit sur quelques années. L’histoire est celle de quelques « soldats aux pieds nus » dans la bataille qui s’ensuit pour s’adapter à un monde qui se modifie : un scientifique à la Fondation nationale des sciences, l’employé d’un sénateur américain et un groupe de tibétains ayant fondé une nouvelle nation dans une île à basse altitude, au large des côtes de l’Inde. Ces personnages travaillent ensemble pour créer un environnement politique permettant l’adoption des changements extraordinaires nécessaires pour prévenir un effondrement écologique.

Chercheur chez Worldwatch, Erik Assadourian s’est entretenu récemment avec le Dr Robinson (qui enseigne également à l’Université de Davis, en Californie) au sujet des ses réflexions sur les changements climatiques, sur l’ouragan Katrina, et sur les réponses humaines que nous pouvons donner à de telles catastrophes.

EA : Qu’est-ce qui vous a incité à écrire Quarante signes de pluie, votre trilogie sur les changements climatiques ?

KSR : Ecrire les livres sur Mars a suscité mon intérêt pour les changements climatiques et ce que l’on pourrait appeler la gestion générale de la planète ; puis, lorsque je suis allé en Antarctique comme membre du Programme pour les artistes et les écrivains organisé par la Fondation nationale des sciences en 1995, j’ai rencontré des scientifiques qui travaillaient sur les questions liées au réchauffement climatique. Comme écrivain de science-fiction, je suis toujours à la recherche de choses qui pourraient se produire dans l’avenir et il m’apparaissait comme évident que, parmi toutes les choses qui pourraient arriver à l’humanité au cours des prochains cent ans, le réchauffement climatique en ferait certainement partie et qu’il serait la toile de fond et l’environnement dans lequel l’histoire prendra place. Cela rend la question fort intéressante pour chacun, pas seulement pour les auteurs de science-fiction ; mais il restait le problème consistant à raconter une histoire dans laquelle l’action principale prend des siècles. Puis les résultats concernant la glaciation au Groenland et d’autres découvertes ont mis en évidence le concept de « changement climatique soudain », au cours duquel le climat de la Terre bascule entre deux équilibres et qui fait que nous passons rapidement d’un régime climatique à un autre. Cela s’est produit dans le passé et c’est très probablement quelque chose que l’activité humaine pourrait déclencher. Cette possibilité est devenue à la fois un danger de plus en plus menaçant pour l’humanité et, ainsi, un sujet plus facile à manier pour un romancier. Par nature, nous ne sommes pas bons pour évaluer les statistiques ou pour évaluer des évènements qui se produisent sur des siècles ; nous sommes seulement bons à gérer des problèmes que nous pouvons comprendre par la narration.

EA : Etes-vous optimiste concernant nos réponses futures aux changements environnementaux ?

KSR : Je suis optimiste par principe. Il me semble que nous allons répondre aux changements climatiques un peu tardivement et que davantage de carbone sera brûlé au cours des prochaines décennies à venir, bien plus que ce qui est bon pour l’humanité ou la biosphère. Il semble donc qu’il y aura des dommages environnementaux sérieux, ce qui signifie que des milliers d’espèces vont disparaître, dont certaines vitales à la chaîne alimentaire qui remonte jusqu’à nous. Cependant, tandis que cela se produira, nous allons travailler en tant que civilisations pour remplacer nos technologies qui brûlent du carbone par des substituts renouvelables ; ceux-ci existent et ne demandent qu’à être développés. De plus, l’exigence pour davantage de justice sociale de par le monde va se poursuivre et peut-être s’intensifier lorsque les conditions de vie commenceront à se détériorer. C’est là un élément essentiel pour maîtriser le réchauffement climatique et les dommages environnementaux qui en découlent ; la population humaine ne peut pas continuer d’augmenter comme c’est aujourd’hui le cas de près de 75 millions de personnes par année. La corrélation entre justice sociale et un rythme stable de remplacement de la population est très claire, et il faut que cet aspect soit mis en avant et devienne une autre raison de réclamer davantage de justice sociale.

EA : Dans Quarante signes de pluie, publié en 2004, vous décrivez Washington D.C. dévasté par une inondation. Cette scène annonce de manière étrange la dévastation causée par l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, qui a entraîné la destruction des infrastructures, le déplacement des habitants, et même, la prise de conscience que les plus pauvres vivent souvent dans les zones les plus basses et qu’ils sont donc les plus touchés. Pensez-vous que la division des classes sera renforcée à l’avenir par l’augmentation de désastres environnementaux ?

KSR : Aucune capacité prophétique particulière n’était nécessaire pour voir qu’un jour un ouragan viendrait détruire une ville américaine et j’ai choisi Washington pour des raisons évidentes. Ce que Katrina a révélé à la Nouvelle-Orléans, c’est que les pauvres ont moins de ressources pour fuir les tempêtes et pour gérer la situation par la suite. C’est coûteux, il faut de l’argent pour modifier votre vie d’une manière aussi radicale ; c’est difficile pour presque tout le monde.

EA : Dans Quarante signes de pluie, les politiciens décident de reconstruire Washington - ce n’est pas surprenant eu égard à sa signification, à ce qu’elle représente d’un point de vue politique et culturel. Actuellement, un débat similaire fait rage en ce qui concerne la Nouvelle-Orléans. A cause de son importance culturelle, elle sera très certainement reconstruite, du moins en partie (mais peut-être pas une deuxième fois si un désastre la frappe à nouveau). Les villes devraient-elles être toujours reconstruites, même lorsqu’elles ont été physiquement remises en question par un désastre et qu’elles pourraient l’être à nouveau ? Ou la décision dépend-elle davantage de leur valeur politique, économique et culturelle ? Que pensez-vous qu’il se serait produit si Katrina avait détruit une ville moins célèbre ?

KSR : Je ne sais pas, il est certain que la Nouvelle-Orléans était une ville américaine célèbre et que les destructions qui s’y sont produites ont été d’autant plus remarquées, qu’il y a un désir de la reconstruire. Je crois que nous avons la capacité industrielle de maintenir la Nouvelle-Orléans au-dessus de l’eau et de la protéger des tempêtes, ce qui signifie s’attaquer à un projet de restauration à grande échelle impliquant des îles au large et les marais, une entreprise intéressante. Considérant qu’une société a du capital et de l’énergie en surplus, entreprendre quelque chose de ce type qui marche serait comme construire des cathédrales, ou sauver Venise, ou utiliser les barrières de la Tamise, ou ce que les Pays-Bas doivent faire pour maintenir le pays hors de la mer du Nord. C’est onéreux et cela nécessite de l’ingénierie géographique sur une grande échelle, ce que j’appelle de la terra-formation. Mais il s’agit là d’investissements sociaux importants qui ne peuvent avoir pour objectif le seul profit, comme s’il s’agissait d’une initiative privée basée sur le libre marché. Il serait moins coûteux de simplement aller s’installer ailleurs et de réduire ainsi le coût. C’est donc la société qui devrait décider d’engager la partie publique dans la réalité économique d’un tel projet. Mais pour que cela se produise, il faut que la population ait confiance dans l’action du gouvernement dans ce domaine.

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