par
Gidon Bromberg
traduit de World Watch
Le nom de l’endroit est à la fois bien choisi et trompeur. Il est vrai qu’il n’y a pas de poisson dans la mer Morte et que le désert de Jordanie environnant est aussi sec que brûlant. De plus, géographiquement, elle est qualifiée de "lac terminal" puisque c’est là que le Jourdain prend fin. Tous ces éléments peuvent laisser présager un endroit d’une mortelle désolation. Mais en réalité la mer Morte est une région animée d’une vie abondante - naturelle et humaine - depuis les temps préhistoriques. Ses rivages sont dotés de puits et d’oasis qui donnent de l’eau à quatre-vingt-dix espèces d’oiseaux, vingt-cinq espèces de reptiles et d’amphibiens, vingt-quatre espèces de mammifères et plus de quatre cent espèces de plantes.

Pour les hommes, ce lieu revêt une grande importance depuis le début des civilisations, et au cours du dernier millénaire il est devenu l’endroit le plus mystique et le plus raconté de la planète. Certains affirment que Jésus a été baptisé là où le Jourdain se jette dans la mer Morte. C’est sur ses rives qu’étaient situées les villes bibliques de Sodome et Gomorrhe, bien qu’il n’en reste aucune trace. C’est là que Jéricho - dont on pense qu’elle est la ville habitée sans interruption depuis la plus longue période - se trouve encore aujourd’hui. C’est là qu’est érigée, sur une montagne surplombant la rive ouest, Masada, forteresse dans laquelle des Juifs ont connu le martyre avec leurs familles il y a près de 2000 ans plutôt que de devenir les esclaves des Romains. Et, bien entendu, c’est là que furent trouvés les manuscrits de la mer Morte, la plus ancienne copie des textes bibliques, dans une caverne. L’endroit constitue un filon archéologique inépuisable.
Culturellement, la mer Morte a été un lieu important pour les trois principales religions monothéistes : le christianisme, le judaïsme et l’islam. Les pèlerins font encore de longues randonnées pour voir Masada et les monastères du désert. C’est aussi vrai des touristes transcendés par le paysage spectaculaire et par la croyance que la salinité et la richesse en minéraux de l’eau de la mer Morte - dix fois plus salée que l’eau de l’océan - lui confère de grandes qualités curatives. Plus important encore dans la perspective du conflit régional : la mer Morte est une richesse commune pour Israël, la Jordanie et les Palestiniens. Comme face au jugement de Salomon, l’éventualité de voir la mer Morte disparaître fait naître chez chacune des parties une volonté supérieure de réconciliation dans l’intérêt commun.
Or les fonctions historiques de ce bassin sont mises aujourd’hui en danger, ce qui fait traverser à cette coopération une difficile épreuve. Comme la grande mer d’Aral en Asie centrale, la mer Morte s’assèche - et révèle un aspect négatif de sa géographie unique. Approximativement à 417 mètres au-dessous du niveau de la mer, c’est l’endroit le plus bas sur la Terre. Le drainage est impossible mais l’évaporation abaisse régulièrement la ligne d’eau. Le niveau de la surface est descendu de plus de 25 mètres - soit la hauteur d’un immeuble de 10 étages environ - au cours des quatre dernières décennies et il continue de baisser d’environ un mètre par année. Sa surface s’est rétrécie d’un tiers ou davantage depuis la dernière mesure faite, au début du siècle dernier.
En quoi cela est-il important ? Pour l’industrie touristique, c’est une catastrophe. Il y a 5500 chambres d’hôtels dans le bassin de la mer Morte et les entrepreneurs souhaitent en construire 50’000 de plus. Les lieux de vacances fournissent aujourd’hui 11’000 emplois liés au tourisme mais avec les nouveaux développements, ce chiffre pourrait croître considérablement. Pour l’économie palestinienne en difficulté ces emplois pourraient être d’un grand secours. Mais avec la chute du niveau de l’eau, les hôtels situés sur les rives au sud de cet endroit mythique se retrouvent empêtrés dans le mariage malheureux qu’ils ont fait avec une autre industrie.
La mer Morte est aujourd’hui constituée de deux plans d’eau - un lac profond au nord et un autre peu profond au sud. Les deux entités sont séparées par un pont terrestre, autrefois une péninsule, appelée El Lisan ("la langue" en arabe). Le bassin sud serait aujourd’hui complètement à sec s’il ne s’agissait d’une gigantesque industrie minière de potasse consommatrice d’eau, et qui a donc tout intérêt à éviter sa complète disparition. Puisque la mer Morte est un "lac terminal", c’est là que des millions de tonnes de sédiments - transportés par le Jourdain depuis que le grand rift africain de Syrie fut formé par une éruption volcanique il y a près d’un million d’années - se sont déposés. La potasse a une grande valeur comme engrais et elle est extraite de l’eau par évaporation. Parmi les autres minéraux extraits figurent le bromure et le magnésium. Les opérations minières ont facilité le processus d’extraction en transformant le bassin peu profond du sud en sillons, démarqués par des murs en terre facilitant l’évaporation. L’eau y est pompée à travers les ponts terrestres de façon à maintenir l’eau dans les bassins à une profondeur d’environ un mètre.

Image ISS005-E-5514 utilisée avec l’aimable autorisation de « Earth Sciences & image Analysis Laboratory, NASA Johnson Space Center »
http://eol.jsc.nasa.gov
La Mer Morte a été divisée en bassins d’évaporation, séparés par des murs, dans lesquels la profondeur de l’eau a été maintenue à 1 mètre en pompant de l’eau de la zone principale plus profonde au Nord.
Pour l’allée d’hôtels construits autour du bassin sud il y a cinq décennies, la présence d’opérations minières est un mal nécessaire ; sans le pompage continuel de l’eau du bassin nord, il n’y aurait pas d’eau pour la baignade des clients et l’endroit serait sec comme le sommet d’une montagne. L’industrie touristique en Israël admet aujourd’hui que la localisation des hôtels sur les étangs d’évaporation au sud était une erreur de conception. Lorsque le sel s’est accumulé au fond des étangs d’évaporation, les compagnies de potasse ont dû monter les murs de terre plus en hauteur afin de maintenir la profondeur de l’eau à 1 mètre approximativement. En conséquence, alors que le niveau de l’eau dans le lac principal au nord a continué de tomber, son niveau dans la section du sud a monté, causant l’inondation des fondations de certains hôtels. Résultat : au moins un des hôtels, qui dépend des mines pour s’assurer de la présence d’eau dans son secteur, a intenté une poursuite à ces dernières, précisément pour cette raison, pourtant bienfaisante par ailleurs !
Pendant ce temps dans le bassin principal nord, la chute du niveau de l’eau a provoqué l’apparition de grands trous en entonnoirs. La rive ouest, pour ne parler que d’elle, est criblée par plus d’un millier de ces trous - certains sont plus grands qu’une voiture. Ces cavités peuvent s’ouvrir à tout moment, sous les routes, sous les constructions, sous les espaces de stationnement ou dans les réserves fauniques. Le projet visant à étendre la capacité hôtelière a dû être mis en veilleuse puisqu’il n’est plus sûr de construire. Et même là où il n’y a pas de fosses où risquer de se faire entraîner et où l’eau à la saumure record est suffisamment profonde pour qu’un voyageur puisse s’étendre sur sa surface et y lire son journal, un autre péril menace. Sur les rives à l’ouest, la baisse du niveau des eaux a provoqué la création de boues profondes faisant de la simple flânerie au bord du lac une activité à haut risque. A plusieurs endroits, la boue est tellement profonde qu’elle agit comme du sable mouvant, laissant peu de chances à quelqu’un qui s’y laisse prendre de s’en sortir sans aide. Préoccupées par les conséquences légales potentielles de ces fosses en formes d’entonnoirs et par la boue, les autorités israéliennes ont maintenant placé des panneaux d’avertissement tout au long de la rive ouest.

Photo : Eitan Simanor
Des touristes joyeux se couvrent de la célèbre boue noire de la Mer Morte, réputée pour ses vertus thérapeutiques.
Dès leur fondation il y a dix ans, Les Amis de la Terre pour le Proche-Orient ont commencé à s’intéresser tout particulièrement au bassin de la mer Morte. Le groupe rassemble des écologistes jordaniens, palestiniens et israéliens galvanisés par la splendeur unique de cette ancienne mer - et par le caractère alarmant de sa disparition. Un des premiers soucis du groupe a été la menace que faisait peser le déclin de la mer sur les importantes réserves naturelles qui l’entourent. Ces oasis sont des lieux de haute concentration de la biodiversité au milieu d’un désert, mais le niveau de l’eau qui tombe et la prolifération des trous-entonnoirs les menacent de destruction.
Les Amis de la Terre ont également vu ce cas comme une opportunité de promouvoir l’idée du développement durable dans une région où les systèmes économiques modernes sont étranglés par la rareté croissante de l’eau. Il est apparu très rapidement que tout espoir sérieux de développement durable exigerait un niveau de coopération qui n’a pratiquement jamais été atteint dans cette région d’hostilités ancestrales.
Afin de faciliter une telle coopération, Les Amis de la Terre pour le Proche-Orient ont jugé essentiel de forger une compréhension commune de la valeur réelle du bassin pour ceux qui en sont les bénéficiaires - celle-ci ne se limite pas aux activités liées à l’extraction de la potasse ou à l’hôtellerie, mais elle ressort d’une série de valeurs qui n’apparaissent pas au PNB. Le groupe s’est demandé par exemple quelle valeur donner à la conservation d’une réserve naturelle ou à celle d’un site archéologique, menacés de destruction par les bulldozers qui tracent de nouvelles routes menant à de nouveaux hôtels ? Si aucun plan d’ensemble ne prend de telles valeurs véritablement en considération, il serait trop facile pour les décideurs de ne pas en tenir compte. Si les valeurs écologiques, récréatives et culturelles sont mises en avant comme les valeurs industrielles, les priorités de la planification pourraient être assez différentes. Questionné durant l’enquête menée par Les Amis de la Terre pour le Proche-Orient, un visiteur de passage dans la région de la mer Morte a déclaré : "Les satisfactions émotionnelles de la randonné ou de l’observation des oiseaux sont des valeurs tout aussi réelles que les bénéfices économiques de secteurs comme l’agriculture ou l’extraction minière."

Photo : ©Hanan Isachar/CORBIS
La Mer Morte, entrelacée à son extrémité sud par des formations salines minérales, a été le lieu d’une industrie d’extraction de potasse pour la production d’engrais, de chlorure de magnésium, de sel et de brome depuis 70 ans
Pour évaluer l’importance que ces valeurs, parfois sous-estimées, peuvent revêtir pour la qualité de la vie dans la région elle-même, Les Amis de la Terre pour le Proche-Orient ont conduit récemment une étude sur "la volonté de payer" - un critère qui s’appuie sur la contribution financière que chaque foyer serait prêt à apporter à la conservation et pour le développement durable du bassin (www.foeme.org) . Il est remarquable de noter que les trois populations dont les terres sont limitrophes de la mer Morte ont affirmé leur volonté de payer des sommes substantielles pour établir un fonds à cet effet. Les Israéliens étaient d’accord de payer en moyenne $ 23.06 USD par foyer, les Jordaniens $ 13.12 tandis que les Palestiniens, qui font face à la pauvreté et au chômage, étaient d’accord de payer $ 9.48. Multiplié par le nombre total de foyers dans la région (1,8 millions d’Israéliens, 893’000 Jordaniens et 576’000 Palestiniens), cela représente une somme de 59 millions de dollars. Les Amis de la Terre pour le Proche-Orient ont conclu que "les bénéfices économiques engendrés par la conservation pourraient atteindre des dizaines, si ce n’est des centaines de millions de dollars par année".
Aujourd’hui, l’association voit dans le déclin de la mer Morte une raison pour souligner non seulement la grande valeur économique des activités industrielles, culturelles et environnementales, mais aussi le fait qu’elles sont grandement interdépendantes - et donc qu’elles sont toutes menacées. "Ce ne sont pas uniquement les pèlerins et les amoureux de la nature qui découvrent des terres et des eaux qui littéralement se retirent sous leurs pieds," souligne Munqeth Mehyar, le Président des Amis de la Terre pour les Proche-Orient et directeur pour la Jordanie. Le Jourdain, qui alimente la mer Morte, est également utilisé pour irriguer les cultures agricoles et il fournit l’eau douce pour l’industrie et les villes en amont. En fait, 90 % du débit de la rivière est dévié pour ces usages et alors que le niveau de l’eau en aval se réduit à un filet, on entend de plus en plus d’appels pour qu’une plus grande quantité d’eau soit libérée en amont et pour qu’elle suive son cours normal. Ces déviations en amont sont la principale source du retrait de la mer et par conséquent, l’agriculture et le tourisme sont devenus des secteurs en concurrence - avec peu de coordination entre eux. Alors que le niveau de l’eau de la mer Morte tombe, les tensions augmentent. "A cause de développements destructeurs, d’une planification non coordonnée par les autorités gouvernementales et d’une compétition effrénée entre les divers secteurs économiques qui exploitent les ressources de la mer Morte," s’alarme le directeur palestinien des Amis de la Terre pour le Proche-Orient, "nous nous trouvons au seuil d’un point de non-retour".

Photo : Eitan Simanor
Les installations de l’usine de potasse de la Mer Morte.
Les Amis de la Terre pour le Proche-Orient ne sont pas les seuls à considérer la disparition de la mer Morte comme une fenêtre d’opportunités en train de se refermer. Le dessèchement de la mer s’est produit en moins de soixante-quinze ans et une part toujours plus importante du débit du Jourdain a été détournée vers l’agriculture. Dans les années 1930, l’eau venant du Jourdain compensait les pertes dues à l’évaporation. Depuis quelques années, l’essentiel du débit étant détourné pour divers usages, les planificateurs, à la fois en Israël et en Jordanie, ont envisagé de compenser l’apport faiblissant du Jourdain en transportant de l’eau, soit de la Méditerranée, soit de la mer Rouge. Dans les années 1970, un groupe israélien a proposé le creusement d’un immense canal depuis la Méditerranée. L’idée du projet n’était pas uniquement de remplir la mer Morte mais également de prendre avantage du dénivelé de 400 mètres pour produire de l’hydroélectricité. Un groupe jordanien a fait une proposition semblable mais avec un canal venant de la mer Rouge. En 1996, une compagnie d’ingénieurs basée à Chicago avança l’idée que l’eau puisse être pompée depuis le golfe d’Aqaba à une altitude de 220 mètres pour alors traverser un tunnel sur 200 kilomètres dans le rift avant de chuter à travers une centrale hydroélectrique pour ensuite passer dans une centrale de dessalinisation lors de sa descente vers la mer Morte. L’idée d’être en mesure de réalimenter la mer Morte tout en produisant de l’eau potable dans une des régions parmi les plus sèches du monde était incroyablement attractive. Aucun des canaux n’a pourtant été construit du fait des tensions politiques qui ont handicapé la plupart des projets transfrontaliers dans la région et en partie également en raison du coût énorme de ces projets. Les écologistes sont quant à eux réservés sur l’opportunité de tels projets géants. L’histoire des projets pharaoniques de canalisation et de détournement de l’eau est émaillée d’exemples de mégalomanie technologique et de calculs erronés, qu’il s’agisse (entre autres) de la canalisation du Mississippi ou de la "Grande rivière fabriquée par l’Homme" à travers le désert libyen. Les Amis de la Terre pour le Proche-Orient soulignent que si ces apports en eau pourraient effectivement arrêter la formation des trous en entonnoir et stabiliser le niveau de l’eau, ils soulèvent de nouvelles interrogations pour lesquelles aucune réponse n’a encore été apportée : dans quelle mesure le mélange des eaux de deux océans présentant des compositions chimiques complètement différentes altérerait-il les valeurs thérapeutiques des eaux de la mer Morte, principale attraction pour les touristes ? De plus, même si le canal était approuvé demain, il faudrait 20 ans approximativement pour que l’eau remonte à son niveau original ; d’où le besoin de solutions plus réalistes.
Les Amis de la Terre pour le Proche-Orient font la promotion du développement d’un plan intégré et coordonné pour la région entière, équilibrant les besoins de tous les intérêts culturels et industriels et guidant le développement vers des voies qui assureront une protection maximale aux valeurs écologiques régionales. Selon l’étude, une analyse économique d’ensemble montrerait que pour l’économie de la région, un bénéfice final plus important viendrait de la restauration du débit du Jourdain vers la mer Morte. Pour stopper la dégradation, Les Amis de la Terre pour le Proche-Orient pensent qu’il est essentiel de faire inclure la mer Morte au registre des sites classés "Patrimoine mondial de l’humanité". Israël, la Jordanie et les Palestiniens ont tous exprimé leur intérêt bien que des complications politiques - parmi lesquels l’impact d’un tel classement sur d’autres plans de développement - retardent les démarches. En attendant, le gouvernement israélien finance des recherches afin de définir les options pour une réhabilitation d’ensemble et la Jordanie a déclaré la santé du bassin "question nationale prioritaire".
Photo : James L. Stanfiel/National Geographic Image Collection
Ibex dans la « Hai Bar Biblical Wildlife Reserve » à Yotvata, Israël.
Alors que la mer Morte est unique, les difficultés qu’elle rencontre ne le sont pas. Aux protestations contre le détournement excessif de l’eau du Jourdain font écho des reproches similaires entendus à propos du Colorado et du Nil, pour ne parler que de ces deux cas. La compétition entre l’agriculture, grande consommatrice d’eau, et l’usage domestique, qu’il est politiquement impossible de refuser, est une réalité dans le monde entier. La tentation est grande de résoudre les problèmes de la distribution d’eau en construisant des infrastructures gigantesques dont le moindre défaut de conception fait s’envoler les coûts. Cette erreur a été répétée dans des centaines de bassins hydrauliques de par le monde. Les instabilités géologiques causées par la chute des niveaux de l’eau ont été expérimentées dans des endroits aussi divers que la ville de Mexico et le nord de la Chine. La fragmentation de l’habitat pose un problème pratiquement partout où des gens habitent. De plus, les problèmes juridiques d’une bio-région clé traversées par des frontières nationales sont connus le long du Rio Grande, dans la région des Grand Lacs, dans les Alpes et en Amazonie.
Aussi les recommandations des Amis de la Terre pour le Proche-Orient sur le terrain ne tombent-elles pas de nulle part. Les centres urbains en amont doivent cesser de déverser des déchets dans une eau dans laquelle des gens viennent se baigner, payant ce plaisir en devises étrangères fortes. Un savant équilibre doit être trouvé entre la nécessité réelle des pompages et des détournements et le débit minimum qui doit s’écouler librement en direction de la mer Morte. L’aménagement du territoire doit abandonner l’expansion linéaire du développement de stations balnéaires et doit protéger des portions importantes des rives en créant des réserves naturelles. Les sites recherchés par les pèlerins doivent être protégés contre les abus de la commercialisation et les détériorations environnementales. La baisse du niveau de la mer doit être arrêtée et le niveau de l’eau stabilisé pour que les gens et les immeubles ne risquent pas de s’écrouler dans des trous-entonnoirs.
En bref, Israël, la Palestine et la Jordanie doivent ensemble coordonner la gestion de la ressource la plus précieuse qui soit pour l’humanité et faire usage de méthodes qui répondent non seulement à leurs besoins nationaux mais aux besoins des fermiers, des habitants de la ville, du tourisme, de l’industrie minière, mais aussi aux besoins des visiteurs de sites sacrés musulmans, juifs, et chrétiens. Considérant l’immobilité de la "feuille de route" Bush-Sharon pour la paix israélo-palestinienne, ont peut estimer que cela revient à rêver éveillé. Mais en fait, des éléments de cette coopération sont déjà mis en oeuvre, une coopération que d’autres régions en conflit ne connaissent pas. Une partie de cette coopération minimale, stabilisatrice, vient de la nécessité absolue de l’eau - le fait que les hommes pas plus que les oiseaux ne peuvent vivre plus de quelques jours sans eau et qu’ils ne peuvent attendre un positionnement politique qui prendrait des années. En cela, l’eau est un élément à la pointe de la problématique des ressources terrestres et le Proche-Orient n’est qu’une région parmi d’autres à devoir choisir entre une coopération plus importante ou une répétition encore plus grave de catastrophes que les civilisations passées de cette région ont connues.
A en croire une vieille chanson populaire, "Le Jourdain coule, large et profond". Mais si les antagonismes anciens de la terre Sainte ne parviennent pas rapidement à rompre avec leurs cycles archaïques de revanches et de destructions, le Jourdain cessera de couler pour de bon - et la mer Morte sera vraiment morte. Les Amis de la Terre pour le Proche-Orient affirment qu’avec une coopération raisonnable entre ses voisins, la mer Morte peut rester très vivante. Et si l’espoir de résoudre ce problème n’est pas déçu, un grand espoir se lèvera pour le futur de cette région troublée.
Gidon Blomberg est directeur du bureau israélien des Amis de la Terre pour le Proche-Orient