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L’eau se raréfie, le vent se lève
Pour trouver des réponses à la sécheresse et à la stagnation économique, les tribus indiennes de l’Ouest américain écoutent le vent.

par Bob Gough
traduit de World Watch


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L’eau se raréfie, le vent se lève / 134.8 ko




L’eau a toujours été le sang de l’Ouest américain aride et, un siècle après que les hommes s’y soient installés, l’électricité (premier dérivé de la gestion de l’eau - promue, dans la région, par le gouvernement fédéral) est devenue le véritable moteur de la vie urbaine et rurale. Mais l’Ouest traverse aujourd’hui une période de sécheresse particulièrement longue et difficile, la plus difficile, peut-être, jamais enregistrée au cours de son histoire (le pays entame sa sixième année de sécheresse consécutive) et les six barrages hydroélectriques situés sur le fleuve Missouri ne fournissent actuellement que les deux tiers de l’électricité produite habituellement (10 milliards de kilowattheures/année). Pour pallier ce déficit hydroélectrique, la Western Area Power Administration (WAPA) produit son électricité au moyen de centrales à charbon utilisant du lignite - la forme de charbon la plus polluante (et dont le prix a été multiplié par cinq depuis le début de la sécheresse).

Il existe pourtant une ressource locale sûre, sans carbone, permettant tout à la fois d’économiser l’eau, d’améliorer la qualité de l’air dans la région et de renflouer l’économie des réserves (en sus des opportunités offertes par les casinos et les magasins de tabac) : l’énergie éolienne.

(JPEG) Cette éolienne de 750 kW, située dans la réserve Sioux de Rosebud, a été achevée en avril 2003. Il s’agit de la première phase d’un projet de ferme éolienne de 10 MW.

Crédit photo : Bob Gough

Au cours de la dernière décennie, plusieurs tribus du bassin du Missouri (les Lakota, les Nakota, les Dakota, les Mandan, les Hidata, les Arikara et les Omaha), représentés par l’Intertribal Council On Utility Policy (Intertribal COUP), se sont rassemblées pour formuler des recommandations en matière d’énergie et de politique publique, à commencer par la meilleure manière d’utiliser l’allocation de la WAPA les autorisant à exploiter, sur vingt ans, environ 4% (65 mégawatts) de la capacité hydroélectrique de la rivière. (La WAPA gère plus de 17’000 kilomètres de lignes à haute tension, un réseau qui s’étend sur 15 États de l’Ouest. Si vous vivez dans une réserve indienne, vous avez 10 fois moins de chance de disposer d’électricité que n’importe qui ailleurs dans le pays - et beaucoup plus de risques d’avoir une ligne à haute tension au dessus de la tête !) Ce n’est qu’en 2001, après 15 ans de coopération tribale sans précédent, que l’électricité fédérale a finalement été installée dans les réserves et que les indiens ont pu bénéficier (bien modestement) de ce que fournissaient les barrages - des barrages qui avaient inondé leurs terres 50 ans auparavant.

L’une des conditions posées par la WAPA pour que le COUP puisse bénéficier de l’allocation était que les tribus développent des plans de ressources intégrés pour alimenter leurs réserves en électricité. Des études ont donc été faites et ont montré qu’en plus de ressources solaires, géothermiques et d’une possibilité d’exploiter la biomasses remarquables, les tribus du COUP disposaient en outre de milliers de mégawatts d’énergie potentielle fournis par le vent - particulièrement puissant - soufflant quotidiennement dans la région. Mieux encore, le réseau de distribution, conçu pour acheminer l’hydroélectricité produite par les barrages, pouvait tout aussi aisément distribuer l’énergie éolienne indienne à travers la région.

Les tribus membres de l’Intertribal COUP collaborent aujourd’hui à l’élaboration d’un plan de contrôle et de propriété tribale dans le cadre d’un projet intitulé NativeWind™ ?, grâce auquel on pourrait mettre en place des installations d’une capacité pouvant aller jusqu’à 3’000 mégawatts. Ce projet, qui concerne une vingtaine de réserves sur les dix prochaines années, permettrait non seulement de subvenir aux besoins des tribus mais aussi de revendre de l’énergie au réseau régional.

Autrefois, 100% de l’énergie du réseau était de source hydraulique renouvelable ; à l’heure actuelle, en raison d’une demande supérieure aux capacités hydroélectriques et de la sécheresse qui réduit les niveaux d’eau, l’hydroélectricité ne représente plus que 20% de la production globale d’électricité, le 80% restant étant toujours fourni par des centrales à charbon. Avec le projet du COUP, les choses pourraient changer et l’électricité être produite à partir d’une énergie propre, renouvelable et, de surcroît, sans que l’on ne gaspille de l’eau.

Que la sécheresse actuelle soit le résultat d’un changement climatique ou l’une des phases de transition d’un cycle naturel (enchaînement de phases humides et sèches) se répétant au cours de l’histoire, les ressources en eau dont dépend l’approvisionnement en électricité de l’Ouest sont (et resteront, selon toute vraisemblance) faibles. Avec l’énergie éolienne, il n’est pas besoin d’eau pour générer de l’électricité, ni de charbon (qui engendre des émissions de CO2 ). Les économies tribales rurales développant l’énergie éolienne offrent donc aux communautés indiennes et aux États-Unis une option bénéfique en matière de sécurité énergétique. Il s’agit également d’un pas en avant vers une indépendance énergétique nationale.

Bob Gough est secrétaire de l’Intertribal COUP. Pour plus d’informations sur le travail de l’Intertribal COUP et des organisations partenaires, voir le site www.energyindependenceday.org.

(GIF)
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