www.delaplanete.org L'état de la Planète Magazine - partenaire du WorldWatch Institute
présentation du magazine
tous les numéros de L'état de la planète magazine
vos remarques
abonnez-vous !
nos sites partenaires
l'équipe de l'état de la Planète
soutenez notre action !
communiqué de presse et banner
au sommaire du prochain numéro
reportages flash

Commandez L'état de la planète 2006

Quatrième de couverture
En savoir plus (PDF)


Commandez L'état de la planète 2005
ecologie
En savoir plus (PDF)

Procurez-vous 2006+2005 !

Points de vente (PDF)

Livraison gratuite
19 € / 29 CHF / 29 CAD
Paiement par chèque
Paiement sécurisé par carte bancaire




Soutien financier

partenaire



Partenaires

partenaire partenaire partenaire partenaire
 
L’énigme économique posée par une population vieillissante

par Robert Ayres
traduit de World Watch


ARTICLE AU FORMAT PDF
L’énigme économique posée par une population vieillissante / 326 ko



La transition vers une population stable va augmenter "l’indice de dépendance" des personnes âgées par rapport aux jeunes. Si d’un côté cette transition peut enrayer le déclin environnemental, elle pourrait également entraîner des difficultés économiques pour les pays qui y parviendraient les premiers. La seule vraie chance d’échapper à ce dilemme est d’éliminer les énormes inégalités économiques qui prévalent dans le monde.

Dans une grande partie du monde, la vieillesse est une incitation à avoir beaucoup d’enfants. Cela peut sembler étonnant pour des Européens ou des Américains, pour qui la vieillesse apparaît comme une libération bienvenue du fardeau d’avoir à acheter des vêtements pour les enfants ou de devoir assumer leurs frais de scolarité. Les personnes âgées dans les pays riches ont généralement des économies ou touchent des retraites. Mais dans les pays pauvres, où des centaines de millions de gens n’ont plus de revenus après avoir cessé de travailler, les enfants mâles adultes sont l’équivalent d’un système de sécurité sociale. Pour cette raison, il y a de forts impératifs culturels pour que les enfants prennent en charge leurs parents, plutôt (s’il est nécessaire de faire un choix) que leurs propres enfants. Le résultat en est la combinaison d’un nombre trop élevé d’enfants et du manque de soins pour ces enfants - soit le meilleur moyen de créer une nouvelle génération de jeunes gens peu éduqués et pauvres, composée en majorité de jeunes hommes dont les frustrations feront des recrues de choix pour les milices et les organisations terroristes, et de jeunes femmes n’ayant d’autres perspectives que celle d’avoir encore plus d’enfants. C’est un cercle vicieux, qui ironiquement devient plus difficile à briser à mesure que l’espérance de vie s’allonge et que le nombre de personnes âgées dans les pays pauvres continue d’augmenter.

Les populations vieillissantes font moins d’enfants, mais...

Les raisons pour avoir moins d’enfants dans les pays riches et industrialisés sont le miroir de celles qui poussent à avoir des familles nombreuses dans les pays pauvres. Dans les pays en voie de développement, la plupart des gens vivent dans des fermes, d’une agriculture de subsistance, et le travail des enfants est précieux. Dans les pays riches, la majorité des gens vit dans des villes où la loi exige que les enfants aillent à l’école. Les enfants sont un luxe coûteux pour les gens qui vivent en ville et qui travaillent hors de leur domicile. Ils doivent être logés, nourris, scolarisés. Ils n’ajoutent rien aux revenus de la famille. Si la mère a un emploi, elle doit trouver (et payer) une baby-sitter ou une nounou pour s’occuper des jeunes enfants. Les adolescents des villes sont souvent délaissés par des parents qui travaillent, et un trop grand nombre d’entre eux - manquant d’un encadrement adulte - ont des comportements à risque ou coûteux, allant de la consommation abusive de jeux vidéo ou de programmes de télévision violents, aux relations sexuelles non protégées, à la consommation de drogues, ou même au crime. S’ils sont au chômage, les enfants trentenaires peuvent représenter un poids économique supplémentaire pour leurs parents. En Italie plus particulièrement, les enfants célibataires ont la réputation de rester vivre avec leurs parents vieillissants et de continuer à profiter de la cuisine de maman. Pour cette raison, parmi d’autres, l’Italie a l’un des taux de natalité les plus faibles au monde. Certains Italiens voudraient bien voir cette tendance s’inverser.

L’automne dernier, le magazine The Economist a publié un article intitulé "Travaillez plus longtemps, faites plus d’enfants". L’illustration montre une jeune femme horrifiée - probablement choquée d’apprendre qu’elle est censée arrêter de s’amuser et commencer à se reproduire pour le bien de la société occidentale. Le message implicite, bien sûr, était que puisque les populations des pays riches vieillissent, présentant un plus petit pourcentage de personnes en âge de procréer - et que parallèlement un nombre décroissant d’entre elles se décident à supporter la charge d’un enfant -, ces populations vont se réduire et leurs cultures risquer d’être étouffées par celles d’autres pays dont les populations augmentent rapidement.

Il est vrai que tous les pays industrialisés, y compris les États-Unis, vieillissent. Le nombre de personnes âgées prises en charge par la sécurité sociale, comparé au nombre d’actifs plus jeunes payant pour le système de retraites, est en augmentation. L’ "indice de dépendance" - le nombre de personnes de plus de 65 ans comme pourcentage du nombre de gens dans la tranche d’âge 20-24 ans - est un bon indicateur de ce problème démographique fondamental. Cet indice est maintenant juste au-dessus de 20% pour les États-Unis, autour de 27% pour la zone euro et 28% pour le Japon. Cependant, selon la Banque mondiale, l’indice de dépendance sera, en 2050, proche de 46% pour les États-Unis, 60% pour l’Europe et 70% pour le Japon.

Le nombre d’actifs soutenant chaque retraité allemand aujourd’hui, par le biais du système national de retenue à la source, est d’environ trois. D’ici 2030, si les tendances actuelles se poursuivent, le nombre d’actifs par retraité ne sera plus que de 1,5. Si le travailleur gagne 100 euros avant le transfert, il (ou elle) en gardera 60, et le retraité en aura également 60 (1,5 x 100 = 2,5 x 60= 150). Les autres charges seront prélevées (par le biais des impôts) des 60 euros de revenu de chaque personne. Ces charges, sans les retraites, représentent au moins 25% du PIB pour les pays industrialisés, les impôts prendront donc au moins 15 euros à chaque actif et à chaque retraité. Les 100 euros de départ sont donc descendus à 45 ou moins. Avec cela, le futur travailleur doit penser à épargner pour sa future retraite, lorsque le système des retraites surchargé se sera écroulé, comme beaucoup de gens le prévoient maintenant.

Un dilemme démographique

(JPEG) Photo : REUTERS 1996. Des travailleurs âgés lors d’une manifestation de 7000 personnes à Kiev, Ukraine. Ils protestent contre les retards dans le versement des salaires et les violations de leurs droits.

Pour un environnementaliste, une population vieillissante peut sembler être une bonne chose - une preuve que les taux de natalité ont chuté et que la population totale va se stabiliser ou décliner. Mais une petite population vieillissante comme celle de l’Italie dans un monde d’énormes populations jeunes, comme celles de la Chine ou du Brésil, n’est peut être pas viable. Premièrement il y a la pression de la part de ceux qui ne veulent pas que leur culture traditionnelle (en Italie, en Espagne ou en France) soit submergée, et qui veulent encourager les jeunes familles à faire plus d’enfants. Mais même si cela n’était pas un facteur déterminant, on assistera dans les pays connaissant un fort indice de dépendance à une pression économique visant à contrebalancer ce déséquilibre, qui se traduira par le recul de l’âge de la retraite ou la réduction des prestations. Il y a aussi les pressions du type de celles créées par l’administration Bush aux États-Unis, qui tendent à permettre aux actifs de placer une partie de leurs cotisations, destinées aux retraites, dans des comptes d’épargne ou des investissements privés. C’est une idée tentante dans la mesure où la valeur des actions a augmenté plus vite que les fonds d’État (dans lesquelles les cotisations retraites sont investies), mais cela détournerait de l’argent des fonds de retraites disponibles pour les retraités actuels, imposant ainsi des taxes plus lourdes à court terme ou une aggravation de l’endettement du gouvernement pour compenser la différence.

Tout bien considéré, une population vieillissante de non-actifs rendra nécessaire une augmentation des impôts ou de l’endettement du secteur public, ou les deux. Par le passé, quelques pays ont vécu avec des impôts de l’ordre de 50%, principalement en temps de guerre, et pas de façon très heureuse. Cependant, cela n’est plus plausible. Dans un contexte de mondialisation sans restrictions sur la circulation des capitaux, où les nations sont en compétition pour attirer les investisseurs, et où les multinationales peuvent - et elles n’hésitent pas à le faire - déplacer de l’argent en appuyant sur un simple bouton, des taxes élevées sont une barrière majeure à l’investissement. En 2030, les États-Unis seront d’une certaine manière dans une meilleure situation que le Japon ou l’Europe, grâce à un indice de dépendance moins élevé. D’un autre côté, la Chine et l’Inde auront des indices de dépendance bien moins élevés que les États-Unis, en plus d’avoir des salaires beaucoup plus bas. Même s’ils avaient à payer des salaires beaucoup plus élevés, comme ils devront finalement le faire, ces pays vont continuer à absorber la majorité des capitaux disponibles pour l’investissement, y compris les économies que les travailleurs des pays (autrefois) riches auront réussi à épargner.

Quand les environnementalistes ont commencé à s’inquiéter des problèmes démographiques dans les années 1970, l’idée qu’avoir une population en déclin pourrait être une difficulté pour un pays aurait pu sembler inimaginable. Après tout, cela n’était-il pas l’objectif ultime ? Mais dans une économie mondialisée, une population nationale en déclin signifie qu’une nation avec un pourcentage important de personnes âgées inactives entrera en compétition avec des nations à la population jeune, productive (avec souvent des salaires bas) - et perdra. Le changement de perspective depuis les années 1970 peut être attribué à trois facteurs.

-  Premièrement, l’âge de la retraite s’est abaissé, imposant une charge plus grande au système de sécurité sociale. Selon la Commission Européenne, l’âge moyen de la retraite en Europe de l’Ouest était de 65 ans en 1960, mais est descendu à 60 ans aujourd’hui. Les fonctionnaires et certains travailleurs syndiqués, comme les routiers, peuvent prendre leur retraite bien plus tôt. Aux États-Unis, l’âge moyen de la retraite était de 66 ans en 1960, mais est descendu à 63 aujourd’hui. De plus, quand les entreprises réduisent leurs effectifs, ce qui se produit à une fréquence alarmante de nos jours, elles le font souvent en proposant des plans de retraite anticipée aux travailleurs âgés sans les remplacer par des jeunes. Cela réduit la masse salariale et transfère une partie ou la totalité de la charge à l’État. Les employés qui auparavant versaient de l’argent au système de sécurité sociale commencent soudainement à recevoir de l’argent de ce système.

-  Dans le même temps, les taux de natalité dans les pays industrialisés ont chuté, comme les écologistes l’espéraient - mais avec des conséquences imprévues. En 1950, le taux de natalité moyen de l’Union Européenne se situait toujours au-dessus du taux de remplacement (2 enfants par femme), atteignant les 2,5. Il est aujourd’hui de 1,5 et il continue de baisser. On observe maintenant des taux similaires au Japon, en Chine et en Russie. Aux États-Unis, le taux de natalité est tout juste supérieur à 2. Cela est dû, en grande partie, au fait que beaucoup des immigrants des pays latins (Mexique, Caraïbes, Amérique du Sud) préfèrent encore les familles nombreuses. Si les tendances actuelles se poursuivent, la population en âge de travailler en Europe aura chuté de 18% (40 millions de personnes) d’ici 2050, alors que le groupe correspondant aux États-Unis aura augmenté dans les mêmes proportions. Durant la même période, l’âge moyen de la population allemande montera à 54 ans, alors que celui de la population américaine restera de 35 ans. Cette différence perturbe fortement la majorité des économistes et des politiciens européens, qui sont inquiets de leur position économique face aux États-Unis, sans parler de la Chine et de l’Inde.

-  Enfin, l’espérance de vie s’est allongée depuis le début du 18ème siècle, et particulièrement rapidement depuis le début du 19ème siècle. Quand Thomas Malthus nous mettait en garde contre une croissance démographique explosive, en 1798, l’espérance de vie moyenne ne dépassait probablement pas 35 ans. Quand Otto Von Bismarck a mis en place le premier système de retraite d’État en Allemagne en 1889, l’espérance de vie moyenne était de 48 ans alors que l’âge de la retraite était fixé à 70 ans. Il n’est donc pas étonnant que le système allemand de retenues à la source ait été fiscalement viable lors de son introduction. Il y avait alors beaucoup d’actifs et peu de retraités. La proportion était probablement de 100 pour 1. Maintenant, on le sait, l’espérance de vie des Européens, des Japonais et des Américains se situe autour des 77 ans (légèrement plus pour les femmes et légèrement moins pour les hommes) et augmente encore.

Une population plus vieille nécessite plus de services, entre autres de santé, et produit moins de richesses qu’une population jeune. C’est en tout cas ce qui paraît logique. Ce qui est certain, c’est que les systèmes des retraites actuels, tout comme les programmes de sécurité sociale, sont menacés, même aux États-Unis et encore davantage en Europe et au Japon.

A quoi ressemblerait une société vieillissante ?

Imaginez une société dirigée par les vieux. Les professeurs, les généraux, les directeurs, les médecins, les juges et les législateurs s’accrocheraient à leurs emplois jusqu’à ce qu’ils aient 70 ou 80 ans, ou même plus. Les promotions dans les grandes entreprises, la fonction publique, les établissements d’études supérieures et les universités et dans l’armée deviendraient de plus en plus rares. Même les emplois mal payés comme l’enseignement primaire et secondaire, la profession d’infirmière ou les emplois subalternes dans l’administration publique exigeraient des postulants des diplômes de haut niveau. Les ordinateurs font déjà une grande partie du travail autrefois effectué par les employés de bureau et les cadres moyens. Ils apprennent à communiquer entre eux. Le besoin d’interfaces humaines va continuer à décliner.

Les emplois hautement qualifiés dans la construction, la réparation et la maintenance, tels que la conduite de machines lourdes, la réparation des automobiles, la plomberie, la maçonnerie, le plâtrage, l’électricité et la réparation électronique, continueront à être recherchés et bien rémunérés. Toutefois, beaucoup de ces emplois ont tendance à se transmettre de père en fils. Les syndicats seront en grande partie fermés aux gens de l’extérieur. Sans une économie en expansion pour les absorber, les jeunes sur les échelons les plus bas de l’échelle de l’éducation seront régulièrement sans-emploi - ou forcés de prendre des emplois dont personne ne veut, comme le ramassage et le tri des déchets ou le nettoyage des poissons.

Il paraît peu probable qu’il puisse y avoir assez d’emplois pour tout le monde. Mais le chômage, surtout pour les jeunes, est quelque chose de socialement déstabilisant. En outre, il entraîne une discrimination à l’encontre des minorités ethniques. Il n’est pas du tout improbable d’affirmer que la moitié ou plus de la population carcérale américaine actuelle - disproportionnellement afro ou hispano-américaine, et la plus importante du monde industrialisé - n’aurait jamais eu de problèmes avec la loi s’il y avait eu suffisamment d’opportunités d’emplois décents pour les moins favorisés.

Bien sûr, cette situation n’est pas nouvelle, elle prévaut depuis longtemps. Il y a moins de probabilités que les enfants de riches ne volent ou ne commettent des crimes pour de l’argent, puisqu’ils n’en ont pas besoin. S’ils sont pris alors qu’ils conduisent en état d’ivresse ou s’ils sont accusés de viol, ils seront défendus par les avocats les plus chers, ou relâchés pour une question de procédure bien pratique pour éviter un procès coûteux à l’issue incertaine, ou pire, la perte d’un donateur de campagne fortuné. Quand les riches commettent des délits financiers qui causent d’importantes pertes pour les clients ou les actionnaires, ils peuvent se payer des avocats encore plus chers, versés dans les arts obscurs de la confusion, de l’obstruction, de l’obscurcissement et des manœuvres dilatoires. Bien peu de malfaiteurs millionnaires sont reconnus coupables et encore moins sont punis. Dans le futur, alors que les riches deviendront plus riches - et les personnes âgées plus dominantes sur le plan démographique - ce genre d’inégalités tendra à coup sûr à s’aggraver.

L’un des aspects qui va probablement s’aggraver est l’accès aux services médicaux. Les riches peuvent se payer des services dont les pauvres peuvent tout juste rêver. Peu importe ce qu’en pensent les fondamentalistes chrétiens et/ou islamiques et leur police morale, et peu importe que ce soit illégal aux États-Unis et dans les autres principaux pays chrétiens ou islamiques, le clonage de cellules souches d’embryons humains dans un but thérapeutique est en marche. On trouvera bientôt - probablement d’ici une dizaine d’années - en Chine, en Russie, en Ukraine, en Arménie ou dans d’autres pays, des cliniques où l’on pourra acheter pour un prix relativement élevé des foies, des reins, des cœurs, des poumons, ou même des jambes et des bras fabriqués sur mesure. La technologie est déjà très avancée et la demande suivra sûrement. Plus la thérapie génique et les technologies cellulaires deviendront efficaces, et plus longtemps les receveurs chanceux vivront - et bloqueront les chances d’avancement des plus jeunes.

Étant donné ces tendances, il y a un risque grandissant pour que la société vieillissante d’une nation industrielle soit une société de plus en plus inégalitaire, dirigée par les riches (et les vieux) pour leur propre bénéfice et pour la conservation du pouvoir. Elle sera contrôlée par des milices payées pour effectuer les même tâches que la police et les militaires d’aujourd’hui, mais avec plus de pouvoirs civils. Avec un taux de chômage ou de sous-emploi élevé, et pas vraiment de pouvoir, le reste de notre société urbaine retournera à une forme d’existence similaire à celle des Romains que l’on maintenait tranquilles et occupés avec du pain et des jeux. Au lieu de pain, il y aura la nourriture des fast-foods, et à la place du cirque, nos deux cents chaînes de télévision et des multiplexes omniprésents, avec en prime les matchs de sports d’équipe en tout genre et les courses de stock-cars. Mais tout comme Rome a été envahie, cette culture auto-complaisante pour personnes âgées (encore plus de jouets pour des jeunots de 65 ans, mais beaucoup moins d’enfants) pourrait bien être submergée par des étrangers plus défavorisés et plus agressifs.

Dans une société ainsi dominée par les personnes âgées, les jeunes sont doublement désavantagés - par leur position subordonnée dans les institutions les plus importantes et par la réduction de leur capacité à assumer les coûts de la sécurité sociale. Mais le vrai problème est que ces jeunes européens, américains ou japonais déjà surchargés seront en compétition avec des nations qui auront des salaires plus bas et des indices de dépendance plus faibles - des pays qui non seulement se tailleront la part du lion des investissements mais auront également moins à dépenser pour assumer la charge de leurs retraités. Pour un législateur à Bruxelles, à Washington ou à Tokyo, la perspective d’une population stable peut en effet sembler inquiétante - à moins que le fossé d’inégalités entre les pays "vieux" et enviables et les pays "jeunes" et affamés, ou gonflés de ressentiment, ne soit comblé.

(JPEG)

China Photo/REUTERS 2002. Vies plus longues, des heures de travail plus longues : des Chinois âgés regardent les annonces d’emploi. Le vieillissement des populations va tôt ou tard poser des problèmes, mais aussi des opportunités, pour chaque nation.

Assumer la charge des vieux sans beaucoup plus de jeunes ?

La formule standard des économistes pour répondre à la surpopulation est la croissance économique. Le raisonnement caché derrière cette formule met les environnementalistes mal à l’aise, mais il y a une logique à laquelle on ne peut pas échapper : les gens jouissant de revenus plus élevés, dans les pays qui ont un système de retraites, veulent et ont besoin de moins d’enfants ; ils n’ont pas besoin d’enfants pour assurer leur sécurité financière. Il y a donc un énorme dilemme. La croissance économique augmente la consommation, donc les déchets, ce qui est la raison pour laquelle la population est un problème. Mais la croissance économique est nécessaire à l’augmentation des revenus à un niveau qui permet de stabiliser la population.

C’est là que la politique de développement économique et la stabilisation de la population qui peut suivre deviennent compliquées. Les écologistes ne sont pas les seuls à être mal à l’aise face à une croissance économique qui tourne à plein régime et qui augmente les revenus mais également la consommation de ressources non renouvelables, détériore l’environnement et peut saper la stabilité sociale. Ils trouvent un écho à certaines de leurs inquiétudes chez leurs adversaires les plus fanatiques - les fondamentalistes islamistes, qui considèrent la modernisation occidentale comme décadente, mais qui ont anéanti l’émancipation des femmes. Ce qui est assez dérangeant est le fait que les musulmans anticapitalistes forment de facto une union inattendue avec certains de leurs ennemis idéologiques, les conservateurs chrétiens pro-capitalistes, de par leur haine commune de la "révolution sexuelle" de ces 25 dernières années. Les experts de la démographie sont virtuellement tous d’accord sur le fait que le droit des femmes, en commençant par l’éducation, est une condition nécessaire à la réduction du taux de natalité.

Ce dont nous avons besoin pour augmenter les revenus et renforcer la position des femmes tout en atténuant les raisons d’inquiétude face à une consommation effrénée, c’est un moteur capable de stimuler la croissance économique, mais qui ne soit pas alimenté par une consommation basée sur l’exploitation des réserves restantes de ressources naturelles. En quoi ce moteur différerait-il de celui qui stimule aujourd’hui le PIB global et laisse pourtant des centaines de millions de personnes dans la pauvreté, dépendantes de leurs enfants et vulnérables aux instabilités sociales ?

Pour commencer à se le représenter, il faut imaginer une économie plus "dématérialisée", dans laquelle la productivité ne serait plus liée de façon aussi rigide à l’extraction de toujours plus de pétrole, de minéraux, de bois et d’autres ressources matérielles arrachées à la Terre comme c’est le cas actuellement. Mis à part les problèmes écologiques et la pollution que de telles industries imposent, les expériences passées montrent que les exploitations forestières et minières et les forages ont tendance à ne bénéficier principalement qu’à la minorité de personnes (souvent particulièrement corrompue) qui a le pouvoir de se lancer dans de telles entreprises. Les richesses naturelles n’ont jamais été largement distribuées au-delà de cette élite. Les gouvernements de pays comme l’Indonésie ou le Nigeria, qui disposent encore d’importantes ressources de pétrole ou de bois, ont également des populations importantes de personnes défavorisées pour qui avoir des enfants est une source de revenus. Pour cette seule raison, il est essentiel que la communauté mondiale aborde le problème des inégalités - et celui de la corruption, qui lui est intimement lié - avec plus de sérieux et d’efficacité qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent. Les pays riches occidentaux ont un intérêt énorme dans le développement équitable du reste du monde, car une croissance répartie de façon égale est le seul outil efficace pour remédier au problème du terrorisme et de sa proche parente, l’immigration incontrôlable.

A court terme cependant, l’immigration contrôlée est probablement l’une des réponses les plus prometteuses à l’énigme posée au début de cet article - la pénurie de nouveaux jeunes travailleurs (due au déclin des taux de natalité) appelés à remplacer ceux qui prennent leur retraite. Les immigrants travaillent dur et sont prêts à faire les travaux que nos propres enfants gâtés dédaignent. Les immigrants (dans la mesure où il s’agit principalement de jeunes adultes) ont même tendance à payer en moyenne plus de taxes qu’ils ne reçoivent en retour des services sociaux. D’un point de vue économique, ils sont avantageux. Ils ont également moins d’enfants que les gens dans la même tranche d’âge dans leurs pays d’origine, et contribuent également énormément au développement économique de ces pays en renvoyant une partie substantielle de leurs revenus à leurs familles.

Il s’agit toutefois seulement d’une solution partielle et à court terme. A un niveau plus large, les pays riches doivent augmenter substantiellement leurs aides au développement, en les assortissant d’un contrôle plus strict et mieux pensé, pour empêcher notamment les détournements. Les investissements par le secteur privé peuvent être, et seront, la source principale de capitaux, mais ces investissements ne devraient pas être destinés à l’exploitation de ressources naturelles de plus en plus rares. Les agences internationales de prêt devraient arrêter d’encourager de tels investissements et devraient plutôt créer des barrières pour les décourager ou les empêcher. Dans la même optique, les organisations internationales pour le développement devraient concentrer leurs efforts accrus sur l’éducation et sur la création d’institutions assurant le respect du droit.

Aussi longtemps qu’il y aura des disparités économiques entre les nations, il y aura des pressions continues à la fois pour avoir plus d’enfants dans les pays pauvres et pour endiguer l’immigration incontrôlée des plus défavorisés vers les pays riches. Quand les revenus seront plus équilibrés dans le monde, le problème d’une population active plus restreinte par rapport aux retraités continuera à se poser à mesure que le taux de natalité déclinera, mais lorsque toutes les nations partageront la même contrainte, la tentation d’avoir plus d’enfants et/ou d’émigrer vers des pays plus riches disparaîtra. Au lieu d’être entravés par les effets déstabilisants des familles nombreuses des pays pauvres qui fournissent une main-d’œuvre bon marché et/ou émigrent illégalement vers les pays riches à la recherche d’emplois, tous les gouvernements pourront alors concentrer leurs efforts pour trouver des moyens d’assurer une productivité suffisante par le biais d’une économie de moins en moins basée sur l’extraction, et permettre ainsi aux gens partout dans le monde de prendre enfin en charge les personnes âgées tout en vivant confortablement dans leurs pays.

Robert Ayres est professeur émérite de gestion et environnement a l’École européenne de commerce INSEAD (Paris) et professeur de sciences de l’environnement à l’université Gustav XVI, en Suède.

(GIF)
retour haut de page EN COLLABORATION AVEC LE BIMESTRIEL WORLD WATCH
L'état de la Planète magazine - magazine gratuit L'état de la Planète magazine - traduction du WorldWatch InsituteL'état de la Planète magazine - renseignements environnementauxL'état de la Planète magazine - écologie industrielleL'état de la Planète magazine - énergies renouvelablesL'état de la Planète magazine - enjeux environnementauxL'état de la Planète magazine - magazine écologiqueL'état de la Planète magazine - enquêtes et dossiersL'état de la Planète magazine - climat, changements climatiquesL'état de la Planète magazine - énergie solaireL'état de la Planète magazine - énergie éolienne   etat de la planete magazine etat de la planete magazine etat de la planete magazine etat de la planete magazine etat de la planete magazine etat de la planete magazine etat de la planete magazine etat de la planete magazine etat de la planete magazine etat de la planete magazine etat de la planete magazine etat de la planete magazine