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L’univers réuni

par Gary Gardner
traduit de WorldWatch


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L’univers réuni / 647.7 ko




Voici une pensée réjouissante : la deuxième loi de la thermodynamique, la loi de l’entropie, dit que l’univers s’appauvrit, que l’énergie et les matériaux vont d’un état concentré et utile vers un état diffus, un état dans lequel il est inutilisable, comme lorsque un tas de charbon est consumé et dispersé en tant que dioxyde de carbone ou sous la forme de chaleur. La deuxième loi de la thermodynamique nous dit que l’énergie et les matériaux, tendent à se transformer dans un direction : vers la désintégration. Mais si les principes physiques de l’entropie sont déprimants, les implications métaphysiques d’un d’univers aux limites qui se resserrent sont beaucoup plus optimistes, et même inspirantes ; les limites semblent centrales au développement durable de notre univers et de tout ce qui s’y trouve.

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« Un globe dans une salle de classe, quartier Chalmete », photos de la Nouvelle Orléans de Chris Jordan.

En premier lieu, les aspects physiques. Il faut admettre que la loi de l’entropie ne semble qu’en accord partiel avec notre expérience. Le charbon et le bois brûlés se dégradent en cendre, en gaz et en chaleur, cela est vrai, mais les immeubles et les montagnes ne s’effondrent pas autour de nous. Dans son ensemble, notre monde semble bien davantage stable que l’inverse. En réalité, nous observons sans cesse des preuves que nous évoluons vers davantage de complexité, et non vers moins : chaque printemps des matériaux d’une complexité moindre, comme les sucres et l’eau, sont transformés en matériaux plus complexes comme les bourgeons et des feuilles par l’entremise des merveilles de la photosynthèse. Et des minéraux, des métaux et d’autres matériaux, alimentés par de l’énergie et l’ingéniosité humaine, sont régulièrement transformés en immeubles à bureaux d’une grande complexité, en résidences, et en autoroutes. Un univers qui se désintègre ? Ce n’est pas ce que l’explosion immobilière à Shanghai semble suggérer.

Mais ne soyez pas dupe. Bien que l’homme puisse créer de nouveaux usages pour l’énergie et les matériaux, nous ne pouvons créer de nouvelles sources. Le Prix Nobel de physique Erwin Schrödinger a écrit un jour « la manière dont un organisme se maintient à un niveau relativement élevé d’ordre... consiste en réalité à puiser de l’ordre dans l’environnement. » Les grattes-ciel de Shanghai signalent une augmentation temporaire de la complexité qui, dans les faits, augmente l’entropie des matériaux et des sources d’énergie plus rapidement que si ceux-ci avaient été laissé sans perturbations. De plus la créativité complexe dont la nature fait preuve chaque printemps est possible grâce à l’apport régulier en énergie solaire vers notre planète.

Ainsi la loi de l’entropie est une réalité et elle a des implications pour nos économies. L’énergie ou les matériaux utilisés peuvent être re-saisies ou recyclés, mais avec une efficacité allant régulièrement vers une diminution - jusqu’au moment ou cette ré-appropriation n’est plus pertinente. Devant l’évolution démographique fulgurante et l’appétit dont fait preuve l’humanité, nous faisons rapidement face aux limites des ressources économiques clés. Nous pouvons faire un usage plus efficace du pétrole et du cuivre et nous pouvons les conserver, mais nous ne pouvons créer de nouvelles réserves. Nous pouvons nous tourner vers des ressources se trouvant à l’extérieur de notre système terrestre et ainsi prétendre contourner la loi de l’entropie en faisant usage de l’énergie abondante en provenance du soleil. Mais avant que nous ne devenions capable de gérer les flux intermittents de cette source abondante d’énergie, d’une manière financièrement abordable et sur demande, les limites du solaire pourraient révéler elles aussi des limites économiques.

Ainsi, prise sous l’angle de l’expérience humaine, la seconde loi concerne finalement les limites. Sa valeur à court termes est de nous rappeler que notre développement, nos économies et notre potentiel comme espèce ne sont pas, dans une perspective physique, infinis. Si on en juge par les messages que les gouvernements et les entreprises nous envoient de manière quotidienne, la question des limites est un territoire non familier aux économies industrielles. La croissance est bonne, davantage est mieux, vous pouvez tout avoir, aucun paiement avant 18 mois - tous ces messages communiquent l’idée d’une vie sans limites aucunement en accord avec les limites du monde physique autour de nous, les limites sur lesquelles insiste la deuxième loi de la thermodynamique.

Mais reconnaître les limites ne signifie pas que nous sommes condamnés à une vie statique, une vie qui serait bloquée. Bien que le monde physique soit limité, nos imaginations ne le sont pas. L’imagination a été centrale aux génies du vingtième siècle ; elle fut responsable d’une myriade de merveilles, depuis les antibiotiques aux micro-crédits en passant par de la nourriture chaude servie à 10’000 mètres d’altitude. Dans un monde constitué de limites, l’imagination a une valeur encore plus importante. L’objectif est de faire usage de la créativité de l’homme pour répondre à ses besoins à l’intérieur de frontière fixées par la nature - il s’agit là d’une norme du génie plus élevée, et nous pouvons penser que c’est là le défi auquel nous devrons répondre au 21ième siècle.

Nous semblons à la hauteur de ce défi. Au moment ou les villes sont écrasées par la voiture, l’Europe a développé le partage de la voiture : l’accès à un transport privé sans le besoin d’avoir deux voitures dans chaque entrée. (En fait, les Européens jouissent d’un niveau de vie comparable à celui des Américains tout en utilisant approximativement la moitié des ressources par habitant.) Alors que des flux de déchets ont pollué l’air, l’eau, et nos corps, les entreprises ont appris à concevoir des produits qui peuvent être remis à neuf et elles peuvent nous proposer les machines dont nous avons besoin pou minimiser l’usage de matières premières et réduire les déchets. Au moment ou les matériaux vierges sont devenus rares, certaines entreprises ont appris à dématérialiser l’économie - plus besoin de vous rendre à un magasin de musique si vous pouvez le télécharger de la musique depuis Internet. Qui dit que nous ne pouvons reproduire cette puissance créatrice, cette ingéniosité, dans l’ensemble de l’économie ?

En réalité, ces succès, encouragés par des limites, suggèrent un message encourageant : peut-être bien que nous les hommes réalisons les meilleures choses dans une monde de limites. Les pays riches en pétrole développent souvent des mono-économies peu diversifiées alors que des pays peu favorisés en ressources, comme le Japon, ont appris à construire des machines économiques robustes et complexes. Certains chercheurs affirment que les gagnants à la loterie, qui se trouvent inondés d’une richesse nouvelle et se retrouve devant une vie sans limites, perçoivent souvent les problèmes qu’ils avaient comme pires qu’auparavant...

L’importance des limites dans la créativité pourrait même atteindre le statut de loi universelle. L’historien des cultures Thomas Berry souligne que le développement de l’univers lui-même est gouverné par une combinaison d’énergie, libérée par le Big Bang, et de contraintes, sous la forme de la gravité. La gravité a aidé l’énergie dispersée à se réunir pour former l’univers. Par ailleurs les philosophes, c’est bien connu, depuis le dramaturge romain Térence, ont recommandé « la modération dans toute chose » pour ceux qui aspirent à un haut niveau de développement personnel. Est-il concevable que l’idée de limites soit indispensable au développement d’une personne, d’une économie et de l’univers lui-même ?

La leçon est potentiellement d’une importance directe aux développeurs qui planifient pour la reconstruction de la Nouvelle Orléans. Dans quelle mesure les autorités de la ville, de l’Etat et du gouvernement fédéral regardent-il la rivière Mississipi, les marais environnants et la côte du Golfe comme des forces antagonistes qu’il faut apprivoiser ? Ceux-ci ne devraient-il pas plutôt être jugés comme des contraintes naturelles pouvant contribuer à orienter la reconstruction vers de la durabilité ? Dans quelle mesure les personnes à bas revenus sont-elles considérées comme des obstacles qu’il faut « relocalisées » ? Pouvons nous imaginer reconstruire et éradiquer les conditions ayant créées la pauvreté ? Une telle énergie, ces thèmes nouveaux et les limites morales traditionnelles, pourraient libérer une créativité nouvelle dans la ville. Mais cela sera possible uniquement si les responsables de l’aménagement prennent à cœur une leçon qui s’applique à nous tous : les limites ne sont pas vraiment des menottes mais bien plutôt des repères qui nous permettent de construire des vies et des économies fortes, animées d’un sens.

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