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La montée des eaux noires
L’élévation du niveau des océans et l’augmentation de la puissance des ouragans représentent une menace mondiale en expansion.

par John Young
traduit de WorldWatch


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L’élévation du niveau des océans et l’augmentation de la puissance des ouragans représentent une menace mondiale en expansion. / 1.6 Mo




La Nouvelle-Orléans est une sorte de Venise américaine, construite sur un site portuaire idéal pour le commerce et entourée par l’immense delta formé pendant des millénaires par le fleuve Mississippi. Les digues conçues pour empêcher les crues du fleuve ont par la même occasion rendu impossible le dépôt de sédiments ; associé aux effets de l’extraction du pétrole et du gaz, cela a pour conséquence l’affaissement de la région. A la Nouvelle-Orléans, le problème a été aggravé par l’utilisation des eaux souterraines et le pompage immédiat des eaux pluviales après les tempêtes. Sans la lente infiltration des eaux de pluie dans le sol, les aquifères ne sont jamais rechargés, et la terre se compacte encore davantage, particulièrement sous les structures les plus lourdes.

Les paroisses côtières de Louisiane s’enfoncent en moyenne de 11 millimètres par année. Dans le même temps, le niveau global des mers s’est lentement élevé durant le siècle passé, au rythme de 1,0 à 2,5 millimètres par année. Les deux tendances ont permis à la mer de submerger un demi-million d’hectares dans le sud de la Louisiane depuis 1932 ; le taux de perte actuel est environ d’un terrain de football et demi toutes les heures. La majorité de ces terres étaient des zones humides côtières qui historiquement protégeaient la Nouvelle-Orléans en ralentissant et en absorbant les ondes de tempêtes (les augmentations soudaines du niveau de la mer lorsque les ouragans frappent la côte). Les zones humides restantes sont de plus en plus fragiles, fragmentées par les canaux construits pour la navigation et l’accès au pétrole et au gaz de la région.

Tous ces facteurs rendent la Nouvelle-Orléans particulièrement vulnérable aux ouragans mais, dans quelques décennies, de bien plus nombreuses zones côtières peu élevées dans le monde pourraient être également menacées. Le réchauffement climatique menace d’accélérer fortement l’élévation globale du niveau des mers en faisant fondre les glaciers et les inlandsis au Groenland et en Antarctique. La hausse des températures de surface des mers tropicales semble également entraîner une augmentation de la puissance moyenne des ouragans et des tempêtes tropicales. Une étude menée par des chercheurs de l’Institut technologique de Georgie et par le Centre national de recherches atmosphériques montre que le nombre d’ouragans de catégorie 4 et 5, les tempêtes les plus puissantes, généralement accompagnées d’ondes de tempête gigantesques, a augmenté de 80% sur les trente dernières années. Les mesures faites par satellites révèlent de plus en plus clairement une fonte aux deux pôles. Les sismographes et les études au laser et au radar montrent que la glace bouge plus rapidement vers la mer. Cette glace contient d’immenses quantités d’eau douce, suffisamment pour élever le niveau de la mer de manière catastrophique si elle fond. Cette fonte est entraînée par la hausse des températures océaniques et atmosphériques, attribuée par la majorité des scientifiques aux émissions de gaz à effet de serre engendrées par l’homme.

Climat, océans et glace

Le niveau de la mer est presque complètement déterminé par les températures globales, qui déterminent la proportion d’eau gelée sur terre sous forme de neige et de glace. Il a augmenté d’environ 120 mètres depuis le pic de l’âge de glace, il y a environ 21.000 ans. Durant la période de fonte la plus rapide des gigantesques glaciers continentaux, il y a environ 14.000 ans, le niveau de la mer est monté d’environ 20 mètres en seulement 400 ans. Après s’être stabilisé, il y a 3 à 4.000 ans, il a recommencé à s’élever au milieu du 19ème siècle, augmentant depuis lors de 1,0 à 2,5 millimètres par an.

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Visualisation de l’étendue minimum de la glace marine pour 1983 et 2003, créée à l’aide de données satellites et autres informations par le Goddard Space Flight center Visualisation Studio.

En 2001, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a estimé que le niveau de la mer augmenterait d’entre 0,09 et 0,88 mètres d’ici 2100. Cette estimation suppose que la lente dilatation de l’eau de mer due au réchauffement serait principalement responsable de l’élévation du niveau. Cependant, depuis 2001, les preuves d’un réchauffement important des deux pôles se sont accumulées et une étude de 2004 affirme que la fonte des glaces a beaucoup plus d’importance que la dilatation thermique des océans, représentant probablement entre deux tiers et trois quarts de l’augmentation du niveau de la mer ces dernières décennies. Cette étude faisait état d’une montée des eaux de 2 millimètres ou plus par an durant le siècle passé. Fin 2005, un rapport de recherche a montré un ralentissement du courant sud profond d’eau froide de la circulation thermohaline de l’Atlantique Nord qui, selon de nombreux scientifiques, résulterait d’une augmentation importante d’eau douce de fonte dans l’océan Arctique. Plus inquiétant encore, des études menées début 2006 indiquent que les inlandsis du Groenland et de l’Antarctique perdraient de leur masse.

D’autres découvertes scientifiques soulèvent la question de savoir quand les niveaux élevés de gaz à effet de serre bloqueront le réchauffement futur et l’élévation du niveau des mers à un niveau inacceptable. A cause des activités humaines telles que la consommation de combustibles fossiles, l’atmosphère contient deux tiers de dioxyde de carbone de plus que la moyenne de ces 400.000 dernières années, et peut-être quatre fois plus de méthane. Il y a environ 10 millions d’années que l’atmosphère n’a pas contenu autant de dioxyde de carbone, la dernière fois remontant à une époque où le Groenland n’avait pas de calotte glaciaire importante, où le niveau des mers faisait plusieurs mètres de plus et où les températures étaient plus élevées de quelques degrés. Les niveaux plus hauts d’aujourd’hui signifient que la terre absorbe beaucoup plus d’énergie du soleil qu’elle n’en renvoie dans l’espace. James Hansen, directeur du Goddard Institute de l’Administration nationale de l’aérospatiale (NASA), estime ce déséquilibre à environ 1 watt par mètre carré (W/m2) de surface de planète, environ l’équivalent d’une petite ampoule de sapin de Noël sur chaque mètre carré.

Aussi petite que puisse paraître cette quantité supplémentaire, l’étude des changements climatiques passés indiquent que le climat devrait augmenter de 0,5 à 1 degré Celsius pour chaque W/m2 supplémentaire. En d’autres termes, avec les niveaux actuels de gaz à effet de serre, la terre pourrait se réchauffer de 0,5 à 1 degré C, voire plus si ces niveaux continuent d’augmenter. La modélisation climatique a régulièrement montré que les augmentations globales de températures se manifestaient généralement d’abord aux pôles, surtout l’Arctique. Cependant, des analyses récentes d’échantillons de forage profond prélevé dans le fond de l’océan Arctique laissent penser que la chaleur excessive pourrait parvenir aux pôles - et faire fondre la glace - beaucoup plus vite que prévu. Les échantillons montrent qu’il y a 55 millions d’années, l’Arctique avait un climat sub-tropical, pareil à celui de la Floride actuelle. La modélisation informatique ne prévoyait pas ces températures remarquablement hautes dans les simulations de climats du passé. Les mêmes modélisations pourraient sous-estimer de manière significative le futur réchauffement des pôles, et les menaces d’une montée importante du niveau de la mer.

A une époque, les climatologues étaient perplexes devant le réchauffement relativement lent de l’atmosphère terrestre. Selon les modélisations climatiques, la planète aurait dû absorber beaucoup plus d’énergie que ce qui ressortait dans les températures de l’air. Selon Hansen et ses collègues, la chaleur manquante se « cachait » dans les océans. En 2000, des scientifiques ont rapporté que, du milieu des années 1950 au milieu des années 1990, les océans s’étaient réchauffés d’environ 0,3 W/m2. Des études datant de 2005 ont conclu que 84% du réchauffement de la planète sur les quarante dernières années avait affecté l’océan - et que ce réchauffement ne pouvait s’expliquer que par la modification de l’atmosphère par l’homme.

Puisque les océans mettent longtemps à se réchauffer et à relâcher cette énergie dans l’atmosphère, le réchauffement de la planète met longtemps à démarrer et très longtemps à s’arrêter ou à s’inverser. Une fois que la chaleur est dans l’océan, elle finit par remonter dans l’atmosphère ou par faire fondre les glaces flottantes, les inlandsis, les glaciers et/ou le pergélisol - et probablement par provoquer des tempêtes et des ouragans plus violents.

Le réchauffement de l’Arctique

Selon une étude importante menée durant plusieurs années et mandatée par le Conseil Arctique (qui représente les 8 nations de l’Arctique et les peuples indigènes de la région), l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde, avec environ 1 degré Celsius d’augmentation en moyenne sur les 30 dernières années.

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L’effondrement de la banquise Larsen B. Gauche : 31 Janvier 2002, on distingue des étangs de fonte à la surface. Centre : 23 février 2002, un effondrement mineur de 800 kilomètres carrés. Droite : 7 mars 2002, effondrement d’environ 2600 kilomètres carrés en des milliers d’icebergs et de fragments.

Photo : NASA/ Goddard Space Flight center Visualisation Studio

L’étude a démontré que le pergélisol se réchauffe et dégèle dans une majeure partie de la région, et que sa limite sud devrait se déplacer de plusieurs centaines de kilomètres vers le nord durant ce siècle. Les précipitations sur l’Arctique sont en augmentation, surtout sous forme de pluie. La couverture neigeuse a décliné d’environ 10% ces 30 dernières années. La glace des lacs et des rivières est en déclin et les glaciers fondent et reculent. Les rivières rejettent plus d’eau dans les océans et leur débit de pointe de printemps se produit plus tôt. Peut-être encore plus remarquable, la banquise de l’océan Arctique rétrécit (voir images ci-dessus). La glace marine d’été a décliné de 15 à 20% sur les trente dernières années et les chercheurs prévoient maintenant que d’ici un siècle, il n’y aura plus de glace dans l’océan Arctique l’été.

La glace marine flotte déjà, elle ne contribue donc pas à la montée du niveau de la mer lorsqu’elle fond. La contribution potentielle de l’Arctique à la montée du niveau des mers vient de la neige et de la glace sur terre, dont la majorité se trouve au Groenland, une grande île montagneuse presque complètement recouverte de glaciers. Le Groenland est sensiblement plus froid que le reste de l’Arctique, mais si les tendances à la hausse se poursuivent là-bas, les conséquences pourraient être dramatiques. Les scientifiques pensent qu’une augmentation des températures moyennes de 3 degrés serait suffisante pour faire fondre les glaciers de l’île. Ils contiennent assez d’eau pour élever le niveau mondial de la mer d’environ sept mètres.

Le Groenland s’est peut-être déjà suffisamment réchauffé pour que certains de ses glaciers fondent. Durant le bref été boréal, des portions de l’inlandsis fondent en surface, formant d’immenses lacs temporaires. En 2002, puis à nouveau en 2005, la fonte de surface a été la plus importante depuis que l’on a commencé à surveiller ce phénomène en 1979. L’année dernière, Jay Zwally de la NASA a montré que l’eau de fonte de surface pouvait s’écouler sous le glacier en formant des « moulins », des tunnels verticaux dans la glace. L’eau liquide à la base du glacier pourrait donc, en théorie, agir comme lubrifiant et accélérer l’écoulement glaciaire. Au début de cette année, des observations par satellites au laser effectuées par une équipe de scientifiques du Jet Propulsion Laboratory et de l’université du Kansas ont montré que la vitesse de deux important glaciers avaient à peu près doublé, l’un sur une période de cinq ans et l’autre sur neuf ans. Les mêmes scientifiques pensent que les chutes de neige ne compensent pas les pertes de plus en plus importantes de glace et ont calculé que la perte nette de glace de l’île avait doublé entre 1996 et 2005. Cela signifierait que le Groenland apporte entre 183 et 265 kilomètres cubes d’eau supplémentaire aux océans chaque année. (En comparaison, la ville de Los Angeles utilise un kilomètre cube d’eau par an.) Des chercheurs de l’université du Colorado ont utilisé les mesures par satellites des variations de gravité et sont parvenus à une estimation des pertes moins importante, environ 82 kilomètres cubes par année entre 2002 et 2004. Une troisième étude, menée par Jay Zwally et ses collègues, a constaté une légère augmentation de la masse entre 1992 et 2002. Pourtant, Zwally pense que, de toute évidence, le Groenland perd actuellement de la masse.

Quel que soit le taux de perte actuel, il est clair que l’Arctique est toujours en train de se réchauffer, et les chaînes de réactions positives rendent probable une accélération du réchauffement actuel. Les eaux libres reflètent beaucoup moins de lumière solaire que la neige ou la glace, donc quand la glace marine se transforme en eau durant l’été Arctique, la quantité d’énergie absorbée augmente d’un facteur de neuf. De même, il existe des différences, plus petites, entre la neige et la terre nue et entre la toundra et la forêt. Les particules de suies provenant de la combustion du bois et des combustibles fossiles, qui peuvent être transportées sur de grandes distances, réduisent également l’albédo (la réflectivité) de la neige et de la glace. A mesure que les couches de glace et de neige diminuent et deviennent plus sales, que la toundra recule vers le nord et que les mois sans glace s’allongent, la région entière absorbe plus d’énergie solaire, aggravant davantage le réchauffement.

L’Antarctique, plus froid et plus grand, se réchauffe aussi

L’Arctique est en grande partie un océan, mais l’Antarctique est un grand continent majoritairement recouvert de glace et donc beaucoup plus froid. Il ne subit pas en été la fonte de surface à grande échelle caractéristique du Groenland, et l’on pense généralement qu’il réagit moins vite que le pôle Nord aux tendances climatiques mondiales. En même temps, les conséquences à long terme d’un réchauffement important de l’Antarctique pourraient être beaucoup plus graves, dans la mesure où la région contient beaucoup plus de glace. La zone la plus vulnérable à la fonte, l’Antarctique occidental, contient suffisamment de glace pour provoquer une élévation globale du niveau de la mer d’environ 7 mètres. Beaucoup plus vaste et plus froid, l’Antarctique oriental abrite assez de glace pour élever le niveau d’environ 65 mètres.

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Les zones en gris représentent les régions qui seraient inondées par une élévation de 5 mètres du niveau de la mer. Gauche : La péninsule de Floride. Droite : La côte Nord-Est des Etats-Unis.

Source : Weiss and Overpeck, Université d’Arizona, département de géosciences, laboratoire d’études environnementales, © 2003 Arizona Board of Regents

Les scientifiques ont longtemps cru que l’Antarctique était trop froid pour que les effets du réchauffement de la planète s’y fassent sentir de sitôt. Mais en 1995, Larsen A, une section de la banquise de la péninsule antarctique de 2.400 kilomètres carrés, vieille de 11.000 ans, s’est effondrée et désintégrée en seulement quelques semaines. Sept ans plus tard, la banquise Larsen B, de 3.400 kilomètres carrés s’est également effondrée (voir images ci-dessus). Les études qui ont suivi indiquent que la température océanique plus élevée - environ un demi degré au-dessus de la congélation - est la principale responsable, faisant fondre la banquise par le dessous.

Les effondrements n’affectent pas directement le niveau de la mer, puisque les deux plates-formes de glace étaient déjà flottantes avant de se désintégrer. Mais de telles plates-formes étayent généralement les glaciers terrestres adjacents ou les nappes glaciaires fixées au fond de la mer, et leur disparition peut accélérer la fonte des glaces. En 2003, des études ont montré que la fonte de certains glaciers derrière Larsen A s’était accélérée de manière dramatique après son effondrement et qu’ils avaient également reculé. D’autres recherches ont montré une généralisation de la fonte sous les glaciers de l’Antarctique au niveau de leur limite d’ancrage - le point où la glace n’est plus fixée au fond marin et commence à flotter.

Les glaciers de l’Antarctique oriental ont légèrement grossi à cause de l’augmentation des chutes de neige annuelles, mais deux études menées au début de l’année laissent entendre que les pertes de l’Antarctique occidental dépassent les gains de l’est du continent. Le groupe de Jay Zwally a estimé que le continent perdait ainsi entre 19 et 43 kilomètres cubes d’eau par année ; les chercheurs de l’université du Colorado, en utilisant des données gravimétriques ont quant à eux estimé la perte à entre 72 et 232 kilomètres cubes par an, principalement dans l’Antarctique occidental. En mars 2006, une autre étude a révélé que les températures hivernales au milieu de la troposphère au-dessus de l’Antarctique avaient augmenté de 0,5 à 0,7 degrés C par décennies au cours des trente dernières années - le réchauffement le plus important jamais observé.

Les preuves grandissantes du réchauffement et de la fonte des deux pôles ne sont pas encore synonyme de catastrophe - mais cela rend des évolutions catastrophiques concevables. Jusqu’à présent, les modélisations climatiques sont généralement parties du principe que la fonte des glaces dans les régions polaires prendrait des milliers d’années. Les nouvelles évolutions scientifiques laissent entendre que le niveau des mers montera plus rapidement - peut-être beaucoup plus rapidement - que ne l’avait prévu le GIEC il y a six ans.

Eau plus chaude, tempêtes plus violentes

La saison 2005 des ouragans a été remarquable par bien des aspects. Elle a été très longue et on a compté plus de tempête et d’ouragans que jamais ; trois des ouragans étaient parmi les six plus violents jamais observés dans la région. Toutefois, ce n’est pas nécessairement le réchauffement de la planète qui est en cause. Les ouragans sont cycliques à l’échelle régionale et il n’y a pas de tendance à la hausse dans le nombre global des ouragans ou des cyclones tropicaux.

Pourtant, le réchauffement climatique est susceptible de provoquer des ouragans en moyenne plus importants, et cela s’est peut-être même déjà produit. Kerry Emanuel, du Massachusetts Institute of Technology, a décrit ces tempêtes comme de gigantesques moteurs thermiques : donnez-leur plus de chaleur et leur force théorique potentielle augmente. En effet, une étude publiée en 2004 comparant les résultats de nombreuses modélisations informatiques a conclu qu’un réchauffement climatique continu renforcerait les ouragans d’une demi-catégorie en moyenne sur 80 ans. Une étude publiée par Emanuel en août 2005 a analysé des données sur les tempêtes et les températures des océans remontant aux années 1950 et a découvert que le pouvoir destructeur total (une mesure intégrant l’intensité et la durée des tempêtes) des cyclones tropicaux de l’Atlantique nord et de l’ouest du Pacifique Nord a doublé au cours des trente dernières années. Emanuel a affirmé depuis que l’énergie déployées par un ouragan moyen avait augmenté d’environ 70% sur la même période, ce qui correspond à une augmentation de 15% de la vitesse maximale du vent et une augmentation de 60% de la durée de vie de la tempête. Un autre rapport publié par une équipe menée par Peter Webster,, du Georgia Institute of Technology, a conclu que le nombre d’ouragans de catégorie 4 et 5 dans le monde avait presque doublé depuis les années 1970. Une nouvelle étude du même institut a montré que l’augmentation du nombre des grosses tempêtes était intimement liée à l’augmentation des températures à la surface de la mer.

Les dégâts économiques causés par un ouragan n’augmentent pas de manière linéaire avec la vitesse du vent ; ils augmentent de manière exponentielle par rapport à la vitesse maximale du vent. Des ouragans plus intenses peuvent avoir des effets beaucoup plus dévastateurs que leurs homologues plus faibles. Les ouragans plus violents s’accompagnent également d’ondes de tempêtes plus violentes, qui sont généralement responsable d’une grande partie des dégâts d’un ouragan et du nombre de victimes.

Les côtes en danger

L’accélération potentielle de l’élévation du niveau de la mer et de l’augmentation de la puissance et de la fréquence d’ouragans violents représentent une menace sans précédent et multiplient les risques côtiers imprévisibles. En 1990, 200 millions de personnes environ vivaient dans des zones côtières susceptibles d’être inondées et 10 millions par an en moyenne subissaient ces inondations. Dans une étude de 2003, l’analyste britannique Robert Nicholls estimait que, sans élévation du niveau de la mer, la population des zones côtières inondables allait doubler d’ici les années 2020. Selon le scénario de Nicholls avec l’élévation de niveau la plus haute - une hausse de 0,8 mètres d’ici 2080 - le nombre de personnes inondées chaque année serait de 30 millions dans les années 2020, 176 millions dans les années 2050 et 353 millions dans les années 2080. Un système de cartographie interactive développé par des chercheurs de l’université d’Arizona permet de voir les terres qui seraient inondées dans des cas d’élévation du niveau de la mer allant de 1 à 6 mètres (voir image p.29).

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La Floride innondée : Key West après le passage de l’ouragan Wilma qui frappa la Floride le 24 octobre 2005.

Photo : Carlos Barria/REUTERS © 2005

Des villes riches comme Hambourg, Londres, Miami et New York (et bien entendu la Nouvelle-Orléans) seraient toutes sérieusement menacées par une augmentation d’un mètre du niveau de la mer. La majorité des personnes menacées, cependant, se trouvent dans les pays en voie de développement. Par exemple, selon une étude nationale publiée en 1995, le Bangladesh perdrait 17,5% de son territoire si le niveau de la mer augmentait 1 mètre. Au moins 13 millions de personnes seraient concernées par l’inondation. L’Egypte et le Viêt-nam, deux autres pays en voie de développement avec de grands deltas sans protection, comptent également 8 à 10 millions de personnes vivant dans des zones qui seraient inondées par une élévation d’un mètre. Une étude de 1995 a estimé que 72 millions de personnes seraient menacées par une élévation d’un mètre. En fait, sur les 33 plus grandes villes du monde (celles qui devraient compter plus de 8 millions d’habitants en 2015), 21 sont côtières et 16 d’entres ces dernières se trouvent dans des pays en voie de développement. Egalement menacé, le demi-million de personnes vivant dans des nations insulaires peu élevées, dont l’existence même pourrait être remise en question par une augmentation brutale du niveau de la mer. Inutile de préciser que les ressources naturelles et l’agriculture sont aussi en danger. Une étude de 1992 estime qu’environ 9% de la production mondiale de riz serait détruite par une hausse d’un mètre.

Une élévation progressive d’un mètre du niveau de la mer serait déjà inquiétante, mais un scénario plus catastrophique est également plausible : l’effondrement soudain de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental, qui pourrait entraîner une hausse du niveau de la mer de 5 à 6 mètres en quelques dizaines d’années ou même plus rapidement. Un changement aussi abrupt remodèlerait les côtes de manière si radicale qu’elles en deviendraient méconnaissables. Par exemple, une élévation de six mètres inonderait environ un tiers de l’Etat américain de Floride. Aux Pays-Bas, le port de Rotterdam - l’un des plus important en Europe - pourrait être submergé par une hausse de cinq mètres et l’économie du pays s’en trouverait radicalement affectée. Plus de 400 millions de personnes dans le monde seraient immédiatement menacées par l’effondrement de cette calotte glaciaire. Un tel effondrement est peu probable selon les scientifiques qui l’ont étudié, mais ne peut pas être exclu. Les scientifiques n’avaient pas prévu l’écroulement soudain de la banquise Larsen A - et ils ont beaucoup appris sur la dynamique des glaciers ces dernières années, et les découvertes récentes indiquent plus d’instabilité.

Le monde peut-il s’adapter à une augmentation rapide du niveau de la mer ? Oui - mais il y existe deux modèles plausibles et très différents. Le premier prévaut à Hong Kong et aux Pays-Bas, deux lieux spécialisés dans la planification à long terme et le développement prudent car densément peuplés et à court de terres non construites. A Hong Kong, les nouveaux projets de mise en valeur des terres ont été construits jusqu’à un demi-mètre plus haut, en prévision des futures élévations du niveau de la mer. Les Pays-Bas, où la mise en valeur des terres est une pratique vieille de plusieurs siècles, ont méticuleusement planifié et construit des défenses côtières pouvant résister aux tempêtes les plus fortes et restreint prudemment le développement.

L’autre modèle est la Nouvelle-Orléans : une calamité suivie d’une réaction nationale hésitante qui n’a pas nécessairement pris en compte ou planifié les tendances sous-jacentes actuelles concernant le niveau de la mer et les tempêtes. Si l’on ignore la question de savoir s’il est possible à long terme de protéger le sud de la Louisiane de la mer, il est clair que la Nouvelle-Orléans restera très vulnérable aux ouragans importants à moins que d’énormes sommes soient investies dans des protections soigneusement conçues et plus efficaces.

Dans les pays en voie de développement, le scénario de la Nouvelle-Orléans semble beaucoup plus probable que les modèles bien financés et bien organisés des Pays-bas et de Hong Kong. Les plus menacés sont les pauvres, qui manquent de ressources pour planifier ou s’adapter à un changement rapide ou pour fuir face à des catastrophes plus fréquentes qui seront la conséquence probable de la montée des eaux et de l’augmentation de la puissance des tempêtes. Si le niveau de la mer monte rapidement, que faudra-t-il pour que les citoyens du Bangladesh réalisent qu’ils doivent évacuer les côtes ? Et où iront-ils ? Il sera également difficile pour les zones voisines, certaines situées dans d’autres pays, la majorité d’entre elles tout aussi pauvres, d’accepter d’accueillir une immense population de réfugiés. La même question se pose pour des villes du monde entier, et plus particulièrement dans les zones tropicales. : Bombay, Manille, Djakarta, Lagos. Le nombre de morts dans les pays pauvres dû à l’augmentation des risques côtiers pourrait être démesuré, au moment même où les pays riches construiraient des murs pour protéger les villes et abandonneraient à contrecœur leurs maisons de vacance sur les côtes menacées.

Pour finir, l’implication la plus visible des menaces représentées par l’élévation du niveau de la mer et l’augmentation de la violence des ouragans est que les coûts du réchauffement climatique sont réels, immenses et imprévisibles. En n’agissant pas pour éviter les futurs changements climatiques, nous faisons le sacrifice explicite de nos valeurs côtières et nous faisons courir aux habitants de ces régions des risques importants à long terme. Les changements climatiques pourraient entraîner la disparition de la Nouvelle-Orléans, l’un des plus grands trésors culturels des Etats-Unis - et du monde. Là-bas, comme partout, la plus grande perte ne sera pas les bâtiments de la ville - bien qu’ils soient magnifiques, uniques et historiques - mais une communauté qui ne pourra pas être reproduite ailleurs. Les habitants des pays industrialisés qui ont rejeté la majorité des gaz nocifs pour le climat dans l’atmosphère devront peut-être finalement réaliser que d’autres pays auront à faire les mêmes sacrifices, sans avoir profité des avantages d’une consommation presque illimitée de combustibles fossiles.

John Young, ancien chercheur de l’institut Worldwatch, est écrivain indépendant et consultant sur les problèmes environnementaux mondiaux.

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