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La science et la politique des modifications génétiques humaines

par Richard Hayes
traduit de World Watch


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La science et la politique des modifications génétiques humaines / 169 ko



Les nouvelles technologies génétiques seront-elles soigneusement maîtrisées pour que les entreprises puissent profiter de leurs bénéfices, ou au contraire serviront-elles à détruire, par inadvertance, la société civile ? Un petit bonjour à l’idéologie post-humaine.

Traduction de Benoit Lambert

On peut considérer que les nouvelles technologies génétiques applicables à l’être humain sont, parmi toutes les technologies mises au point par l’homme, celles ayant potentiellement les conséquences les plus importantes. Si de nombreuses applications pourraient prévenir des maladies et alléger des souffrances, d’autres en revanche ouvrent la porte à de nouvelles pratiques eugéniques high-tech, qui pourraient déstabiliser la biologie humaine et affaiblir les fondements de la société civile.

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L’humanité a besoin d’un cours accéléré sur la science et la politique des nouvelles technologies génétiques pouvant être appliquées à l’homme. Nous devons distinguer les applications bénignes de celles qui sont pernicieuses ; et nous devons adopter des politiques soutenant les premières, et prévenir les secondes. Il nous faut répudier les idéologies politiques eugéniques et approfondir notre engagement pour l’intégrité des espèces humaines et la dignité de tous. Nous devons faire cela à l’échelle planétaire et en moins d’une décennie.

Deux nouvelles technologies sont très préoccupantes : le clonage reproductif et les modifications génétiques transmises par voie générationnelle.

Le clonage reproductif est la production d’un quasi-double d’une personne humaine. Si je produis mon propre clone, l’enfant sera-t-il mon fils ou mon frère jumeau ? En vérité, il ne serait ni l’un ni l’autre. Il ferait partie d’une nouvelle catégorie de relations biologiques - mon clone. L’opposition au clonage reproductif est quasi universelle, et les Nations Unies ont entrepris la négociation d’un traité international pour l’interdire.

Les modifications génétiques germinales (MGG) signifient que nous transmettons les gènes altérés à nos enfants. La plupart d’entre nous comprenons de manière intuitive que si de telles pratiques étaient permises, la nature humaine pourrait s’en trouver modifiée à jamais. Les personnes deviendraient littéralement des artéfacts. Si le clonage est la bombe atomique des nouvelles technologies génétiques humaines, les modifications génétiques germinales en sont la bombe à hydrogène de plusieurs mégatonnes. Seuls les plus égocentriques ou les plus prétentieux voudront produire un clone d’eux-mêmes. Mais si les MGG sont permises, même ceux qui sont épouvantés à l’idée de les utiliser se sentiraient forcés de le faire, de peur que leurs enfants ne soient les laissés-pour-compte dans cette nouvelle course folle techno-eugénique.

Si nous commençons à modifier génétiquement nos enfants, où nous arrêterons-nous ? S’il est acceptable de modifier un gène, pourquoi pas deux ? Si deux, pourquoi pas vingt, ou deux cents ? Les MGG mettraient en marche des forces biologiques, sociales et politiques qui s’auto-alimenteraient avec des conséquences qu’il nous est difficile de prévoir, encore moins de contrôler.

Beaucoup de gens pensent que les MGG sont nécessaires pour permettre aux couples d’éviter la transmission à leurs enfants de maladies comme la maladie de Sachs ou la fibrose cystique. Il n’en est pas ainsi, et ceux qui l’affirment soit sont mal informés, soit cherchent à tromper la population. Les diagnostics préimplantatoires et d’autres options sont aujourd’hui disponibles et permettent aux couples d’avoir des enfants sans gènes préjudiciables, à de très rares exceptions près. Les MGG seraient nécessaires seulement si un couple souhaitait "renforcer" un enfant avec des gènes qu’aucun des deux ne porte.

Les nouvelles technologies eugéniques sont promues par des scientifiques influents, par des écrivains, et par d’autres "penseurs" qui se voient entrer dans une nouvelle époque de la vie humaine sur Terre. Ils parlent avec enthousiasme d’un futur post-humain dans lequel la santé, l’apparence, la personnalité, la capacité à apprendre, les capacités sensorielles, et l’espérance de vie de nos enfants auraient été modifiés. Ils prévoient sans vergogne la ségrégation inévitable de l’humanité en sous-espèces génétiques, les "Génétiquement Riches" et les "Naturels".

Cette nouvelle vision techno-eugénique est un élément intégral de l’idéologie socio-politique émergente. Elle diffère des idéologies conservatrices par son antipathie à l’égard des religions et des valeurs sociales traditionnelles. Cette antipathie se manifeste également contre les idéologies progressives de gauche, auxquelles elle reproche son culte des valeurs égalitaires et sa propension à mettre le bien-être social au centre du débat public. De par sa promotion enthousiaste d’un monde naturel reconfiguré et transformé par les technologies, l’idéologie techno-eugénique s’oppose également à l’écologie politique, qu’elle prétend contredire par trois revendications idéologiques majeures : une science et une technologie conçues comme des entités autonomes exemptes de contrôle social ; la priorité accordée aux lois du marché ; une philosophie politique s’appuyant sur un darwinisme social grossier.

Depuis quelques mois, des représentants de divers groupes de la société civile ont commencé à s’élever contre ce nouveau techno-eugénisme. Les féministes pour le libre choix, suivies par les défenseurs de la santé des femmes, l’ont dénoncé, affirmant que cet eugénisme de consommation high-tech ravalerait la reproduction humaine au rang de produit commercial et industriel. Les écologistes savent que des humains génétiquement modifiés auraient peu de scrupules à modifier génétiquement le reste du monde naturel. Les défenseurs des droits de la personne et des droits civiques sont inquiets de la haine raciale et ethnique que les nouvelles technologies eugéniques pourraient provoquer. Les dirigeants des droits des handicapés savent qu’une société obsédée par la perfection génétique pourrait regarder les handicapés comme des erreurs qui auraient dû être prévenues. Les militants pour la paix et la justice craignent des conflits internationaux provoqués par la course des nations pour des populations génétiquement supérieures.

Quelle politique faut-il alors ? Nous avons besoin d’interdictions nationales et internationales du clonage humain reproductif et des modifications génétiques germinales héréditaires, et d’une réglementation efficace assortie d’organes de contrôle pour toutes les autres technologies génétiques. Dans le même temps nous devons soutenir toutes les applications bénéfiques de la science génétique -pour les diagnostics, les thérapies, le développement pharmaceutique, et d’autres champs médicaux- et nous assurer que ces applications sont accessibles à tous, sans considérations économiques et géographiques.

De nombreux pays ont déjà adopté de telles politiques. Notre défi est de les étendre au monde entier. S’il se concrétise, le traité négocié par la Nations Unies pour bannir le clonage reproductif sera un réussite historique, et un modèle de politique internationale sur les MGG et les autres technologies génétiques humaines.

Rien ne se réalisera cependant si les populations ne s’organisent pas pour promouvoir un tel événement. Nous devons favoriser l’émergence d’un nouveau niveau de conscience, d’organisation, et d’engagement -en bref un nouveau mouvement social- permettant d’affirmer l’intégrité de l’espèce humaine, et de s’opposer au nouvel eugénisme technologique et à l’idéologie post-humaine. Ce mouvement devra être de la même intensité, de la même étendue et de la même échelle que les grands mouvements du siècle dernier qui ont combattu pour les travailleurs, contre le colonialisme, pour les droit civiques, pour la paix et la justice, pour l’égalité des femmes, et pour la protection de l’environnement. Il n’y a pas de plus grand défi. Notre humanité, à tous, est en jeu.

Richard Hayes est directeur du Centre sur la génétique et la société (Oakland, Californie). Il conduit des études sur les implications sociales des nouvelles technologies génétiques applicables à l’être humain.

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