par
Leanne Mitchell
traduit de World Watch
La route de Colombo à Galle a toujours été tortueuse. Composée de deux voies étroites pour l’essentiel de la route, elle serpente le long de la côte sud-ouest du Sri Lanka où circule une véritable rivière de bus, de camions, de tuk-tuk à trois roues, de motos et de vélos ; tous zigzaguent à travers les animaux de ferme, les chiens, des hommes et d’autres formes de vie dans une scène à faire se dresser les cheveux sur la tête.
Ayant déjà voyagé dans le pays, la scène m’était familière ; mes parents ont émigré du Sri Lanka pour l’Australie il y a 37 ans et les plages de la côte sud du pays étaient un arrêt obligatoire lors des retours au pays. En mars je suis retournée sur place pour y mener une étude sur les impacts sociaux et environnementaux de la nouvelle autoroute qui va remplacer la route de Galle comme accès principal au sud du pays. Alors que je conduisais sur cette route par une matinée ensoleillée, la mer derrière les villages aux marchés bouillonnants était calme et l’eau émeraude. Des lignés de cocotiers ornaient un sable blanc scintillant ; chaque vue était une carte postale. Puis je fus frappée.
Plusieurs des scènes spectaculaires n’étaient pas là trois mois auparavant. Le Tsunami du 26 décembre, qui a balayé les bidonvilles et les vieilles maisons hollandaises et portugaises sans différenciations, a ironiquement ouvert la vue vers la côte autrefois construite, donnant à voir encore davantage de paysages de carte postale - si vous arriviez à faire abstraction du carnage.
Ca a commencé pas très loin de Colombo, la capitale. La ville de Moratuwa, située à approximativement 30 kilomètres au sud, offrait la première vue des dévastations. Des maisons de fortune en bois, construites le long de la voie ferrée et surplombant la mer, n’ont pas eu la moindre chance. Certains parties n’étaient plus que décombres.
Plus au sud, la route ondule à travers des poches de dévastations. Une fois passé le choc de la force terrifiante des vagues qu’il est facile d’imaginer, le plus terrifiant fut un constat : les dommages n’étaient pas uniformes. Certaines villes de la côte étaient debout, pratiquement sans dommages. D’autres comme Telwatta, quelques trois heures au sud de Colombo, ressemblaient à des zones bombardées. Telwatta fut également la scène du pire désastre ferroviaire lorsque 2000 personnes sont mortes emprisonnées dans des wagons qui déraillèrent à cause de l’eau montante.
Le tsunami a emporté ici plus de 30000 vies. Les organisations environnementales, dont Worldwatch, remarquèrent rapidement que certains facteurs non naturels contribuèrent au désastre naturel. La destruction des mangroves, de bancs de coraux et d’autres barrières naturelles laissèrent les zones de la côte plus vulnérables. Notre route le long de la côte rendit évidente que c’était ce qui s’était produit dans cette région.
Mais pour ce qui est de savoir si le gouvernement du Sri Lanka et les gens qui reconstruisent le long de la côte tiendront compte de ce message de l’environnement... cette question demeure floue. Les deux groupes sont coincés. Pour se protéger contre des désastres similaires, le gouvernement a proclamé une zone interdite à la construction, de 100 à 200 mètres entre les plages et les habitations sur les côtes au sud et à l’est. Mais l’industrie lève les bras en l’air ; la plupart des pêcheurs sont les plus pauvres des pauvres dans ces régions ; leur vie dépend pour une bonne part de la proximité de leurs prises. Ils sont rejoints dans leur opposition par les opérateurs touristiques, petits et grands, qui luttent pour maintenir leurs meilleurs emplacements sur les côtes.
En fait, près de trois mois après le désastre, il ne semble pas se passer grand chose le long de la côte. Des milliers de personnes continuent à vivre dans des conditions atroces, dans des camps grands comme des villes constitués de tentes et autres habitations de ce genre. D’autres ont choisi d’ignorer les menaces du gouvernement et reconstruisent sur le terrain qu’ils occupaient précédemment prenant le risque de perdre une fois encore leur maison.
J’ai quitté le Sri Lanka avec le sentiment qu’un terrain intermédiaire entre les soucis de sécurité du gouvernement et celui des gens de maintenir leur moyen d’existence devait être trouvé. A l’exception des systèmes d’alerte et des relocalisations forcées, d’importantes discussions ont cours dans des cercles qui débattent de politiques et de d’aménagements assurant à l’avenir la protection des populations côtières. Un groupe local, le Centre pour la justice environnementale, mène une campagne pour régénérer les zones de mangroves et pour arrêter l’exploitation des coraux, mais les mouvements comme celui-ci doivent se battre pour faire entendre leur voix dans ce match politique et social.
Leanne Mitchell est Directrice des communications chez Worldwatch. Elle est actuellement en année sabbatique.