par
Lisa Mastny
traduit de World Watch
Traduction d’Alexandre Friederich
Lorsque le gouvernement mexicain annonça en octobre 2001 sa décision de construire un nouvel aéroport international à Texcoco, une importante zone marécageuse aux alentours de Mexico City, les groupes de défense de l’environnement et les chefs de communautés descendirent dans la rue en signe de protestation. Le projet devisé à 2,5 milliards de dollars US et comprenant six pistes de décollage devait être un des plus grands chantiers jamais entrepris en Amérique. Le gouvernement espérait attirer grâce à ce projet les nouveaux investissements dont l’économie défaillante du Mexique a besoin.
Les communautés locales opposées au projet firent recours à la violence pour la première fois au début du mois de juin. Des paysans armés de machettes installèrent des barrages routiers dans la ville de San Salvador Atenco et retinrent en otage pendant plusieurs jours 19 officiers de police ainsi que d’autres responsables. Les contestataires ont suscité une ferveur quasi religieuse autour de leur combat pour la sauvegarde de leurs terres, dont certaines sont cultivées par leurs familles depuis plus de 500 ans.
Les défenseurs de l’environnement également se battaient contre l’aéroport. Le plan de cet aéroport de 40 kilomètres carrés implique la destruction d’une série de lacs naturels ou artificiels qui constituent un havre de repos pour environ 117 espèces d’oiseaux qui migrent annuellement entre Mexico, les Etats-Unis et le Canada. Le gouvernement prévoyait de délocaliser les marécages, mais n’indiquait ni quand il le ferait ni quelles seraient les incidences d’une telle opération.
Les préoccupations suscitées dans les rangs des environnementalistes aux Etats-Unis par la menace transfrontalière contre la biodiversité les décidèrent à porter plainte auprès de la Commission pour la Coopération Environnementale (CCE), une institution tri-nationale qui a pour tâche de traiter les problèmes environnementaux qui surviennent dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (North American Free Trade Agreement, NAFTA). La plainte exigeait une expertise indépendante des impacts environnementaux du projet assortie d’une étude des coûts, programmes et origines des ressources financières nécessaires à la recréation des marécages.
Même si les lacs étaient délocalisés, certains experts en aéronautique craignent que la présence continue d’oiseaux dans la région de Texcoco - dont le nombre peut atteindre 350’000 en haute saison - ne pose des problèmes de sécurité pour les avions. Des collisions à grande vitesse entre des oiseaux et des réacteurs peuvent provoquer des accidents graves voire fatals. "Le seul moyen d’éviter les problèmes liés aux oiseaux migrateurs est de chercher un autre emplacement" a ainsi déclaré Jorge Gamarci, un consultant indépendant en financement et construction d’aéroports.
Les auteurs du projet et les habitants exprimèrent également des craintes au sujet de l’impact sonore sur le site naturel de Texcoco dont le sous-sol marécageux constitue un des points les moins élevés de la vallée. En outre, si l’on veut éviter que les pistes de l’aéroport et les autres bâtiments ne s’enfoncent, un vaste réseau de fossés de drainage, digues et autres constructions sera nécessaire, dont la réalisation augmenterait d’autant le coût du chantier.
De nombreux défenseurs de l’environnement ont exhorté le nouveau président mexicain Vicente Fox - qui s’était présenté au cours de sa campagne électorale comme le premier "président environnementaliste" - de trouver pour le futur aéroport un site qui ne pose pas de problèmes majeurs. "Voici notre message au président Fox. Il est simple, dit Paul Irwin, président de la Humane Society (USA), l’organisation à l’origine de la plainte américaine déposée auprès de la NAFTA : le monde vous regarde. L’aéroport a valeur de test. Il dévoilera vos intentions réelles en matière environnementale."
Le meilleur site alternatif - dans une vallée de l’Etat d’Hidalgo, à 50 kilomètres au nord - est plus éloigné de Mexico City, mais il se trouve dans une région où le drainage des eaux est plus efficace, une région qui compte moins d’agglomérations et dans laquelle aucune migration importante d’oiseaux n’est observée. L’extension de l’actuel aéroport de Mexico City - que les responsables politiques jugent incapable d’absorber la demande croissante des voyageurs - est quant à elle à peu près impossible étant donné son implantation au coeur de la ville.
Les organisations mexicaines de défense de l’environnement prévoyaient de déposer auprès de la NAFTA une plainte similaire à celle déjà déposée par leurs homologues américains. Une étude réalisée en 2001 par la CCE indiquait que les marécages ne représentaient plus que 1,4 % des terres mexicaines, un pourcentage bien plus bas qu’aux Etats-Unis ou au Canada.
Lors de la rédaction de ce numéro, le gouvernement mexicain annonçait son intention de renoncer à la construction d’un aéroport dans la vallée de Texcoco.