par
Paul R. Billings
traduit de World Watch
Traduction d’Alexandre Friederich
Chance, trouvailles et découvertes inattendues jouent depuis toujours un rôle dans le progrès scientifique. Si la science est un domaine qui suscite des espoirs aussi démesurés, c’est qu’il est impossible de tout prévoir et de tout contrôler par anticipation. Du neuf ou du surprenant peut surgir de toute recherche.
En tant que médecin, je suis confronté quotidiennement aux limites de notre connaissance actuelle et je dépends, pour la prescription de nouveaux remèdes à mes patients, du travail des chercheurs en biomédecine. A ceux qui souffrent ou craignent de souffrir dans l’avenir, je ne peux souvent proposer comme traitement que les travaux de ces chercheurs. C’est dire l’espoir que l’on place en eux...
C’est pourquoi il est si difficile d’imaginer d’imposer des limites au travail des scientifiques. Comment se priver de la possibilité d’une retombée inattendue ? Si nous voulons que les scientifiques demeurent créatifs, comment leur dénier le droit d’entreprendre certaines expériences ou de tenter certaines applications ?
Et cependant, si nous le voulons, nous le pouvons. De même que nous interdisons aux réalisateurs de films ou artistes plasticiens de tuer des animaux ou des hommes dans un but d’expression, il nous faut donner aux scientifiques des limites généreuses mais claires. Les malades désespérés en quête de nouvelles thérapies doivent être protégés contre les expérimentations dommageables. Maintenant que nous approchons du moment où il devient possible de créer de nouvelles formes de vie, de combiner parties animales et parties humaines ou d’introduire des gènes originaux dans un embryon, la définition de limites strictes devient nécessaire si nous voulons garder notre sens de l’humanité. Par exemple, puisque presque tous les scientifiques et les médecins sont opposés au clonage reproductif, ceux qui le pratiquent néanmoins devraient être sanctionnés. Si un scientifique dévoyé devait réussir à créer un clone humain, il faudrait le traiter comme un criminel et profiter de cette occasion pour renforcer la législation afin de prévenir tout autre risque de dérapage.
Fixer des limites à la science, soumettre ses pratiques à des règles ne nuira pas à la créativité de biologistes et des généticiens cellulaires qui tentent de comprendre le développement humain, l’étiologie de la maladie et ses traitements possibles. De fait, si une telle connaissance est propre à induire en tentation certains scientifiques irresponsables qui cherchent à "améliorer" l’homme au moyen de manipulations du génome (eugénisme), le contrôle gouvernemental et la prudence se doivent d’assurer, quant à eux, la pérennité des recherches scientifiques et entretiendront l’espoir plutôt que d’y mettre un terme.
Paul R. Billings est vice-président exécutif de GeneSage Inc. et professeur adjoint à l’Université Berkeley de Californie.