par
Vandana Shiva
traduit de World Watch
Traduction d’Alexandre Friederich
La promesse de soigner des maladies par le recours aux technologies génétiques de l’humain a eu un effet retentissant à Wall Street et dans les médias, laissant derrière elle la connaissance scientifique fondamentale quant au fonctionnement des gènes et aux modalités selon lesquelles les manipulations génétiques affectent l’ensemble des organismes ainsi que leurs relations avec les autres organismes. En quelques semaines, l’ "alphabet" du "Livre de la vie" est passé de 100’000 à 30’000 lettres, ceci pour donner un aperçu de l’océan d’ignorance sur lequel dérive la technologie génétique.
Les trois inquiétudes majeures que suscite la technologie génétique sont le biopiratage, la conversion de traits socialement définis en traits biologiquement définis et le statut de la vie privée.
Les communautés indigènes, partout dans le monde, sont la cible d’un scandaleux piratage de gènes et de matériel génétique. Le cas récent de la collecte d’échantillons de sang auprès de la tribu Naga dans le nord-est de l’Inde est un nouvel exemple de biopiratage à l’échelle humaine. Un tel piratage peut même se produire au coeur des riches sociétés industrielles comme l’a prouvé le brevetage par des scientifiques de l’université de Californie des gènes d’un patient atteint du cancer, John Moore, sans son consentement.
Ce que nous nommons déficience - mentale, physique ou autre - possède une définition sociale. On voit bien que l’ordre mondial perverti que dictent le commerce, la cupidité et les profits a pour principal effet que les femmes, les enfants et les pauvres soient traités comme des êtres inférieurs. Sans une démocratie forte et une réelle transparence, cette sorte de discrimination peut servir de justification aux manipulations génétiques humaines telles qu’elles se manifestent dans les programmes eugéniques.
La technologie génétique de l’humain pose également des problèmes de fond quant à l’atteinte à la vie privée et à la délégation des prérogatives de l’individu à des compagnies d’assurance, des compagnies pharmaceutiques, des états policiers qui pourraient être amenés à échanger des données génétiques sans la participation ni le consentement des personnes concernées.
Vandana Shiva est physicienne et militante environnementaliste ; elle est également directrice de la Fondation pour la recherche en science, technologie et écologie dans l’Etat de l’Uttar Pradesh en Inde. Mentionnons parmi ses livres :Water Wars : Privatization, Pollution, and Profit(South End Press, 2002) et Stolen Harvest : The Hijacking of the Global Food Supply (South End Press, 2000)