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Les chercheurs de worldwatch
Démographie et parasites

par Danielle Nierenberg
traduit de World Watch


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Les chercheurs de worldwatch / 121.9 ko




(JPEG) Cela semblait une belle affaire : un voyage au Maroc tous frais payés, pour y participer à une tournée relative à une étude sur la santé génésique et y recevoir au nom de Worldwatch un prix pour la « Meilleure revue sur la démographie » décerné par Population Institute (PI). Je devais y voyager avec les 10 autres récipiendaires du prix, venant du Mexique, des Philippines, de la Tanzanie, du Pakistan, du Costa Rica et du Maroc, avec 20 membres de PI, actifs au sein de son Conseil ainsi qu’avec des sympathisants intéressés par la santé génésique, par la planification familiale et les questions démographiques. J’aurais la chance d’y parler du travail de Worldwatch sur les questions démographiques et pensais profiter de l’occasion pour rassembler des informations et des récits sur les progrès du Maroc, un pays islamique qui ne ménage pas ses efforts pour promouvoir l’égalité des sexes et un meilleur accès à la santé génésique.

Quelques jours plus tard, alors que je réprimais à grand peine une terrible envie de vomir tandis que notre bus slalomait à travers les montagnes de l’Atlas - et hantée par l’idée de me jeter sous ses roues -, la proposition m’apparaissait soudain un peu moins réjouissante.

Mais il devait y avoir autre chose que le voyage en bus, ou le fait d’avoir abusé de vin marocain la veille. C’était en fait une colite (giardia), un mauvais parasite qui s’attrape en buvant de l’eau non potable. Les symptômes - des rots sulfureux, une nausée persistante, des crampes intestinales accompagnées de diarrhée - apparaissent 12 à 15 jours après la contamination. Je ne pouvais donc mettre mes misères sur le compte des dates sèches achetées au souk en plein air à Marrakech. La source de mes problèmes devait plutôt provenir d’un voyage antérieur dans les fermes industrielles au Mexique et de mon appétit, là-bas, pour les fèves noires et les tortillas.

Par chance, je partageais mon siège avec le Dr George Denniston, anciennement directeur médical associé à la Fédération américaine pour la planification familiale et fondateur d’une clinique pour la planification familiale à Seattle. George m’a non seulement prescrit le médicament qui a finalement eu gain de cause sur ma diarrhée, mais il m’a également transmis une quantité d’informations sur les procédures liées à l’avortement, la stérilisation, les méthodes de contrôle des naissances et une série d’autres options liées à la planification familiale et à la santé génésique. Il a également maintenu mon esprit à distance de mes problèmes avec un flux continu d’histoires plus graves que la mienne.

Entre autres voyageurs fascinants, il y avait Martha Swai, une femme d’un grand calme qui portait de très beaux vêtements africains traditionnels. Elle se trouvait avec nous pour recevoir un prix au nom de Radio Tanzanie qui diffuse une émission sur les questions de démographie et sur la santé génésique à l’intention des populations rurales. Agé de quatre-vingt huit ans, Russell Hemenway, un membre du conseil de PI, a fait rire tout le monde avec des histoires sur ses années au Service américain à l’étranger, et comme organisateur de la compagne électorale d’Adlai Stevenson pour la présidence américaine en 1960. Enfin, il y avait Rina Jimenez-David, qui a gagné le prix de meilleure chroniqueuse pour ses reportages sur la démographie et les questions liées aux femmes pour le Philippine Daily Inquirer.

Puis il y avait bien sûr Werner Fornos, fondateur et président du Population Institute, l’homme qui nous avait tous rassemblés. Werner apporte son soutien financier au Prix international des médias de PI depuis 25 ans. La plupart du temps, il amène les récipiendaires dans les pays connaissant la plus forte croissance démographique. Depuis quelques années cependant, Werner a organisé des voyages d’étude dans les pays qui font des progrès vers la stabilisation de leur démographie et dans la promotion de l’égalité entre les sexes et de l’accès aux services de santé génésique. Le Maroc, un exemple dans le domaine, a développé une perspective particulièrement étonnante sur le contrôle des naissances et la planification familiale, et depuis les années cinquante, le taux des naissances y a chuté de 65 pour cent. Le pays a également interdit la violence familiale et a mis en place une législation pour augmenter le nombre de femmes participant à la législation nationale et décidant des grandes orientations du gouvernement.

Et les changements ne se retrouvent pas uniquement au niveau législatif. Par exemple au Lycée Aouda Saadia, une école de filles à Marrakech qui a le soutien du Fonds des Nations unies pour les populations, des fillettes de tout le pays apprennent à lire, à écrire, s’initient aux mathématiques et abordent une série de questions liées à la santé, incluant la santé génésique et le VIH/SIDA. Et au Centre de soutien psychologique et juridique aux femmes victimes de violence de l’Association Ennakhil pour les femmes, celles-ci apprennent comment mettre fin à des relations de type abusif.

Finalement, ma diarrhée m’a confinée dans ma chambre d’hôtel la nuit où je devais recevoir notre prix. Mais alors que j’étais allongée, en pensant à tout ce que j’avais vu, et aux gens extraordinaires que j’avais rencontrés, j’ai compris que le voyage avait été d’une très grande valeur, ne serait-ce que pour les innombrables récits sur la manière dont les Marocains font face aux enjeux liés à la santé génésique et aux défis de la planification familiale, et sur leur capacité à obtenir des résultats malgré une période difficile. Comme quoi un voyage peut vous vider et vous remplir tout à la fois !

Danielle Nierenberg est chercheuse, associée à l’Institut Worldwatch.

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