par
Craig Morris
traduit de World Watch
Georg Schürer vit dans la banlieue de Fribourg-en-Brisgau, une cité vieille de 900 ans perchée à la lisière de la Forêt-Noire. La maison de Monsieur Schürer, solide et confortable, est presque impossible à distinguer de celles qui l’entourent dans la communauté de Vauban. La maison mitoyenne de trois étages a de grandes triples fenêtres orientées vers le sud, un petit jardin, un hangar, et des panneaux solaires couvrant tout le versant sud du toit.
Bien que Fribourg-en-Brisgau soit considérée comme la ville la plus chaude d’Allemagne, le pays dans son ensemble n’est pas vraiment réputé pour son ensoleillement. Pourtant, les panneaux solaires couvrant le toit de Schürer n’ont rien d’inhabituel, grâce à la politique énergétique allemande appelée Feed-in Tarrifs (FIT, en français « Tarifs d’achat garantis »). Les FIT ont démocratisé la politique énergétique, offrant l’opportunité à de simples particuliers, ou à des entreprises, d’investir directement dans les énergies renouvelables. Les États-Unis ont eux aussi des politiques d’encouragement visant à promouvoir ces énergies, mais elles ont largement favorisé les producteurs d’électricité, laissant de côté les petits acteurs. Bien que certaines centrales solaires, disséminées de Saarbrücken à l’Etat de Saxe, aient la dimension de terrains de football, la moyenne des installations avaient, en 2006, une vingtaine de panneaux, de la taille d’un dessus de table chacun. L’avance de l’Allemagne dans l’énergie solaire n’est clairement pas due qu’aux grandes centrales électriques, mais bien aux toits de particuliers comme Georg Schürer.

Des panneaux photovoltaïques couvrent les cotés d’un bâtiment à Freiburg en Allemagne.
D’autres pays se sont inspirés de l’exemple allemand. La hausse des prix de l’énergie et la précarité croissante de l’approvisionnement en pétrole, les ont poussés à se tourner vers les FIT comme moyen de promouvoir les énergies renouvelables. Selon Miguel Mendonca, auteur du livre Feed-in Tarrifs (2007), 46 pays à travers le monde ont mis en place des FIT, le mécanisme le plus répandu de promotion des énergies renouvelables à ce jour.
Il a même pris pied aux États-Unis, au niveau des États tout au moins. Les États de Washington et du Wisconsin ont adopté un système semblable ces dernières années, et d’autres projets se basent explicitement sur le modèle allemand, notamment un projet de loi introduit l’automne dernier dans le Michigan. Un projet de loi similaire a été déposé devant le corps législatif de l’Illinois et du Minnesota en février. De même, la Californie, qui donne le ton en matière d’énergies renouvelables, discute de la manière d’instaurer des FIT.
Les FIT allemands peuvent-ils donc s’adapter à l’Amérique ? Il serait piquant qu’ils ne le puissent pas, puisque après tout, il s’agit d’une idée américaine ! Dans la foulée de deux crises pétrolières dans les années 1970, Jimmy Carter avait appelé à économiser l’énergie et à faire usage des énergies renouvelables. La Californie a répondu en 1983 en mettant sur pied des Standard Offer Contracts (SOC), précurseurs des FIT allemands.
Les SOC demandaient aux compagnies électriques d’acheter du courant à des producteurs indépendants pour des périodes allant de 15 à 30 ans, à des tarifs fixes pour les dix premières années. Cette initiative a représenté une aubaine pour l’industrie éolienne, lui offrant un filet de sécurité pour ses investissements. Des forêts d’éoliennes ont alors rapidement couvert les cols de Tehachapi et d’Altamont en Californie. Il a suffit de quelques années pour que la Californie génère 1% de son électricité grâce à ces turbines. Ce fut un moment décisif.
C’est ce qui est apparu à Paul Gipe, directeur de l’Association des énergies durables de l’Ontario, qui a contribué à la mise en place des premiers FIT au Canada. Il avait déjà travaillé dans le domaine des éoliennes depuis les années 1970, puis s’était rendu en 1984 en Californie pour rejoindre une industrie éolienne encore balbutiante. Nombre de fermiers construisaient leurs propres pales avec des moyens de fortune pour charger les batteries de leurs automobiles. Ce type d’engins constituait pour les fermes isolées une source d’électricité non négligeable dans les années 1930 déjà, alors que les compagnies d’électricité privées considéraient comme tout simplement trop coûteux de tirer des lignes dans ces régions faiblement peuplées.
Paul Gipe, responsable de la communication dans les années 1970 pour Zond Systems, avait prévu que la conception des turbines allait faire de rapides progrès, essentiellement aux États-Unis. Cependant, l’année suivante, Zond allait être obligé de licencier tout son personnel, lui y compris. Beaucoup d’autres fabricants d’éoliennes allaient connaître un destin semblable, ainsi que d’autres industries pionnières comme l’énergie solaire thermique. Le fameux projet pilote Solar One, par exemple, bien que prometteur, n’a pas suffi à donner l’impulsion nécessaire à une nouvelle activité industrielle. Au contraire, la baisse du prix du gaz naturel a provoqué une forte progression de la construction de turbines à gaz.
Les turbines du champ d’éoliennes de Tehachapi en 2001.
L’attitude du pays face à la consommation énergétique avait changé. La Californie avait laissé expirer ses SOC lorsque le prix du pétrole était retombé. Paul Gipe se retrouvait seul au milieu d’éoliennes dont beaucoup étaient d’anciens modèles mal conçus. Il essaya d’inciter les compagnies électriques à prendre leur responsabilité et, au minimum, à démanteler les affreuses turbines cassées qui faisaient ressembler le site autrefois futuriste de Tehachapi à une ville fantôme, mais ses efforts furent vains. Les compagnies éoliennes lui affirmèrent qu’il n’y avait tout simplement plus d’argent pour enlever les vieilles turbines.
Lorsque Paul Gipe visita par la suite un parc éolien danois, il apprit que les Danois mettaient de côté suffisamment d’argent dès le début du projet pour faire face aux éventuels frais de démantèlement. Après tout, les turbines appartenaient à une communauté, et pas à une compagnie qui, comme Zond, risquait d’être rachetée par un acteur planétaire sans attaches locales comme Enron. Durant tout le temps de son séjour au Danemark, Paul Gipe ne vit jamais une turbine abandonnée. « Je devrai bientôt donner une couche de peinture fraîche aux mâts » marmonnait le chef de projet danois, en réponse à son étonnement.
Il se rendit alors compte que les Danois étaient en train de réaliser son rêve : des familles et des communautés locales investissant dans l’énergie éolienne. Si cela semblait hors d’atteinte en Californie, c’était une pratique courante au Danemark où les agriculteurs développaient un nouveau type de récolte : l’électricité. Les gigantesques turbines flambant neuves sur les fermes danoises n’avaient rien à voir avec les modèles désuets que continuaient à utiliser les fermiers américains plusieurs années après la ruée vers le vent californienne.
Les Danois ont utilisé un mécanisme similaire aux SOC californiens dont, par la suite, l’Allemagne s’est inspirée en 1991 pour établir le premier FIT pour l’éolien et la petite hydraulique. Étendue en 2000 pour couvrir toutes les énergies renouvelables, cette politique énergétique a fait de l’Allemagne le champion aussi bien du solaire que de l’éolien, tout en donnant une forte impulsion au secteur de la biomasse. « Aux États-Unis, nous avons jeté par la fenêtre notre expérience, notre enthousiasme, nos espoirs, et nous avons traversé le désert durant deux décennies. Merci aux Danois et aux Allemands de nous montrer la voie », relève Paul Gipe. Aujourd’hui, 17 ans seulement après la première mise en place du FIT par l’Allemagne, 18 des 25 pays de l’Union européenne ont adopté cette politique.
En revanche, les États-Unis ont compté principalement sur deux politiques de promotion des énergies renouvelables au niveau des États : le décompte net et les Renewable Portfolio Standards (RPS, taux requis d’énergie renouvelable). Dans le cas du décompte net, qui a été introduit dans 42 États et le district de Columbia, l’énergie produite par le client d’une compagnie d’électricité peut compenser l’énergie tirée du réseau électrique.
Pourtant, la quantité produite importe peu, dans le sens où il n’est pas possible d’aller au-delà du point d’équilibre, et que le crédit inutilisé expire à la fin de l’année sans être rétribué. Il en est de même pour la compensation de la production « excédentaire » d’électricité. Les États, du Maryland à l’Arkansas et à la Californie, créditent le surplus de production (lorsqu’un client produit d’avantage d’électricité qu’il n’en consomme) d’un mois sur la facture du mois suivant. Malgré tout, si le client est en surplus à la fin de l’année, la compagnie d’électricité n’a rien à payer du tout, même si l’utilisateur a compensé du courant de pointe en produisant en début d’après-midi, lorsque l’électricité est la plus demandée. Elle touche même gratuitement l’électricité excédentaire à la fin de la période de facturation de 12 mois.
Ce que tous les mécanismes étatiques ont en commun, c’est le concept de store credit, des crédits emmmagasinés. Les compagnies électriques qui remboursent véritablement les utilisateurs pour leur production excédentaire d’électricité sont rares. L’un des systèmes de décompte net fonctionnant le mieux aux États-Unis est celui de « Austin Energy ». La compagnie électrique municipale de la capitale du Texas ne paie pas, cependant, la production excédentaire au plein tarif, mais à un prix bien inférieur au tarif de pointe que leurs clients compensent en générant de l’électricité. Elle paie le « coût du combustible » (appelé généralement « coût évité »), soit celui du combustible qui n’a pas été brûlé pour générer de l’électricité, soit un tiers environ du prix de détail de l’électricité.
Pour les compagnies électriques, ce concept de coût évité est logique dans la mesure où les énergies renouvelables compensent généralement le gaz consommé dans les usines thermiques. Mais pour les propriétaires de maison ayant investi dans la génération d’électricité photovoltaïque, ce mécanisme n’a aucun sens puisque le coût du gaz naturel n’a aucun rapport avec celui de panneaux solaires. En tant qu’investisseurs, ils ont besoin d’une compensation qui couvre leurs frais et leur procure un petit rendement - exactement ce que font les FIT allemands.
Une vue d’éoliennes alignées au large de Copenhague au Danemark.
Le second instrument de la politique concernant les énergies renouvelables aux États-Unis, les RPS, fixe une part de la production électrique totale qui doit être d’origine renouvelable. Le Nevada, par exemple, exige que 20% de son électricité soit renouvelable d’ici à 2015. La Californie veut 20% d’ici à 2018. Quant au Texas, il a fixé un seuil en terme de quantité absolue, soit une capacité de 5’880 mégawatts d’ici à 2015.
Sous ce régime des RPS, une compagnie d’électricité peut remplir ses obligations en se procurant des crédits d’énergies renouvelables de trois manières différentes : en produisant elle-même de l’énergie renouvelable, grâce à un champs d’éoliennes, une centrale solaire ou toute autre source alternative de production d’électricité ; en s’engageant contractuellement à acheter à long terme des crédits ou de l’énergie renouvelable ; en achetant des crédits sur le marché au comptant. Théoriquement, la compétition pour fournir les compagnies électriques en crédits renouvelables doit permettre d’abaisser le prix de l’électricité.
Les États-Unis et l’Europe sont tous deux en train de s’engager dans la voie des énergies renouvelables. La Commission européenne a fixé un objectif obligatoire de 20% de l’énergie totale consommée en Europe devant être de source renouvelable d’ici à 2020. Le président américain Georges W. Bush a candidement déclaré que les Américains étaient dépendants du pétrole comme des toxicomanes, tandis que les gouvernements locaux ont mise en place des politiques de promotion des énergies renouvelables. Les deux régions sont poussées par la nécessité dans la même direction. Néanmoins, l’Europe est la plus dynamique.
Les FITs, en forme pour la compétition
C’est l’Allemagne qui, de tous, va le plus vite. Un pays doté d’un potentiel médiocre en termes de vent et de soleil est devenu un champion mondial, non seulement de la production d’énergies renouvelables, mais aussi de la fabrication des éoliennes ou des panneaux solaires. Ce succès peut largement être attribué aux FIT, inscrits dans la loi allemande sur l’énergie renouvelable. Les principes sont proches de ceux qui ont présidés à la mise en oeuvre des SOC en Californie dans les années 1980 : les compagnies électriques allemandes s’engageant contractuellement à racheter à un prix fixe l’électricité produite par des producteurs indépendants. Pourtant, deux points de taille font la différence : les SOC de Californie étaient basés sur des projections à long terme des prix de l’énergie, tandis que les compensations allemandes dépendent du coût réel de chaque source d’énergie. Par ailleurs, en Allemagne, les citoyens peuvent eux aussi devenir des producteurs d’électricité et être en compétition avec les compagnies d’électricité.
Avec ce FIT, votre production maison de prunes ne vous rapporte pas des crédits d’épicier, mais de l’argent liquide. Pour suivre cette analogie, si le gouvernement décide d’augmenter la production de fruits issus de l’agriculture biologique, il peut décider d’imposer aux magasins d’alimentation d’acheter des prunes, des poires ou des bananes bio à un prix fixé qui couvrirait des coûts de production raisonnables et assurerait un petit profit aux producteurs. Bien sûr, comme le coût de production pour chaque fruit est différent, le prix d’achat assuré par le commerçant varie, offrant en fin de compte pratiquement la même marge de profit à chaque fruit. De la même manière que cette politique encourage également la culture des prunes et des bananes, le FIT promeut aussi bien le solaire que l’éolien. Il en résulte une sorte de salade de fruits énergétique.
Si l’on compare ce système au RPS, qui exclut généralement les petits producteurs à l’origine du succès allemand, on arrive à la situation suivante : imaginons que vous apportez un panier plein de prunes cultivées chez vous à un magasin d’alimentation en lui demandant de l’acheter comme contribution à son effort d’offrir, mettons 20% de prunes bio (comme le Nevada qui exige un 20% d’énergies renouvelables). Il ne fait pas de doute que l’épicier vous rappellerait poliment que vous êtes un consommateur, et non un producteur : « Nous n’achetons qu’aux grossistes », dirait-il, et il vous expliquerait combien il serait peu efficace de traiter avec tous ces petits producteurs arrivant avec leurs petits paniers.
Une région disposant de vent dans l’ouest du Texas : le champ d’éolienne de Horse Hollow.
Les partisans des RPS font valoir que l’approche choisie par les États-Unis est plus efficace. Après tout, les FIT rendent les petits projets, qui sont relativement coûteux, aussi profitables que les grands. Cependant, les RPS barrent la route aux investissements des propriétaires de maisons et aux petites entreprises, laissant aux seuls grossistes la possibilité de produire de l’énergie renouvelable. Le plus grand champ d’éoliennes américain était en 2006 Horse Hollow, au Texas. Il avait une puissance installée équivalente à celle d’une grosse centrale thermique au charbon et appartenait à une seule société, FPL Energy. A titre de comparaison, bien que l’Allemagne ait une capacité de production électrique renouvelable deux fois plus importante que les États-Unis, la plus grande ferme éolienne n’avait que le septième de la taille de Horse Hollow, et la propriété des capacités de production est répartie entre un grand nombre de sociétés locales et d’investisseurs individuels.
Certes, en dépit du succès du développement des énergies renouvelables en Allemagne grâce au régime des FIT, elle est encore largement dépendante des sources d’énergies fossiles. L’Allemagne est le troisième plus gros importateur mondial de pétrole, juste derrière les États-Unis et le Japon et doit compter sur une importation problématique de gaz naturel en provenance de la Russie. Cependant, l’Allemagne tire avantage des FIT de différentes manières. Tout d’abord, 14% de la production électrique allemande (ou 8,4% de son énergie totale) provient déjà de sources renouvelables. Deuxièmement, l’Allemagne accroît rapidement cette part (elle n’en était qu’à 3% de son énergie en 2002 et s’efforçait alors d’atteindre un objectif de 12% de renouvelable en 2010). Troisièmement, sa politique a permis d’éviter l’émission de millions de tonnes de CO2 - plus de 100 millions de tonnes en 2006 selon les estimations du gouvernement. En comparaison, on estime que le mécanisme européen d’échange de droits d’émission de carbone n’a pratiquement pas diminué les émissions, en raison de défauts du système, qui a dû être révisé. Les États-Unis, pour leur part, n’ont pas encore de mécanisme obligatoire d’échange de quotas, mais le site web du Chicago Climate Exchange, la bourse d’échange de droits d’émission volontaires, indique qu’au cours de l’année 2006, 1,5 millions de tonnes de CO2 ont été compensés sur un total annuel d’émissions de 6 milliards de tonnes.
Les principales retombées positives des FIT allemands concernent le développement de la technologie, du tissu industriel et de l’infrastructure nécessaires au déploiement global des énergies renouvelables, que l’Allemagne considère comme inévitable. Lorsque le monde sera forcé de changer de modèle énergétique, c’est l’Allemagne qui bénéficiera de la demande d’équipements. Si les États-Unis disposent de plus de vent et de soleil que l’Allemagne, gratuits, la technologie, elle, ne l’est pas.
La diversité
Les FIT ont eu plus de succès que les RPS pour promouvoir les énergies renouvelables, mais à quel coût ? La production d’un bien quel qu’il soit - même des lecteurs de DVD en bois sculptés à la main - peut se développer pour autant qu’un marché lui garantisse d’être profitable. The Economist a critiqué le FIT allemand et ses « subventions absurdement généreuses » ; selon le journal il renchérissait le prix des cellules solaires pour les pays bénéficiant d’un meilleur ensoleillement où cette technologie aurait pu être utilisée de manière plus efficace. Il est vrai que le prix des panneaux solaires a connu une pression à la hausse durant la période où l’industrie peinait à faire face à une très forte demande, mais il est redescendu au fur et à mesure que l’industrie parvenait à satisfaire les commandes en suspens. C’est d’ailleurs l’Espagne et non l’Allemagne qui a été la première responsable de cette hausse en 2007, lorsqu’elle a rendu ses FIT plus attrayants pour le solaire et dès lors asséché le marché, au point même de ralentir le rythme des installations en Allemagne.

Des panneaux solaires couvrent les toits de maisons à Hambourg en Allemagne.
Il semble pourtant que les États-Unis considèrent que les FIT sont trop chers. Les RPS sont souvent présentés de manière un peu racoleuse comme étant plus compatibles avec une économie de marché puisque les compagnies d’électricité vont essayer d’atteindre leurs objectifs en achetant l’énergie renouvelable la moins chère. Dès lors, la compétition n’a pas seulement lieu entre différentes sociétés solaires, par exemple, mais aussi entre la géothermie, le solaire et l’éolien. Par conséquent, les RPS ont favorisé l’énergie éolienne parce qu’elle est déjà la source d’énergie renouvelable la meilleur marché sur la base du prix au kilowattheure. Le gouvernement britannique l’a bien reconnu lorsque le département du Commerce et de l’Industrie a conclu dans son rapport sur les Renewables Obligations (un système de quotas semblable à celui des RPS) : « En tant qu’instrument neutre du point de vue technologique, les RO ont, jusqu’à présent, eu beaucoup moins de succès dans le soutien au développement des technologies moins avancées. »
Alors qu’une vingtaine d’États aux USA appliquent les RPS, sept d’entre eux ont fixé un objectif spécifique pour l’énergie solaire, de manière à éviter que l’énergie éolienne ne ramasse toute la mise. Dans le Nevada, par exemple, 5% de l’objectif établi par le RPS doit provenir de la technologie solaire. Pourtant, même cette approche ignore la diversité de potentiel des énergies renouvelables. Ce n’est donc pas un hasard si le Royaume-Uni a récemment proposé de modifier les RO en créant quatre niveaux distincts de subvention, les technologies les plus spéculatives, comme celle des vagues, recueillant le soutient le plus important.
Un trait commun à tous ces systèmes de quotas est le rôle que jouent les compagnies d’électricité et les entités étatiques. Comme le dit l’Association américaine de l’énergie éolienne, le rôle du gouvernement dans les RPS est de « certifier les crédits, vérifier la conformité, et imposer des pénalités si nécessaire ». L’association britannique de l’énergie éolienne classifie même dans ses statistiques annuelles les crédits dans trois catégories : soumis, acceptés, refusés.
En revanche, les FIT en Allemagne ne connaissent pas ce type d’approche bureaucratique. Aucune approbation n’est nécessaire. Si quelqu’un, comme Monsieur Georg Schürer, désire installer des panneaux photovoltaïques sur son toit, il n’a pas besoin de demander de formulaires pour obtenir un soutien du gouvernement et espérer une approbation rapide. Le propriétaire d’une maison n’a qu’à appeler un fournisseur solaire local et fixer un rendez-vous. Dans ce sens, les FIT allemands laissent faire le marché en tout, sauf en ce qui concerne le prix de rachat de l’électricité. Le résultat de cette approche est que tout projet qui en vaut la peine peut se réaliser, et non quelques rares projets considérés comme étant les plus efficaces par les compagnies d’électricité.
Une turbine fait de l’ombre à un moulin plus ancien près de Magdeburg en Allemagne.
En fin de compte, en raison des incertitudes inhérentes au système et au poids de la bureaucratie, les quotas se sont révélés non seulement moins efficaces pour promouvoir les énergies renouvelables, mais aussi plus chers que les FIT. Cette conclusion est partagée par de nombreuses instances politiquement neutres. La Commission européenne, qui n’impose pas de politique énergétique à ses États membres, a déclaré dans un rapport datant de 2005 sur les politiques de ses membres, que les FIT s’étaient révélés « généralement meilleur marché et plus efficaces que... le système des quotas. » Le Britannique Sir Nicholas Stern est parvenu à la conclusion, dans son Rapport sur l’économie du changement climatique, que les FIT « permettaient un déploiement plus large à un moindre coût » La Société internationale de l’énergie solaire abonde pour sa part dans ce sens en déclarant qu’« à ce jour, les politiques de rachat à prix fixe de l’électricité ont permis la plus forte pénétration des énergies renouvelables, ont produit l’énergie renouvelable au meilleur coût, ont permis l’établissement d’industries locales, ont attiré des petits et des grands investisseurs, ainsi que des banquiers ». Même The Economist reconnaît que la politique allemande pourrait faire baisser les prix, alors qu’en 2007 un rapport de Photon Consulting assure que c’est déjà le cas. Le coût de l’électricité solaire devrait tomber en dessous du prix de vente au détail dans les régions ensoleillées en 2010 déjà.
Le rêve d’une indépendance fondée sur les énergies propres, qui a commencé en Californie dans les années 1980, pourrait maintenant conquérir les États-Unis. En effet, au printemps 2007, Al Gore a décrit devant une commission du Sénat sa vision pour l’Amérique, qui ressemble beaucoup à la réalité allemande lorsqu’il a demandé que soit promulguée une loi qui permette aux gens de vendre de l’électricité renouvelable sur le réseau « sans imposer artificiellement un plafond, à un tarif qui ne soit pas déterminé par un monopsone » (un seul acheteur pour un produit, à l’inverse du monopole, qui suppose un seul vendeur). « On connaît les effets néfastes du vendeur unique, précise-t-il, mais pensons aussi à la tyrannie de l’acheteur unique. Si une compagnie d’électricité détermine elle-même le prix, rien de positif n’en sortira. »
Dans les années 1930, lorsque beaucoup de paysans dépendaient des éoliennes bringuebalantes qu’ils avaient construites eux-mêmes, les gros vendeurs (les compagnies d’électricité) étaient réticents à étendre le réseau dans les zones rurales. L’administration Roosevelt était alors intervenue pour que tous les Américains soient connectés au réseau. Aujourd’hui, les RPS sont plus utilisés pour encourager les gros acteurs du secteur à aller vers les énergies renouvelables que pour aider les Américains à faire le pas par eux-mêmes.
Les FIT pourraient rapprocher les États-Unis d’un véritable marché libre et accroître la liberté individuelle, tout en remplaçant les importations d’énergie par une énergie propre, produite sur place et favorisant la création d’emplois bien rémunérés. La production de courant électrique ne serait plus l’apanage des grandes compagnies seulement. Celles-ci seraient obligées d’entrer en compétition avec de nombreux petits acteurs individuels. Les citoyens américains accordent beaucoup d’importance à la notion de liberté personnelle, mais aujourd’hui, un nombre croissant d’Européens jouissent d’une liberté dont beaucoup d’Américains ignorent même l’existence : la liberté de fabriquer - et de vendre - leur home-grown juice, un jus bien maison.
Craig Morris dirige Petite Planète Translation à Freiburg, Allemagne, et est l’auteur de Energy Switch : Proven Solutions for a Renewable Future (2006). Nathan Hopkins est un étudiant en droit à l’Université du Maryland.