par
Judith Levine
traduit de World Watch
Traduction d’Alexandre Friederich
Qu’elles aient été séduites par les promesses de la science génétique ou qu’elles aient craint de perdre leur autonomie reproductive, les féministes ont mis du temps avant de s’opposer à la technologie génétique. Pourtant, le génie génétique constitue une menace pour la femme et, au sens le plus large, un problème touchant au féminisme. Voyons en quoi.
Si quelqu’un a des raisons de se montrer circonspect face aux techniques médicales destinées à "améliorer" la reproduction ordinaire - ce que se propose de faire le génie génétique - c’est bien la femme. L’histoire regorge de "progrès" de ce genre et de leurs funestes conséquences. Lorsque les bébés de femmes qui avaient consommé de la thalidomide naquirent dépourvus de certains membres, le médicament fut retiré, après un énorme scandale. Quelques années plus tard, des femmes ayant pris du DES, un médicament destiné à faciliter la grossesse, donnèrent naissance à des filles atteintes de cancer. Quant à la pilule oestrogène, on pense qu’elle pourrait avoir entraîné la mort de certaines des femmes porto-ricaines, sur lesquelles elle avait préalablement été testée à leur insu.

L’industrie de la fertilisation rapporte aujourd’hui 4 milliards de dollars par année, même si la fertilisation in vitro ne réussit que dans 3 cas sur 10. Echappant virtuellement à toute réglementation et offrant le profil de véritables battants, ces docteurs en fertilité entreprennent souvent des traitements expérimentaux. L’Institut pour la médecine et la science reproductive du centre médical St Barnabas dans le New Jersey a récemment annoncé le succès d’une "thérapie" de fertilité nommée transfert cytoplasmique au cours de laquelle une certaine quantité de matériel cellulaire provenant du noyau de l’ovule d’une femme est transférée dans l’ovule d’une autre femme ayant des difficultés à maintenir l’embryon en vie. Le cytoplasme transféré contient des mitochondries (organites qui produisent de l’énergie pour les cellules) qui possèdent un nombre réduit de gènes originaux. C’est pourquoi l’embryon produit sur la base du transfert cytoplasmique peut avoir le cas échéant deux mères génétiques. Ce mélange nommé "hétéroplasme mitochondrial" peut déboucher sur des symptômes potentiellement mortels qui n’apparaîtront que tard dans la vie. Lorsque la chaîne de télévision publique Nova diffusa un reportage enthousiaste sur ce procédé, mentionnant tous les détails et présentant un mignon nouveau-né prénommé Kate, aucun de ces risques ne fut évoqué.
Ces patientes avaient-elles donné leur consentement sur la base d’une information complète ? Oui et non. "La plupart d’entre elles lisent les avertissements avant de signer, mais dans le domaine des thérapies génétiques on ne peut à proprement parler d’information, souligne Judy Norsigian, du Collectif pour la santé des femmes de Boston, car les risques ne sont pas connus". La biologiste Ruth Hubbard ajoute que l’élément létal du DES n’a été découvert que "dans un contexte tout à fait particulier. Si les effets [de la technologie génétique de l’humain] sont différés et ne sont pas associés à une pathologie inhabituelle, la découverte peut exiger un temps relativement long". A moins que "nous ne sachions jamais"...
Le "perfectionnement" de la modification génétique de l’humain exigerait le recours à des expériences sur les femmes et les enfants.
Le biologiste écossais Ian Wilmut, le "père" de Dolly, la première brebis clonée, communiqua en 2001 les statistiques suivantes : des 31’007 oeufs de moutons, souris, cochons et autres mammifères ayant subi un transfert de noyau cellulaire somatique (clonage), 9’391 ont produit des embryons viables. De ces embryons sont nés 267 nouveau-nés viables. Mais le New York Times rapporte que chez ces animaux, les "défauts divers" sont omniprésents - au rang desquels figurent des malformations fatales du coeur et des poumons, des systèmes immunitaires déficients et des obésités grotesques. Au total, "moins de 3 % de l’ensemble des clonages furent couronnés de succès". Par ailleurs, on a appris récemment que Dolly souffre de sénescence précoce, un autre problème des animaux clonés. Au mois de janvier, il est apparu qu’elle souffrait d’arthrite à l’âge, inhabituel pour ce type d’affection, de cinq ans et demi. Les mères des clones sont également en danger car leur corps peinent à supporter les foetus de taille anormale que produit souvent le clonage.
On peut postuler des progrès dans le clonage des animaux comme dans les opérations plus complexes qu’exige la production d’altérations génétiques héréditaires. Ensuite, comme le font remarquer non sans sarcasme les militants de la santé, si ça marche sur une souris, ils essaieront sur une femme. Le problème, prévient Stuart Newman, un biologiste cellulaire du Collège médical de New York à Valhalla, c’est que si ça marche sur une souris, il est probable que ça ne marchera pas sur une femme : "Chaque espèce offre une série nouvelle de problèmes". Or, comment perfectionner le procédé sur des humains ? Au moyen d’essais cliniques ?
"Le niveau du risque qui est pris ne doit jamais dépasser le niveau de gravité du problème humain que l’expérience doit résoudre", dit le code de Nuremberg, conçu après la seconde guerre mondiale pour empêcher la répétition d’expériences torturantes du type de celles que les "scientifiques" nazis infligèrent aux détenus des camps de concentration. Or, quelle importance humaine représente la création d’un coureur des 100 mètres plus rapide ? Ou encore, pourquoi soigner une maladie au moyen de la technologie génétique lorsque d’autres options demeurent inexplorées ? La recherche de moyens de génie génétique "sûrs", explique Newman, constituerait "une entreprise complètement expérimentale et difficilement justifiable". En d’autres termes, "nous sommes où nous sommes et il n’est pas certain que nous puissions aller où nous voulons aller".
Nos gènes ne sont pas nous
Lorsque le Projet du Génome Humain a permis de faire la description de notre ADN, la presse l’a considéré le véritable Livre de vie. La presse écrite avait auparavant repris à son compte des rapports faisant état de la découverte de "gènes pour" le cancer de la poitrine et de "gènes pour" l’homosexualité. Bien des gens se mirent alors à penser que les gènes définissaient notre développement personnel.
Cette façon de penser devrait susciter chez les femmes un sentiment de déjà-vu. Il n’y a pas si longtemps, on nous disait que les hormones, plutôt que le sexisme, expliquaient pourquoi il n’y avait jamais eu de Présidente des Etats-Unis (elle aurait pu déclencher une guerre nucléaire au cours d’un cycle de menstruation). Une décennie plus tard, l’idée courut que le genre était gravé dans le cerveau. Comme par hasard, ces assertions étaient faites au moment précis où le mouvement social confirmait la formule de Simone de Beauvoir qui établit qu’on ne naît pas femme, mais qu’on le devient. Aujourd’hui, sous le masque de la génétique, l’affreux déterminisme relève une fois de plus la tête. Tandis que les familles "non-traditionnelles" donnent enfin sa légitimité au principe d’une parenté sociale, les défenseurs des modifications génétiques héréditaires nous déclarent que nous pouvons non seulement prédéterminer la nature de nos enfants mais que le clonage est le seul moyen pour les homosexuels et pour les lesbiennes de devenir d’authentiques parents. Liens parentaux "authentiques" signifiant ici biologiques, génétiques.
Le "déterminisme génétique" n’est pas biologiquement pertinent. "Il est peu probable qu’un lien causal simple et direct entre les gènes et les maladies les plus communes ne soit jamais établi", écrit Richard Horton, l’éditeur de la revue médicale anglaise The Lancet. Si cela est vrai de la maladie, c’est encore plus vrai de la musicalité, de l’optimisme ou de l’orientation sexuelle. Plus un élément est complexe, moins la génétique est apte à en donner une explication. Pour Ruth Hubbard, "le point de vue de la génétique est l’un des plus étroits lorsqu’il s’agit de se pencher sur notre biologie. Et je ne parle même pas là de la nature sociale de notre être".
La modification génétique ne constitue pas un choix reproductif
Pour les féministes, l’un des aspects les plus humiliants du débat sur les manipulations génétiques humaines est la façon dont ses partisans ont détourné le discours lié au "choix" afin de vendre leurs produits. Les entreprises soutiennent que les cliniques de fécondation in vitro et la recherche biotechnologique ne devraient être soumises à aucune régulation, avec pour argument que celle-ci pourrait avoir des répercussions sur le "choix" (le choix des clients(e)s qui paient, bien sûr, pas celui de leurs innocentes descendances). Le Livre de la vie devient un "catalogue de la consommation eugénique", selon l’expression de la sociologue Barbara Katz Rothman.
La femme américaine moyenne et les organisations de défense des droits de la femme en matière de reproduction ont été lentes à comprendre en quoi elles étaient concernées par les technologies d’altération des espèces. Tel n’est pas le cas en Europe, dans les pays du Sud et pour les femmes indigènes d’Amérique du Nord. En 1992 par exemple, les femmes du Parti Vert européen eurent connaissance du brevet d’une compagnie de biotechnologie des Etats-Unis portant sur un procédé destiné à synthétiser des "agents biologiques actifs" non humains dans les glandes mammaires humaines, d’où ils devaient ensuite être secrétés dans le lait et transmis aux nourrissons. Afin de lutter contre ce procédé, ces femmes organisèrent une campagne d’affichage montrant l’image d’un ventre de femme enceinte estampillé d’un code-barre. Ce fut une des premières campagnes féministes contre le brevetage du vivant et elle suscita un large écho. Mais étant donnée la tournure agressive que prend la compétition entre les industries des Etats-Unis dans la poursuite de ce commerce lucratif, si l’on veut que ce succès aboutisse à la promulgation d’interdits globaux, on ne pourra se passer de l’intervention des Américains, et en particulier des femmes américaines.
Il y a un an, lorsque des propositions visant à interdire le clonage humain furent faites à la Chambre des représentants, les opposants progressistes à la technologie génétique ne se montrèrent que moyennement satisfaits. Raison de cet accueil mitigé : la proposition de loi n’émanait pas de leurs rangs ou de ceux de leurs amis. De fait, cet amendement provenait de républicains partisans de la ligne dure, tels que le député de Floride David Weldon ou le député de Pennsylvanie James Greenwood, et les fondamentalistes de la cause anti-avortement comptaient parmi les supporters les plus résolus de leur démarche.
Cette situation paradoxale donna lieu à de rapides et habiles calculs politiciens. Les auteurs de l’amendement faisant preuve de plus de sympathie pour les blastocytes que pour les femmes et les enfants vivants, la tentation fut grande pour les partisans du choix en matière d’avortement d’adopter l’attitude inverse. "Le problème de l’amendement Weldon, c’était Dave Weldon", se souvient Judy Norsigian, la directrice exécutive du Collectif pour la santé des femmes de Boston, qui avait mené les actions de lobbying auprès de la Chambre au nom de cet amendement. La presse hypothéqua toute velléité de modération en caricaturant le débat sous la forme d’un antagonisme science-religion ou encore en opposant progrès médical et alarmisme luddite.
L’été dernier, cependant, les féministes commencèrent à mieux comprendre les enjeux du débat. Plus de 100 groupes et personnalités - du Réseau national de santé des femmes à l’Organisation nationale de la santé latine, en passant par une féministe militante des droits des handicapés comme Adrienne Asch ou par une militante de la cause anti-mondialisation telle que Naomi Klein - signèrent une pétition du Collectif pour la santé des femmes de Boston réclamant une interdiction du clonage reproductif et un moratoire sur le clonage des embryons. Le fait que cette pétition ait été initiée par la directrice exécutive du Collectif était emblématique : à mesure que progresse la recherche dans le domaine de la technologie génétique, le titre du classique du féminisme publié par ce Collectif,Our Bodies, Ourselves - Notre corps, Nous-mêmes - revêt des significations plus concrètes, dont le caractère d’urgence ne devrait échapper à personne.
Certains éthiciens ont élaboré un "droit" à la reproduction permettant la détermination prénatale du bébé. L’argumentation ? Les gens décident de se reproduire ou non en se fondant sur un "ensemble d’expériences", écrivait en 1998 John Robertson, bioéthicien de renom. "Dans la mesure où la réunion de cet ensemble d’expériences déterminera s’il y a ou non lieu de se reproduire (...) un certain droit de choisir des caractères, soit par exclusion soit par sélection, devrait compléter ce dispositif." Aujourd’hui déjà, l’avortement sélectif est largement admis lorsque l’échographie génétique prénatale détecte une anomalie. Bien que certains (parmi lesquels des militants des droits des handicapés) critiquent cet "eugénisme négatif", la plupart des gens admettent cette pratique lorsqu’elle répond à des exigences médicales sérieuses. Quoiqu’il en soit, la sélection d’un embryon parmi un petit nombre d’entre eux est sans commune mesure avec la réorganisation de l’ADN d’un enfant à naître dans le seul but de privilégier certains traits.
Ce que les féministes entendent par "choix" - la possibilité de contrôler la fertilité, d’assurer une croissance sûre et une naissance légale, et le droit de recours à l’avortement - est beaucoup plus concret. Il s’agit d’obtenir pour la femme une égalité existentielle avec l’homme, pour laquelle les femmes dans le monde entier luttent depuis des siècles. Mais la technologie génétique favorise l’inégalité en fournissant artificiellement des avantages héréditaires aux seules personnes qui pourront se permettre de les payer. De plus, cette opération étant réalisée dans la phase prénatale, elle affecte la personne à naître sans possibilité de consentement alors même qu’elle pourrait avoir lieu au détriment de son intégrité physique ou émotionnelle. "Ne mettons pas tout dans le même panier, souligne Marc Darnovsky, du centre Génétique et Société, interrompre une grossesse non désirée, c’est des pommes et trafiquer les gènes, c’est des oranges. Nous défendons le droit à l’avortement parce que nous défendons le droit de ne pas avoir d’enfant (ou d’en avoir un). Mais nous ne défendons pas le droit des femmes à faire ce qu’elles veulent de leur enfant une fois qu’il est né, comme par exemple l’abuser ou le tuer." L’ironie, comme l’a justement remarqué Lisa Handwerker, du Réseau national pour la santé des femmes, c’est que ceux qui s’opposent à la fois au choix et au génie génétique partagent avec les partisans de ce dernier une obsession pour l’embryon en tant qu’entité indépendante, alors que les uns et les autres ignorent la femme enceinte et l’enfant auquel elle donnera naissance.
L’interdiction des technologies génétiques dangereuses ne donne pas de "droits" aux foetus
Certains défenseurs du choix craignent que le moindre problème lié aux embryons ne donne des arguments aux anti-avortements, qui revendiquent une protection légale complète des embryons et des foetus. Le député américain Henry Waxman fit cette confusion lorsqu’il déclara lors d’une session parlementaire : "Je crois que le Congrès ne devrait pas interdire des recherches sur la reproduction des cellules génétiques susceptibles de sauver des vies sous prétexte que cela revient à accorder à la cellule - une cellule spéciale mais une cellule tout de même - les mêmes droits et la même protection qu’à une personne."
Cependant, les militant(e)s du choix en matière d’avortement qui s’opposent au clonage ne proposent pas de donner des droits aux cellules. Elles et ils s’inquiètent plutôt du fait que des entrepreneurs en fertilité peu scrupuleux pourraient implanter à des femmes désespérées des embryons clonés qui deviendraient des clones humains. Du clonage à la fabrication d’enfant, il n’y a qu’un pas.
Pour des raisons juridiques, politiques et philosophiques, la spécialiste de l’éthique médicale de l’université de Chicago Mary Mahowald suggère une clarification de la position des partisans du choix : "La confusion entre la vie et la personnalité a un effet négatif sur la défense de l’avortement par les féministes. On peut admettre que l’embryon c’est la vie et donc le respecter, par exemple en refusant d’échanger ses gènes et ceux d’une autre cellule, mais respecter la vie ce n’est pas la même chose qu’octroyer des droits. Les droits sont réservés aux personnes".
Liberté individuelle et justice sociale doivent être équilibrées
"Nous sommes opposés aux interdictions", déclarait un membre d’une coalition de groupes défendant le droit à la reproduction afin d’expliquer pourquoi la coalition refusait de participer à une campagne contre le clonage humain. Cette réaction n’a pas de quoi surprendre dans un pays comme les Etats-Unis, où la défense de la liberté individuelle permet souvent de se gagner l’opinion publique.
Pourtant, la libération de la femme a plus de signification que la liberté individuelle. Le féminisme, avec son ancrage politique à gauche, est une critique de toutes les formes de domination et donc la vision d’un monde égalitaire tant sur le plan racial et économique que sexuel.
Commentant l’interdiction internationale du clonage reproductif et de la régulation des recherches qui lui sont apparentées, Patricia Baird, la présidente de la Commission Royale canadienne sur les nouvelles technologies de la reproduction, constate : "Le cadre de notre réflexion sur l’autonomie individuelle est dangereusement inadéquat, car il ne prend en considération ni les effets sur autrui, ni sur les systèmes sociaux, ni sur l’enfant et les générations futures". Ce triste constat débouche sur une bonne nouvelle : une bonne politique publique est capable de protèger l’individu. Et Madame Blaird de citer l’exemple de la surpêche : elle profite au pêcheur dans un premier temps, mais finit par ruiner la pêche pour tous, y compris pour le pêcheur en question. La régulation défend les moyens d’existence de nos enfants. "La société dans laquelle nous vivons nous concerne tous", conclut-elle...
Féministes et conservateurs opposés à l’avortement peuvent travailler côte à côte contre les procédés d’altération des espèces
"Les tentatives de clonage humain nous rebutent car nous sentons, nous avons l’intuition, sans recours nécessaire à la raison, que cela constitue une violation de choses qui, à juste titre, nous tiennent à coeur", écrivait Leon Kass, rapporteur conservateur et responsable de la commission du président Bush chargée d’enquêter sur les cellules souches.
Difficile d’imaginer Leon Kass et les féministes larmoyer de concert sur cette valeur menacée : la nature "sacrée" de la famille, fondée sur des formes de reproduction "naturelles" données par Dieu. Et pourtant, Kass siégea aux côtés de Judy Norsigian et Stuart Newman pour témoigner, devant le Congrès des Etats-Unis, contre le clonage.
Le débat autour de la technologie génétique a créé des alliances contre nature. Mais parallèlement, il a modifié les définitions politiques qui les jugeaient ainsi. "Les conservateurs jugent que la technologie génétique consiste à jouer avec Dieu et doit donc être déclarée immorale, tandis que les opposants de gauche à la biotechnologie la considèrent comme un premier pas vers un meilleur des mondes divisé en castes biologiques, écrit le critique Jeremy Rifkin. Chacun à sa manière, les deux camps sont opposés à l’émergence d’une civilisation basée sur l’eugénisme mercantile." D’autres analystes considèrent que le nouveau paysage politique se divise entre libertaires et communautaristes. Les premiers, qu’ils soient de gauche ou de droite, défendraient le droit de l’individu à décider de toute intervention portant sur son corps ou sur celui de sa progéniture, les seconds défendent la santé publique et l’égalité sociale et s’opposent à toutes les interventions - y compris celles qui sont liées au génie génétique - susceptibles de mettre ces valeurs en danger.
Les partisans du choix, passé la première surprise de se retrouver sur les mêmes rangs que les opposants au droit à la reproduction dans le débat génétique, ont compris l’intérêt politique de cette situation paradoxale : des arguments passionnés en faveur d’une même idée, même émanant d’ennemis historiques, ne pourront que susciter l’intérêt du législateur et du citoyen. Mais dans cette bataille, les féministes n’auront à sacrifier aucune des thèses en faveur de l’autonomie reproductive de la femme dès lors qu’elles visent la santé et la justice sociale de l’ensemble de la communauté humaine future.
Judith Levine a écrit sur les questions féminines et féministes, entre autres pourMs., My Generation, New York Woman, Oxygen et Salon. Elle est l’auteure deMy enemy, My love : Women, Men, and the dilemma of Gender (Anchor Doubleday, 1993), et Harmful to Minors : the Perils of Protecting Children From Sex (University of Minnesota Press, 2002).