par
Herman E. Daly
traduit de World Watch
Mondialisation ne veut pas dire internationalisation, mais effacement des frontières nationales - ouvrant la voie non seulement à la libre circulation des capitaux et des biens, mais aussi, à la libre circulation (ou migration incontrôlée) d’importantes vagues de main d’œuvre en provenance de régions à la croissance démographique rapide. Les impacts sur les économies nationales pourraient être tragiques.
La tendance à la mondialisation (libre-échange, libre circulation de capitaux) n’est généralement pas associée avec les migrations ou la démographie. Si la mondialisation devait s’accomplir par la libre circulation des personnes, alors les démographes y feraient certainement plus attention. Cependant, puisque le moteur de la mondialisation est principalement la libre circulation des biens et des capitaux, la main-d’œuvre arrivant loin derrière en troisième position en termes de mobilité, peu de gens ont remarqué que les conséquences économiques de cette liberté de mouvement des biens et des capitaux sont équivalentes à celles que l’on obtiendrait avec une liberté de circulation de la main-d’œuvre. Elles sont entraînées par les même forces démographiques et économiques qui détermineraient une migration de la main-d’œuvre, si les travailleurs étaient libres de le faire.
La tendance économique résultant de la compétition est l’égalisation des salaires et des standards sociaux entre les pays. Mais au lieu d’une main-d’œuvre bon marché migrant là où se trouvent les capitaux, faisant ainsi baisser les salaires, ce sont les capitaux qui se déplacent là où se trouve la main-d’œuvre bon marché, et font monter les salaires - ou plutôt devraient les faire monter s’il n’y avait pas une réserve presque illimitée de main-d’œuvre bon marché, une situation malthusienne qui prévaut encore dans une grande partie du monde. Cependant, les salaires dans le pays d’où proviennent les capitaux baissent autant que si les travailleurs nouvellement employés dans le pays aux bas salaires avaient vraiment immigré dans le pays aux salaires élevés. Ce qui détermine les revenus dans le pays à bas salaires n’est pas la "productivité" de la main-d’œuvre, ni quoi que ce soit d’autre du côté de la demande sur le marché du travail. Ils sont plutôt déterminés entièrement du côté de l’offre - une réserve de main-d’œuvre excédentaire et croissant rapidement quasiment maintenue à un salaire minimum vital. Cette condition démographique - un sous-prolétariat très nombreux et grandissant rapidement dans le tiers-monde - a fait l’objet de nombreuses explications par les démographes, à commencer par Malthus.
On confond souvent la mondialisation, considérée par beaucoup comme inévitable dans l’avenir, avec l’internationalisation, mais il s’agit en fait de deux choses totalement différentes. L’internationalisation fait référence à l’importance croissante du commerce international et des relations internationales, traités, alliances, etc. Inter-national, signifie bien sûr, entre les nations. La mondialisation fait référence à l’intégration de nombreuses économies autrefois nationales en une seule économie planétaire, principalement par le biais du libre-échange et de la libre circulation de capitaux, mais également d’une certaine manière par une migration facilitée ou incontrôlée. C’est l’effacement effectif des frontières nationales pour des raisons économiques ; ce qui était international devient interrégional.
Le mot "intégration" vient du latin "integer", qui signifie un, complet, entier. L’intégration est l’acte de combiner en un tout. Puisqu’il ne peut y avoir qu’un seul tout, l’intégration dans une économie globale implique logiquement la désintégration des économies nationales. Comme dit le proverbe, "on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs". La désintégration de l’œuf national est nécessaire pour intégrer l’omelette globale. Il est malhonnête de louer les avantages de l’intégration mondiale sans compter les coûts résultant de la désintégration nationale.
Photo : STR/REUTERS © 2000. Une manifestation anti-immigrants à Silver City, Caroline du Nord, USA. De nombreux immigrants latino-américains ont été engagés à l’usine de volaille locale.
La source idéologique
Ces coûts sont significatifs. Ce n’est pas pour rien que l’explosion démographique dans le tiers-monde n’a affecté que récemment les salaires dans les pays industrialisés. Les Anglais ne permettaient pas à l’Inde coloniale, par exemple, d’entrer en compétition sur les marchés mondiaux avec sa main-d’œuvre bon marché, la Chine n’a pas cherché à le faire sous la politique isolationniste de Mao. C’est seulement ces trente dernières années que la Banque mondiale s’est convertie au credo maintenant "incontestable" du développement par l’exportation basé sur l’investissement étranger comme étant une partie clef de l’ajustement structurel. Mais bien que le "libre-échange" soit le nouveau mot d’ordre, cette expression a maintenant une toute autre signification qu’au début du 19ème siècle, quand l’économiste anglais David Ricardo lui donna le privilège durable de sa théorie des avantages comparatifs.
Dans la vision classique du 19ème siècle de Ricardo et d’Adam Smith, la communauté nationale comprenait à la fois la main-d’œuvre nationale et les capitaux nationaux. Ces classes coopéraient (bien qu’avec des conflits) pour produire les biens nationaux, qui ensuite entraient en compétition sur les marchés internationaux, avec les biens d’autres nations produits par d’autres groupes capitaux/main-d’œuvre. C’était l’internationalisation, comme définie plus haut.
Mais dans le monde d’intégration planétaire du 21ème siècle, les capitaux et les biens sont tous deux libres de circuler au niveau international - et les capitaux, ou tout du moins l’argent, peuvent être déplacés électroniquement presque sans aucun effort. Or la libre circulation des capitaux sape totalement la théorie des avantages comparatifs de Ricardo pour le libre-échange des biens, dans la mesure ou cette théorie implique explicitement et essentiellement que les capitaux (ainsi que d’autres facteurs) ne circulent pas entre les nations. Sous le nouveau régime de la mondialisation, le capital a tout simplement tendance à se déplacer là où les coûts sont les moins élevés - autrement dit, de toujours rechercher l’avantage absolu.
Cependant, il pourrait sembler logique de penser que si le libre-échange des biens est bénéfique, alors la libre circulation devrait l’être encore plus. Mais on ne peut pas utiliser la conclusion d’une théorie pour réfuter l’une de ses prémisses ! De toute façon, cela n’a plus aucun sens de parler d’équipe main-d’œuvre/capitaux nationaux dans une économie mondialisée. Il reste des capitalistes mondiaux en compétition, et des travailleurs nationaux lancés dans la compétition internationale par le mouvement des capitaux.
Revenons finalement aux coûts mentionnés plus haut. Quelles sont les conséquences de la mondialisation pour les communautés nationales ? Ici aux États Unis, nous avons pu constater l’abrogation de l’arrangement social de base entre travailleurs et capital sur la division de la valeur qu’ils ajoutent conjointement aux matières premières (ainsi que celle des matières premières elles-mêmes, par exemple la valeur ajoutée de la nature, souvent négligée). On était arrivé à cet arrangement au niveau national, pas au niveau international, et encore moins planétaire. Un tel accord n’a pas été atteint par raisonnement économique, mais à travers des générations de débats, d’élections, de grèves, de lock-out, de décisions de justice et de violents conflits. Cet arrangement, duquel dépendent la communauté nationale et la paix industrielle, est rejeté dans l’intérêt de l’intégration mondiale. C’est un bien mauvais échange, même si on l’appelle "libre-échange".
Tensions et pressions
A un niveau plus profond, que se passera-t-il si la mondialisation commence à encourager ouvertement la libre migration ? Même certains partisans du libre-échange pourraient reculer face au cosmopolitisme radical d’une telle politique. Peut-être peuvent-ils voir que cela mènera à une redistribution massive des populations entre des régions du monde très différentes du point de vue des richesses, créant une tragédie au niveau de l’accès aux biens publics. La pression sur les communautés locales, à la fois celles de départ et d’arrivée, serait énorme. Face à des migrations illimitées, comment une communauté nationale pourrait-elle maintenir un salaire minimal, un programme d’aide sociale, des soins médicaux subventionnés ou un système d’éducation public ? Comment une nation pourrait-elle punir ses criminels ou ses fraudeurs fiscaux si ceux-ci étaient totalement libres d’émigrer ? En fait, on peut même se demander si cela ne serait pas plus économique d’encourager l’émigration des pauvres, des malades et des criminels d’un pays plutôt que de financer des programmes d’aides sociales, des hôpitaux publics et des prisons ? (C’est exactement ce qu’a fait Fidel Castro en ouvrant les prisons cubaines en 1980. Cette politique a encouragé l’émigration, entre autres, de prisonniers qui sont venus former la vague d’immigration des "marielitos" aux États-Unis.)
Photo : HO/REUTERS © 2001. Dans un camp de détention près de la ville de Derby dans le Nord-Ouest de l’Australie. Ce garçon, et d’autres détenus venus d’Asie et du Moyen-Orient, pour la plupart par bateau, cherchent asile en Australie.
De plus, on peut raisonnablement se demander comment un pays peut récolter les bénéfices de ses investissements pour l’éducation de ses citoyens si ces derniers sont totalement libres d’émigrer. Les nations continueraient-elles à faire de tels investissements face à la libre circulation des personnes et à une fuite des cerveaux continuelle ? Est-ce qu’un pays continuerait à investir dans l’éducation dans une situation d’immigration massive, qui diluerait ses ressources éducatives ? Est-ce que les pays essayeraient encore de réduire leur taux de natalité, puisque les jeunes qui émigrent à l’étranger peuvent être un bon investissement, un fait qui pourrait même augmenter la natalité ? (Avec des migrations sans restrictions, un pays ne pourra jamais de toute façon contrôler sa démographie, alors pourquoi même aborder le sujet controversé de la restriction des naissances ?)
Pour certains, ce scepticisme pourra sembler être une négation nationaliste du concept de communauté mondiale. Ce n’est pas le cas. Mon point de vue est plutôt que la communauté mondiale devrait être vue comme une "communauté de communautés", une fédération de communautés nationales plutôt qu’un gouvernement mondial cosmopolite qui n’aurait pas d’enracinement historique dans de vraies communautés. Un "monde sans frontières" ;, voilà de belles paroles pour une chanson sentimentale, mais les communautés et la politique ne peuvent pas exister sans frontières. Pour les économistes traditionnels (néoclassiques), seul l’individu est réel ; la communauté est juste un nom trompeur pour désigner un groupe d’individus. De cette perspective, les communautés nationales imposent une vision "distordue" de l’économie libérale individualiste et leur désintégration n’est pas un mal mais plutôt quelque chose de positif. Je pense au contraire que cet aspect de la mondialisation est simplement une autre façon par laquelle le capitalisme détruit les conditions même qui permettent son fonctionnement.
Peu de gens pourront nier le fait que les migrations dans une certaine limite soient une bonne chose - mais cette discussion concerne la libre circulation, "libre" signifiant ici dérégulée, incontrôlée et, illimitée, comme dans "libre" échange, "libre" circulation de capitaux ou reproduction "libre". On doit également garder en tête que les immigrants sont des individus et souvent des individus défavorisés. C’est quelque chose de grave d’être "anti-immigrants". L’immigration, cependant, est une politique, pas un individu et on peut être anti-immigration ou plutôt pour la limitation de l’immigration sans être du tout anti-immigrants. Les mondialistes cosmopolites pensent qu’il est immoral de faire une distinction politique entre citoyens et non-citoyens, et sont en faveur de la libre circulation des personnes. Ils laissent également entendre que la liberté de migration est le chemin le plus court pour atteindre le summum bonum, l’égalité des salaires dans le monde. Leur point de vue n’est pas faux ; leur position a une certaine logique - tant qu’ils acceptent de voir les salaires nivelés par le bas. Mais ceux qui soutiennent la liberté de migration comme étant le plus court chemin vers l’égalisation des salaires auraient bien du mal à faire face aux problèmes de l’accès aux biens publics, à la destruction des communautés locales et aux autres difficultés citées plus haut.
Une conduite morale plus plausible serait de reconnaître, en tant que membre d’une communauté nationale, que son devoir envers les non-citoyens est de ne pas leur nuire et que son devoir envers ses concitoyens est premièrement de ne pas leur nuire et ensuite d’essayer de les aider. Les nombreuses conséquences néfastes de la mondialisation (en plus de celles mentionnées avant) - la sur-spécialisation, dans quelques produits d’exportation volatiles (par exemple le pétrole, le bois, les minéraux et d’autres produits d’extraction avec peu de valeur ajoutée localement), un fardeau de dettes écrasant, les risques des taux de changes et la déstabilisation de la monnaie due à la spéculation, le contrôle des marchés nationaux par des entreprises étrangères, les monopoles superflus sur « les droits de propriété intellectuelle relatifs au commerce » (exemple typique : les brevets sur les médicaments délivrés sur ordonnance), et last but not least, l’immigration facilitée pour faire baisser les salaires et donc le prix des exportations - montrent amplement que "ne pas nuire" est une condition qui est loin d’être respectée.
Certains pensent que la politique économique américaine a nui aux citoyens du tiers-monde, et que faciliter l’immigration aux USA est une forme de juste rétribution. Je suis assez d’accord sur le fait que la politique américaine (et précisément la politique de mondialisation) a nui aux citoyens du tiers-monde, mais, pour les raisons déjà évoquées, je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’une immigration facilitée soit une réparation juste ou raisonnable. Comme réparation je serais davantage favorable à une série de petites subventions (pas des prêts importants avec intérêts), accompagnées d’une transmission gratuite des connaissances et de la technologie.
Les écueils du libre-échange
Le libre-échange, la spécialisation et l’intégration mondiale signifient que les nations ne sont plus libres de ne pas faire de commerce. Et pourtant, la liberté de ne pas faire de commerce est clairement nécessaire pour que les échanges restent volontaires, une condition pour arriver à un bénéfice mutuel. Pour éviter la guerre, les nations doivent à la fois consommer moins et devenir autosuffisantes. Mais les partisans du libre-échange affirment qu’il faut être moins autosuffisant et plus intégré mondialement dans la course effrénée à la consommation. Il faut élever les masses laborieuses (qui incluent maintenant les travailleurs qui avaient autrefois un salaire élevé) au-dessus de leurs salaires minimums vitaux. On ne peut y arriver que par une croissance massive, nous dit-on. Mais est-ce que l’environnement peut supporter une telle croissance ? La réponse est non. Et comment les dividendes d’une croissance éventuelle pourraient-ils bénéficier aux pauvres, étant donné la réserve de main-d’œuvre quasi illimitée ? Si les salaires n’augmentent pas, quelle raison avons-nous d’attendre une baisse de la natalité de la classe ouvrière via la "transition démographique" ? Comment espérer avoir des salaires élevés dans un pays intégré mondialement sur une planète ayant un tel surplus de main-d’œuvre ? Pourquoi, dans un monde intégré, une nation voudrait-elle réduire sont taux de natalité ?
L’intégration au sein d’une économie mondiale et la croissance, loin d’arrêter l’augmentation de la population, seront les vecteurs par lesquels les conséquences de la surpopulation dans le tiers-monde s’étendront au monde dans son ensemble et par lesquels la limitation des naissances, pratiquée dans certains pays, sera éliminée par une version démographique de "la course vers le moins cher", au lieu d’être généralisée par la démonstration de ses avantages. Dans la course pour attirer les capitaux et les emplois, il y aura une révision à la baisse des standards pour garder les salaires bas et réduire toutes les normes sociales, de sécurité et environnementales pesants sur les coûts.
Certains sont séduits par l’idée de "résoudre" les problèmes de population du Sud et les problèmes de manque de main-d’œuvre du Nord simultanément - par les migrations. Toutefois, le manque de main-d’œuvre dans le Nord est entièrement une conséquence de salaires trop bas. Cette pénurie pourrait être instantanément neutralisée par une augmentation des salaires qui équilibrerait l’offre et la demande intérieures - simplement en permettant au marché de fonctionner. Mais le lobby de la main-d’œuvre bon marché, en tout cas aux États- Unis, pense qu’il faut importer des travailleurs pour empêcher que les salaires n’augmentent et ne réduisent les profits et la compétitivité. Bien sûr, cela empêche également 80% de nos citoyens de profiter de la prospérité croissante par des salaires plus élevés. Mais peu importe ! Ils en profiteront quand même puisque l’importation de main-d’œuvre est le seul moyen de sauver le système de sécurité sociale - qui, nous dit-on, s’écroulera sans une croissance de la masse des actifs alimentée par l’immigration. Et quand cette importante cohorte de travailleurs immigrés partira en retraite ? Eh bien, il suffira de répéter le processus.
La vraie solution au déséquilibre de la sécurité sociale est de reculer l’âge de la retraite et de réduire les prestations. La vraie solution des problèmes du Sud est pour ces pays de baisser leur taux de natalité et d’utiliser leur population active pour produire les marchandises nécessaires au marché intérieur. Et la réponse à la demi-vérité selon laquelle les États-Unis sont en réalité plus surpeuplés que l’Inde, dans la mesure ou un Américain consomme beaucoup plus qu’un Indien, est que les États-Unis doivent réduire leur consommation par tête (et ensuite leur croissance démographique), alors que l’Inde et le Chine doivent en premier lieu réduire leur croissance démographique, et ne peuvent pas vraiment, sauf en ce qui concerne leurs élites, réduire leur consommation par tête. Les efforts sérieux pour limiter la natalité dans ces pays sont parfois condamnés, car, avec les progrès de la technologie à ultrasons qui peut déterminer le sexe du fœtus, la préférence culturelle pour les mâles a entraîné des avortements sélectifs. Le problème ici n’est ni la régulation des naissances, ni les ultrasons, mais la préférence immorale pour les mâles et l’indifférence face au coût social d’un déséquilibre des sexes une génération plus tard.
Les démographes et les économistes, et c’est compréhensible, ont des scrupules à préconiser la limitation de la natalité pour d’autres pays. Si des pays "choisissent" historiquement une population importante, des bas salaires, et des inégalités profondes plutôt qu’une population plus réduite, des salaires élevés et moins d’inégalités, qui peut dire qu’ils se trompent ? Laissons-les faire leurs choix, puisque ce sont eux qui en vivront les conséquences.
Mais si cette position peut être défendable dans un contexte d’internationalisation, elle ne l’est pas dans un contexte de mondialisation. Le problème essentiel d’un monde intégré est que les conséquences, autant les coûts de la surpopulation que les bénéfices de la limitation de la population, sont étendues à l’ensemble des nations. Les coûts et les bénéfices de la surpopulation dans un contexte de mondialisation sont maintenant distribués par classes plus que par nations. La main-d’œuvre supporte le coût des réductions des salaires ; le capital profite des bénéfices des coûts salariaux réduits. Les considérations malthusiennes et marxistes entretiennent toutes deux l’idée d’inégalité. Le vieil antagonisme entre Marx et Malthus, qui a toujours été plus idéologique que logique, s’est maintenant bien atténué. Après tout, ils ont toujours tous deux maintenu que dans un système capitaliste, les salaires tendaient vers le minimum vital. Marx verrait probablement la mondialisation comme une nouvelle stratégie capitaliste pour réduire les salaires. Malthus pourrait être d’accord tout en précisant que c’est en premier lieu la surpopulation qui permet à la stratégie capitaliste de fonctionner. On peut penser que Marx accepterait ce point de vue, mais insisterait sur le fait que la surpopulation n’est que relative aux institutions capitalistes, et pas aux limites des ressources naturelles, et n’existerait pas dans un système socialiste. Malthus ne serait pas d’accord, les communistes chinois de la période post-Mao non plus. Je dois avouer que mes opinions se rapprochent plus de celles de Malthus, et que je regrette les tendances récentes du mouvement environnemental qui cherche à être "politiquement correct" en minimisant les problèmes de population, de migrations et de mondialisation.
Herman E. Daly est professeur à la School of Public Affairs de l’université du Maryland, ancien économiste de la Banque mondiale, et l’auteur de For the Common Good (en collaboration avec le théologien John B. Cobb, Jr.), Steady State Economics, Beyond Growth, et de nombreux autres ouvrages sur l’économie environnementale et les problèmes de développement.