par
Frederick T. Sai
traduit de World Watch
L’héritage colonial de l’Afrique - l’exploitation, les frontières artificielles, la création de trop de petits pays après l’indépendance - est la principale source d’une longue liste de fléaux qui sont maintenant devenus familiers : les guerres civiles et régionales, la famine, la dégradation des terres, la corruption et les problèmes de santé. Economiquement, l’Afrique subsaharienne se traîne péniblement derrière toutes les autres régions en voie de développement. Pendant les années 1990, le taux de croissance de son PIB par habitant était négatif. En 2002, les nations de l’Afrique subsaharienne, avec 688 millions d’habitants, arrivaient collectivement à un produit intérieur brut de 319 milliards de dollars - une moyenne par habitant bien en dessous de 2 dollars par jour. Avec 11 % de la population mondiale, l’Afrique subsaharienne représente seulement 2 % du commerce mondial.
La production de nourriture a chuté depuis l’indépendance. Bien qu’exportatrice de nourriture avant 1960, l’Afrique est devenue de plus en plus dépendante des importations et de l’aide alimentaire pendant les trois dernières décennies. De 1974 à 1990, l’importation de nourriture en Afrique subsaharienne a augmenté de 185 % et l’aide alimentaire de 295 %. En 1995, les importations de nourriture représentaient 17% du total des besoins alimentaires.
Photo : USAID. Bonnes nouvelles, mauvaises nouvelles : l’Afrique, qui progresse dans le domaine de la limitation des naissances, connaît d’autres problèmes - la déforestation, le surpâturage, la pollution des cours d’eau. Le fleuve Sabi, au Mozambique, dans le pays où habite cette jeune femme, ne coule maintenant que pendant la saison des pluies.
Les conditions de vie en Afrique restent aussi préoccupantes que par le passé. Des 34 pays présentant des indicateurs de développement humain faibles figurant sur la liste des Nations Unies, tous sauf 4 se trouvent en Afrique. Cela signifie inévitablement que les taux d’alphabétisation sont faibles, les infrastructures inadéquates et les services sanitaires rudimentaires. Le fardeau de la dette a certainement été un handicap majeur : en 2002, la dette totale de l’Afrique s’élevait à 204 milliards de dollars, soit 64 % du PIB.
Des progrès ont été accomplis pour réduire l’instabilité politique et les désordres civils, mais il reste encore beaucoup à faire pour soutenir la croissance économique et assurer une paix durable et une distribution plus équitable des revenus. Au moment de la rédaction de cet article (juillet 2004), les hostilités entre l’Éthiopie et l’Érythrée ont cessé, mais la paix est fragile. Les guerres civiles en Angola et en Sierra Leone ont également cessé. Au Soudan, des pourparlers de paix sont en cours mais les violences généralisées continuent au Darfour. Les armées étrangères qui combattaient en République Démocratique du Congo se sont retirées, mais l’instabilité et les conflits ethniques persistent. Le repeuplement et la reconstruction sont encore lents dans des pays comme le Burundi, le Rwanda, le Libéria et la Somalie. Les afflux de réfugiés fuyant ces conflits ont causé des désordres majeurs dans les pays voisins.
Deux pas en avant...
Tous ces problèmes posent des difficultés, mais un facteur - la croissance démographique rapide - a certainement rendu un grand nombre d’entre eux plus difficiles à résoudre. On a souvent dit que si l’Afrique avait une chose, c’était bien des terres en abondance, et que, par conséquent, la croissance démographique n’y était pas problématique. Il est vrai que la densité démographique de l’Afrique, 249 habitants pour 1000 hectares, est faible en comparaison de la moyenne mondiale de 443. Mais cette vision simpliste ne prend pas en compte le fait que la capacité limitée de la plupart des terres en Afrique est faible et sujette aux variations d’un climat capricieux. Elle ignore également la rapidité de la croissance démographique à l’origine d’importantes tensions et de souffrances. Les taux d’accroissement naturel, de plus de 2,5% par an, sont beaucoup plus élevés que ceux connus dans le passé par les pays maintenant développés, et par la majorité des autres régions en voie de développement actuellement. Cela vient en grande partie du fait que les taux de mortalité ont chuté grâce à l’immunisation et à l’amélioration des soins.
Mais le taux de fécondité reste élevé. Dans les dernières décennies, l’urbanisation et l’affaiblissement des valeurs traditionnelles ont entraîné une augmentation des grossesses en dehors des normes socialement acceptées. Ce sont les femmes africaines qui ont le plus souffert, et le nombre élevé d’avortements à risques - chaque jour, environ 10’000 Africaines ont recours à cette pratique - est une preuve de leur frustration devant une reproduction qu’elles ne contrôlent pas. Les services de planification familiale se sont montrés tristement inefficaces.
Il commence à y avoir des signes encourageants de changements, mais ces signes restent sporadiques et les choses évoluent encore lentement. Ces dernières années, la majorité des gouvernements africains, poussés par la demande globale et par leurs associations pour la planification familiale, ont fini par accepter le fait que moins de naissances, mieux échelonnées, permettent d’avoir des enfants en meilleure santé ainsi qu’une mortalité et une morbidité maternelle moins élevées. Tous, à part une poignée de fanatiques, ont abandonné leur opposition passée au planning familial, qu’ils associaient auparavant à une punition occidentale ou un stratagème néo-colonialiste pour décimer les populations africaines. A l’époque de la Troisième Conférence sur la Population africaine, tenue à Dakar en décembre 1992 pour préparer en partie la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (ICDP) du Caire de 1994, les délégués ont parlé presque unanimement de l’importance de la planification familiale, à la fois comme d’un droit fondamental et comme un enjeu pour le développement.
Mais il reste encore un long chemin à parcourir. Dans toute l’Afrique subsaharienne, 17% des femmes mariées seulement ont recours à la contraception, contre 50% en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, 39% en Asie du Sud, 76% dans l’est de l’Asie et dans le Pacifique et 68% en Amérique latine et dans les Caraïbes. Seuls quelques pays comme l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Botswana et le Kenya ont des programmes de planification familiale ayant fait la preuve de leur efficacité en généralisant l’usage de contraceptifs.
Le Kenya est un exemple significatif. Le taux de fécondité au Kenya a chuté de 22% dans les années 1980, passant de 8,3 enfants par femme en 1978 à 6,5 en 1989. La taille de la famille a chuté de 35% pendant la même période, passant de 7,2 à 4,7 enfants et l’utilisation de moyens de contraception a été plus que multipliée par trois. Bien que les valeurs traditionnelles au Kenya favorisent les familles nombreuses, ces dernières sont devenues moins avantageuses à mesure que la croissance démographique rapide a imposé une pression plus grande sur les terres agricoles dans de nombreuses zones. Une plus grande alphabétisation des femmes a aidé à promouvoir de nouvelles attitudes en ce qui concerne la taille de la famille. De plus en plus de parents veulent envoyer leurs enfants à l’école et l’augmentation des frais de scolarité fait qu’une famille nombreuse est beaucoup plus difficile à éduquer. En 1998, le taux de fécondité avait encore baissé pour atteindre 4,4 enfants par femme, il était toujours au même niveau en 2003.
Mais les gouvernements africains s’inquiètent maintenant également plus spécifiquement des effets des forts taux de croissance démographique : trois quarts des Africains vivent maintenant dans 24 pays avec des gouvernements qui considèrent leurs taux de croissance démographique comme trop élevés. Dans la majorité des pays africains, plus de la moitié de la population est âgée de moins de 15 ans, ce qui implique une importante inertie démographique potentielle sur tout le continent. Même si le Kenya, par exemple, passait à deux enfants par famille du jour au lendemain, sa population continuerait d’augmenter pendant encore deux générations pour finalement doubler.
L’épuisement de la corne d’abondance
Certaines raisons de l’inquiétude des gouvernements face à la croissance démographique sont sociales et économiques : comment faire pour qu’il y ait assez d’écoles, d’hôpitaux et d’emplois pour la prochaine génération ? Le problème des réserves alimentaires se pose également : dans de nombreuses régions, en particulier au Sahel, la croissance démographique a excédé la capacité limite, empêchant ainsi l’accès au développement et à la sécurité qui encouragerait une baisse de la maternité.
La croissance démographique trop rapide a également des effets sérieux sur l’environnement africain. Quelques 500 millions d’hectares de terre en Afrique ont été affectés par la dégradation des sols ces 50 dernières années, parmi lesquelles 65% de terres agricoles. Cela explique en grande partie pourquoi la production alimentaire en Afrique n’augmente que de 2% par an, bien en dessous du taux de croissance démographique. Le nombre de personnes sous-alimentées en Afrique a plus que doublé, passant de 100 millions à la fin des années 1960 à environ 230 millions aujourd’hui ; environ 150 autres millions sont peut-être sujets à des carences alimentaires aiguës et il est possible que l’on arrive au chiffre de 50 millions d’individus souffrant réellement de famine. Les projections indiquent que le continent ne pourra nourrir que 40% de sa population d’ici 2025.
Photo : L. Lartigue/USAID
. Des élèves chantent en classe de musique (Guinée). Une augmentation de l’éducation des filles entraîne généralement une baisse des taux de fécondité, des familles moins nombreuses et des populations moins importantes.
Bien que la majorité des Africains dépendent de la terre pour survivre, la capacité de production de celle-ci s’affaiblit sous la pression d’une population grandissante qui n’a pas les moyens de rendre à la terre ce qu’elle est forcée de lui prendre. Les arbres sont coupés 30 fois plus vite qu’ils ne sont replantés, et environ 80 millions d’Africains ont des difficultés sérieuses à trouver du bois de chauffage. La déforestation et le surpâturage entraînent le déclin de la fertilité des sols. Dans des pays comme l’Éthiopie, on a parlé de pertes allant jusqu’à 290 tonnes de couche arable par hectare.
A mesure que la couverture végétale se réduit, les sols déjà fragiles perdent leur capacité à produire des récoltes et à retenir l’humidité. La production agricole chute et la terre devient progressivement plus vulnérable aux variations des précipitations, aggravant les périodes de sécheresses et transformant les périodes de manque en véritables famines. Dans la plupart des régions d’Afrique, on peut entendre les fermiers se plaindre qu’il est de plus en plus difficile de s’en sortir, que les parcelles sont de plus en plus petites et de plus en plus éloignées, et les périodes de jachère de plus en plus courtes. Tout cela impose des efforts supplémentaires aux femmes à qui il incombe généralement de faire pousser les légumes de la famille, d’aller chercher l’eau, et de collecter le bois de chauffage.
L’eau pose un autre problème sérieux. Environ un tiers de la population mondiale vit déjà dans des pays où les tensions liées à l’eau sont modérées ou élevées, et où la consommation est plus de 10% supérieure au taux de renouvellement des ressources en eau douce. Quatorze des pays touchés par ce problème se trouvent en Afrique, et 11 autres vont rejoindre cette liste dans les 25 prochaines années. Les cours d’eau les plus importants comme le Limpopo et le Save/Sabi, qui traversent le Zimbabwe et le Mozambique pour se jeter dans l’Océan Indien, se sont asséchés et ne coulent plus que périodiquement. Certains indicateurs montrent que d’autres grands fleuves comme le Chari-Logone, le Nil ou le Zambèze baissent.
En Afrique en général, l’agriculture fait vivre 66% de la population et fournit des exportations essentielles. Son bon développement est nécessaire pour ralentir l’exode rural. Mais elle est totalement dépendante d’un approvisionnement régulier en eau douce. Les pénuries d’eau deviendront une entrave de plus en plus grande au développement économique et social, surtout dans les pays aux réserves limitées, avec une croissance démographique rapide, et/ou une agriculture et une industrie en plein essor.
Mortalité et maladies maternelles
Les grossesses et les avortements dangereux sont les principales causes de mortalité parmi les femmes en âge de procréer dans la majorité des pays africains. La mortalité maternelle peut découler directement de complications lors de la grossesse, de problèmes durant l’accouchement, de l’avortement et de ses conséquences, de complications post-natales ou, indirectement, de conditions préexistantes aggravées par la grossesse.
Le taux de mortalité maternelle, qui mesure le taux de la mortalité des femmes liée aux grossesses et aux naissances, est plus élevé en Afrique que sur n’importe quel autre continent : 830 morts pour 100’000 naissances viables pour le continent dans son ensemble en l’an 2000, et une moyenne de 920 pour l’Afrique subsaharienne. Cela représente presque 700 morts par jour pour l’Afrique subsaharienne. Le fort taux de mortalité masque un taux de morbidité encore plus grand : les même afflictions qui tuent des centaines de milliers de femmes mutilent et rendent stériles des millions de leurs sœurs. Pour chaque femme qui meurt, 50 à 100 autres souffrent d’asthénie à court, moyen ou long terme suite à leur grossesse ou à leur accouchement.
A la base de ces taux élevés de mortalité et morbidité maternelles on trouve une multitude de problèmes sanitaires et socio-économiques. Beaucoup de filles naissent prématurément ou ne pèsent pas assez lourd à la naissance parce que leur mère est mal nourrie, malade ou surchargée de travail. Si elle survit à la petite enfance, une fille africaine grandira probablement avec une alimentation qui ne couvre pas ses besoins nutritionnels minimums. Durant son enfance, elle devra assumer de lourdes tâches domestiques et ira peu ou pas du tout à l’école ; presque toutes les filles en Afrique reçoivent moins d’éducation que leurs frères, même si le fossé de l’alphabétisation commence à se combler, au moins au Botswana, au Swaziland, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe. Il est probable qu’une fille sera mariée jeune, surtout si la dot est importante, et qu’on lui dira de porter et d’élever autant d’enfants que "Dieu voudra bien lui donner". Durant la grossesse, ses besoins de repos, d’une bonne alimentation et de soins adaptés sont trop souvent ignorés.
Pour ces raisons, et pour réduire le trop grand nombre d’avortements à risques, l’Afrique a vraiment besoin de meilleurs services de santé génésique. De tels services seraient également nécessaires pour combattre les maladies sexuellement transmissibles (MST) et le VIH. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, les MST sont devenues le groupe de maladies le plus commun dans la plupart des pays du monde, mais les taux de prévalence sont particulièrement élevés dans les pays en voie de développement. L’OMS estime qu’en 1999, il y a eu 340 millions de nouveaux cas dans le monde chez les femmes et les hommes âgés de 15 à 49 ans, parmi lesquels 12 millions de nouveaux cas de syphilis, 62 millions de gonorrhée, 92 millions de chlamydia et 174 millions de trichomonas. De toutes les régions du monde, l’Afrique subsaharienne avait le taux le plus élevé de nouveaux cas.
Pendant la grossesse et à la naissance, ces maladies peuvent provoquer des infections des yeux pouvant entraîner la cécité ou des pneumonies chez les nouveau-nés, des douleurs abdominales chroniques, des grossesses ectopiques, et peuvent également rendre stérile. Les femmes ont plus de chance de contracter des MST que les hommes. Comme on a pu le lire dans une parution médicale, "la transmission et les conséquences sérieuses des MST font preuve d’un sexisme biologique. Le risque de contracter une gonorrhée après un seul rapport sexuel dans lequel l’un des deux partenaires est contaminé est approximativement de 25% pour les hommes et de 50% pour les femmes... de plus, les femmes souffrent de conséquences plus sérieuses à long terme - salpingites, grossesses ectopiques, douleurs pelviennes chroniques, stérilité, et même, cancer cervical - avec toutes les MST, SIDA mis à part". Certaines MST, en plus de provoquer des salpingites et de rendre stérile - une catastrophe pour une jeune femme en Afrique -, facilitent la transmission de la pire d’entre elles, le SIDA.
Là encore, l’Afrique est plus touchée que n’importe quelle autre région. Le nombre de morts causés par le SIDA en Afrique dépassera bientôt les 20 millions, le nombre d’Européens tués par la Grande Peste de 1347-1351. Trois millions de personnes ont contracté le virus en 2003 en Afrique subsaharienne. Pour le continent dans son ensemble, le taux de contamination est de 8% chez les adultes âgés de 15 à 49 ans.
Comme les autres MST, le SIDA touche plus les femmes que les hommes ; on compte environ aujourd’hui 13 femmes infectées pour 10 hommes en Afrique. La période d’incubation pour que le VIH se développe en SIDA, qui peut aller jusqu’à 10 ans chez les hommes, serait plus courte chez les femmes. Une santé plus fragile et un statut social inférieur, la polygamie, les autres MST, la malnutrition, l’accès aux soins, les oreilles percées, les mutilations génitales et les menstruations sont autant de facteurs qui facilitent la transmission du virus. Quand des femmes sont malades du SIDA ou en meurent, leurs enfants en souffrent, même s’ils n’ont pas eux-mêmes été infectés à la naissance.
Même si l’impact démographique du SIDA sur certains pays africains sera dévastateur, ses effets à long terme sur la croissance démographique seront relativement limités. Même dans les 29 pays africains les plus touchés, les prévisions d’une population totale de presque 1,2 milliard d’ici 2050 sont seulement de 10% inférieures à ce qu’elles auraient été sans l’épidémie. Les autres impacts sur le développement sont beaucoup plus importants.
Le facteur le plus important dans l’enrayement de l’épidémie du SIDA est l’engagement politique. De plus en plus, les dirigeants africains s’expriment clairement et de façon répétée sur le SIDA, cherchant à le démystifier et à encourager partout les discussions sur les rapports sexuels protégés, de la salle de classe aux entreprises.
Quelques bonnes nouvelles
Malgré les conflits en cours et les statistiques décourageantes sur le SIDA, les perspectives de l’Afrique s’améliorent. En 2001, les membres l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) se sont rencontrés à Abuja, au Nigeria, et ont rendu publique une déclaration acceptant de donner plus d’importance à la lutte contre le SIDA et recommandant l’allocation de 15% des budgets nationaux pour la santé et l’introduction de mesures contre le VIH dans les programmes de santé sexuelle et génésique. Dans la majorité des pays africains, ces initiatives sont défendues avec plus de courage et de conviction. Les ONG sont de mieux en mieux perçues et reconnues comme des partenaires légitimes des gouvernements dans les domaines de la sexualité et de la santé génésique. La participation des communautés est soit activement encouragée, soit au moins examinée à titre d’essai. L’égalité des sexes est plus activement encouragée ; l’OUA a rajouté un amendement à sa charte reconnaissant l’importance de l’égalité des sexes. L’engagement politique, l’ouverture, et la détermination, ont finalement convaincu que le SIDA pouvait être combattu.
On peut aller jusqu’à dire que l’épidémie du SIDA a eu une utilité. Elle a servi de signal fort pour beaucoup de dirigeants africains, qui en avaient besoin pour commencer à répondre aux problèmes des pauvres, et la réponse, encouragée également par les pressions extérieures, s’est traduite par un plus grand soutien à la lutte contre la pauvreté et contre le VIH. Un réel effort a été accompli pour encourager une gouvernance plus responsable et démocratique, nécessité fondamentale pour assurer le développement d’un vrai service du public.
Puisque la planification familiale et les programmes de santé génésique sont si importants à la fois pour des raisons sanitaires et démographiques, il est indispensable que plus de ressources soient investies dans ce secteur. De nombreux programmes sont nouveaux et nécessiteront des financements substantiels quand ils se développeront. Le nombre de femmes en âge de procréer est en augmentation, de même que la proportion de ces femmes désireuses d’avoir recours à la contraception : aujourd’hui, il y a presque 1 milliard de femmes en âge de procréer dans le tiers-monde (chiffre qui selon les prévisions devrait passer à 1,2 milliards d’ici 2010.) Les pays en voie de développement respectent leurs budgets en matière de santé sexuelle et génésique, ou même parfois augmentent. Malheureusement, à l’exception louable d’une minorité de pays (principalement scandinaves), la plupart des aides internationales ont stagné ou même baissé. Il est clair que les succès récents et les nouveaux engagements de l’Afrique méritent mieux.
Frederick T. Sai est physicien, militant de longue date en faveur de la santé publique en Afrique et conseiller du président du Ghana sur le VIH/SIDA. Cet article est une adaptation et une mise à jour de celui paru dans : The Future of Africa : Essays in Honor of David Morse, publié en 2003 par la New York Society of International Affairs.