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Quand les singes sont réduits à de la viande sauvage

par Jane Goodall
traduit de World Watch


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Quand les singes sont réduits à de la viande sauvage / 233.1 ko




En 1960, j’ai commencé l’étude des chimpanzés de ce qui est aujourd’hui le Parc national Gombe en Tanzanie (Tanganyika à l’époque). Durant 44 ans d’études ininterrompues, nous avons été émerveillés de découvrir combien les chimpanzés sont proches de nous, tant par leur biologie que par leur comportement. Par exemple, leur ADN ne diffère du nôtre que de 1% et ils peuvent attraper et retransmettre toutes les maladies contagieuses qui affectent l’homme. Les cerveaux des chimpanzés et ceux des humains sont similaires du point de vue de leur anatomie et les chimpanzés ont des capacités intellectuelles que l’on croyait être autrefois l’exclusivité des hommes. Ils ont des émotions très similaires à ce que nous appelons la joie, la tristesse, la peur et le désespoir. Leurs rejetons dépendent de leur mère pendant une période de cinq ou six ans durant lesquels ils font leur apprentissage non seulement par tentatives successives, mais également, comme chez les humains, par l’observation, l’imitation et la pratique. Des liens émotionnels forts et durables se développent et le rejeton peut mourir de tristesse après la mort de sa mère, alors même qu’il pourrait physiologiquement survivre sans son lait. Il est navrant de constater que le chimpanzé, qui nous a tellement appris sur la place que nous occupons dans le monde animal, disparaît à l’état sauvage. Il y a un siècle, il devait y en avoir 2 millions en Afrique. Aujourd’hui ils sont au mieux 150’000. Le déclin est dû en partie à la destruction de leur habitat, au moment où la population humaine augmente et nécessite toujours plus de terre pour les cultures, l’élevage et l’habitat.

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Mais la plus grande menace qui plane sur leur survie vient du commerce de la viande sauvage - la chasse d’animaux sauvages à des fins alimentaires commerciales. Pendant des centaines d’années, les Peuples Autochtones ont vécu en harmonie avec le monde forestier, ne tuant que les animaux nécessaires pour nourrir leurs familles et leurs villages. Aujourd’hui, les choses ont changé. Durant les années 1980, des compagnies de bois étrangères sont entrées dans les dernières grandes forêts tropicales africaines. Et bien qu’elles pratiquent ce qu’elles appellent « une coupe viable », elles sillonnent la forêt de routes. Ce sont ces routes qui sont problématiques. Des chasseurs se juchent sur des camions qui les parcourent jusqu’à leur fin, et depuis lesquels ils tirent sur tout, des éléphants aux chimpanzés en passant par les antilopes, les oiseaux et les reptiles. La viande est fumée puis transportée vers la ville. Là, l’élite urbaine paiera davantage pour de la viande sauvage que pour du poulet ou de la viande de chèvre. C’est ainsi que s’exprime leur préférence culturelle.

Ce commerce n’est pas viable. Et la situation est aggravée par le fait que des chasseurs indigènes sont payés pour approvisionner des camps forestiers - on parle d’environ 2000 personnes supplémentaires à fréquenter les forêts.

L’Institut Jane Goodall est une des sept ONG parties prenantes du Partenariat pour la forêt du bassin Congo, qui, avec un financement du Département d’Etat américain et de l’Union européenne, cherche à endiguer le commerce de la viande sauvage. Nous travaillons en partenariat avec d’autres ONG, les autorités gouvernementales, des agences donatrices et les compagnies minières et de bois. Nous tentons d’impliquer et d’éduquer les populations locales, faisant d’elles nos partenaires et les aidant à améliorer leurs vies (comme nous le faisons avec notre programme TACARE autour de Gombe).

Si le commerce de la viande sauvage tel qu’on le connaît se poursuit, les grands singes pourraient avoir tous disparu du bassin Congo d’ici quinze ans. D’autres animaux également connaîtront l’extinction, seront en danger ou menacés de disparition. En fin de compte, à moins que nous ne réussissions, presque tous les merveilleux animaux du bassin Congo auront disparu. Nous devons empêcher que cela se produise.

Les 115 chimpanzés orphelins de notre refuge de Tchimpounga nous aident dans ce travail. La plupart d’entre eux ont vu leurs mères tuées pour leur viande. Nous encourageons les habitants locaux, en particulier les enfants des écoles, à visiter notre refuge. Lorsque ces visiteurs voient nos chimpanzés s’embrasser, se faire des baisers ou se tenir la main, utiliser des objets comme outils - et lorsqu’ils fixent leurs regards de près - ils réalisent à quel point ces êtres ressemblent à l’homme. Nous avons entendu de nombreux visiteurs dire en partant qu’ils ne mangeraient jamais plus de chimpanzé ou qu’ils boycotteraient les restaurants qui offrent de la viande de chimpanzé sur leur carte. Ces orphelins sont véritablement des ambassadeurs pour leurs proches vivant à l’état sauvage.

Nous commençons à avoir d’autres raisons d’espérer, maintenant que de plus en plus de gens dans le monde commencent à comprendre le danger et veulent nous aider. Si nous perdons espoir, nous perdrons la bataille, car sans cet espoir, nous risquons de tomber dans l’apathie - jusqu’au moment où la tuerie et la gloutonnerie auront fait disparaître de notre planète notre plus proche parent dans la nature sauvage.

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