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Tyrans et résistants de la coupe illégale des forêts
L’argent ne pousse pas sur les arbres, mais certains arbres pourraient bien être de l’or pur.

par Christine Haugen
traduit de World Watch


ARTICLE AU FORMAT PDF
Tyrans et résistants de la coupe illégale des forêts / 87.9 ko




Traduction Benoit Lambert

L’appétit planétaire pour le bois, le papier, et pour d’autres produits provoque une ruée toujours plus frénétique d’aigrefins avides de raser les forêts. La plupart des coupes qui en résultent sont illégales. Selon le World Resources Institute, le bois coupé illégalement aurait représenté 65 % de la production mondiale en 2000... La proportion de coupes illégales serait de 35 % en Malaisie, de 50 % au Cameroun, de 50 % dans l’est de la Russie, de 70 % au Gabon, de 73 % en Indonésie, et atteindrait 80 % dans certaines régions du Brésil ! Approximativement 40 % du bois transformé en pâte à papier en Indonésie est d’origine douteuse, et jusqu’à 46 % de la demande domestique aux Philippines provient de sources illégales. Même si certaines données plus précises ne sont pas disponibles, en termes de valeur, la coupe illégale des forêts pourrait figurer au premier rang des crimes environnementaux transnationaux.

Les activités de coupe illégales incluent l’abattage dans les parcs nationaux et dans les régions protégées ; la collecte d’espèces d’arbres protégées ; la sur-coupe et la sous-déclaration du volume de bois extrait, sa dimension, et l’inexactitude des espèces extraites ; la coupe pour la production illégale de charbon de bois et de bois comme combustible ; l’abattage sans permis ; la contrebande et la violation des lois liées à la forêt et les restrictions s’y appliquant. Comme l’argent, le bois peut être "blanchi". En mai, la BBC fit un reportage sur des coupes de bois illégales en Indonésie importées ouvertement en Malaisie où le bois était transformé en meubles de jardin, et exporté avec le label "Made in Malaysia".

Les gouvernements ont pris une série de mesures contre ces crimes au niveau national - révision des législations forestières, réforme des permis, ajustement des impositions et des droits de coupe, diverses interdictions - avec des succès variés. L’Indonésie, par exemple, a interdit l’exportation de billes de bois l’année dernière, et a déclaré en mai dernier un moratoire temporaire sur les concessions forestières. Cela n’empêche nullement l’exploitation forestière de se poursuivre pour alimenter les usines de pâte et papier et (après déblayage des terrains au bulldozer ou par brûlis) les forêts sont remplacées par des plantations vouées à la production d’huile de palme. Les interdictions de coupe augmentent souvent les activités forestières illégales dans les pays voisins : une interdiction récente en Chine a augmenté la demande pour le bois au Cambodge, au Vietnam, et dans l’est de la Russie. Les interdictions en Thaïlande durant les années 1990 ont stimulé l’activité illégale au Laos et à Myanmar, particulièrement en ce qui concerne le teck.

Pour ce qui est des bonnes nouvelles, notons qu’en Tanzanie, les programmes pilotes de gestion de la forêt par les villageois furent tellement efficaces dans le contrôle des activités illégales que la politique forestière du pays fait aujourd’hui la promotion de cette approche. L’Equateur a lancé récemment le programme Vigilancia Verde, une coalition entre le Ministère de l’environnement, les forces armées, la police et des ONG environnementales, instaurant une collaboration plus étroite dans la surveillance de l’approvisionnement des marchés et des usines de transformation. Durant sa première année, le programme a fait saisir cinq fois le volume de bois confisqué par le gouvernement l’année précédente.

Contrôler l’exploitation forestière illégale est une activité dangereuse. Après que le Brésil eut interdit la coupe de l’acajou, un des promoteurs de cette mesure fut assassiné chez lui. Dans l’Etat de Guerrero au Mexique, l’armée a tué un fermier et en a emprisonné et torturé deux autres en réaction à leurs protestations contre l’exploitation abusive de la forêt. Aux Philippines, une campagne du Département de l’environnement et des ressources naturelles (DERN) contre l’exploitation forestière illégale et la corruption dans ses propres rangs a certes fait progresser les choses - en 2001, 12’000 mètres cubes de bois illégalement exploités furent confisqués, 76 poursuites criminelles ont été intentées, et 14 employés du DENR furent suspendus - mais à quel prix : presque 80 employés du DENR ont été tués dans le cadre de leurs fonctions depuis quelques années.

Le risque est proportionnel aux profits, élevés du fait de la demande soutenue pour les produits forestiers, particulièrement pour le bois en provenance des pays en développement. Selon l’Agence d’investigation sur l’environnement, une organisation à but non lucratif, l’Union européenne aurait importé environ pour 1,5 milliards de dollars de bois illégal en 1999 ; tandis qu’en 2000, les Etats-Unis en auraient importé, uniquement d’Indonésie, pour 330 millions de dollars. Les pays du G8 (Grande-Bretagne, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie, et Etats-Unis) importent approximativement les trois-quarts des produits forestiers, et pourtant à ce jour, aucun de ces pays n’a de lois prévoyant la saisie d’importations illégales.

Mme Haugen (chaugen976@aol.com) est consultante sur les questions liées aux ressources naturelles et à l’énergie. Elle est l’auteur de Directory of Tropical Forestry Journals and Newsletters (FAO-Bangkok, 1997) et co-auteur de Keeping It Green : Tropical Forestry Opportunities for Mitigating Climate Change (World Resources Institute, 1995).

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