par
Benoît Lambert
Des technologies solaires simples et bon marché pour réduire de façon importante une facture de chauffage (voir notre article « Energie solaire et autonomisation des Lakota »), des cellules solaires qui permettraient de doubler, voir de quadrupler l’énergie solaire produite au mètre carré, des financements qui intègrent la lutte contre les réchauffements climatiques : qu’il s’agisse de bio-climatisation (construction en fonction des éléments), de la conversion en électricité de l’énergie solaire (photovoltaïque), ou, plus simplement, du chauffage de l’eau par le solaire, l’observateur attentif comprend rapidement que les potentialités dans le domaine du solaire sont énormes. Nous assistons aujourd’hui - du moins pour ceux ouvrent les yeux sur les progressions du solaire - à la naissance de ce qui sera bientôt une très grande industrie. Les enjeux sont énormes. Pour l’heure la course aux performances dont nous parle le Dr Daniel Lincot dans l’interview que nous diffusons est courtoise et saine. Espérons qu’il en reste ainsi. Il est vrai que la conversion directe en électricité de simples photons a quelque chose de formidable : nous sommes en présence d’une énergie très pure, qui ne nécessite aucune force mécanique ni thermodynamique, ni hydraulique.
D’un point de vue historique, c’est le 25 avril 1954 que les responsables du laboratoire Bell présentèrent à la presse une grand roue en miniature activée par un petit moteur électrique, et le lendemain une radio, dont la source énergétique était le soleil : la cellule photovoltaïque moderne, puis bientôt le panneau solaire, étaient nés. Ces cellules photovoltaïques de 1954 étaient déjà 50 fois plus performantes que les celles de selenium conçues dans les années trente.
A l’époque, une commercialisation semblait bien difficile. « La raison en est simple » expliquait William Cherry en 1955, un des premiers ingénieurs à s’enthousiasmer pour la cellule solaire. « L’électricité commerciale coûte aujourd’hui 1 à 2 cents par kilowatt heure. La batterie fournit de l’électricité à un coût de 23,70$ par kilowatt heure et le photovoltaïque à 144$ par kilowatt heure ». L’écart était donc abyssal, d’une proportion de 1 à 144000. Aujourd’hui cet écart varie d’1 à 20, voir de 1 à 1, selon les régions et les méthodes de calcul, intégrant ou non le coûts externes de la production d’énergie.
Dans ce contexte, comment l’industrie solaire a-t-elle survécue ? En fait, c’est la géopolitique internationale et la course à l’espace qui donneront sa chance à l’énergie solaire. La compétition portait sur la fourniture de l’énergie nécessaire aux communications des satellites. Dans le contexte d’une année géophysique internationale en préparation, une course eut lieu entre « la pile au silicium à l’énergie nucléaire » et la « pile solaire ». Finalement, un groupe de scientifiques américains du civil insisteront sur l’image pacifique du solaire. Hans Ziegler, un ingénieur allemand récupéré par les États-Unis après la Deuxième Guerre mondiale expliqua : « Tous les efforts étaient faits pour insister sur (...) nos buts pacifiques (...) et pour éviter de donner l’impression que la conception de satellites pour les communications serait le signal de départ d’un nouveau champ de bataille dans l’espace et le début d’une course aux armements qui y serait liée. » Le solaire donnait clairement cette image pacifique, mais après moult oppositions de la part des militaires, ce sont ses avantages techniques qui feront s’imposer la pile solaire. Dix-neuf jours après l’envoi d’un satellite test en 1958, le New York Times, longtemps opposé à la pile solaire, dû se rendre à l’évidence : « Vanguard Radio ne fonctionne plus : les piles chimiques [nucléaires] sont épuisées, mais l’unité solaire fonctionne toujours ». Cela était toujours vrai un an après lors de la commémoration du lancement de Vanguard...
Comme me le disait le Dr Daniel Lincot, il faudra bientôt que les sceptiques se rendent à l’évidence : le solaire sera un des grands gagnants de la course aux énergies de substitution. 50 ans après sa naissance dans un laboratoire de la société Bell, tout semble indiquer que la cellule photovoltaïque fera sa place au soleil bien avant de fêter son centenaire.