par
James Ford
traduit de World Watch
À la fin du printemps 2000, un groupe de 52 chasseurs d’Arctic Bay, les membres d’une petite communauté inuite de la côte nord-est de Baffin Island au Canada, chassaient le narval en bordure de la glace marine. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu, se souvient Levi Barnabas, un chasseur et homme politique local de 41 ans. Un vent fort venant du sud a surpris le groupe, détaché la glace sur laquelle il se trouvait, l’entraînant ainsi vers la mer. Incapables d’atteindre la terre ferme et s’approchant toujours plus de la mer ouverte, Barnabas et les autres ont appelé au secours par radio. Heureusement, navigant non loin de là, un brise-glace a pu envoyer un hélicoptère pour sauver les chasseurs à la dérive. Tous ont pu être sauvés, mais nombre d’entre eux ont perdu leur précieux équipement y compris motoneiges, traîneaux, fusils, canots et radios VHF.
La chasse sur glace de banc est devenue plus dangereuse.
Les récits d’Inuits en difficultés pendant la chasse sont de plus en plus fréquents. Pour le groupe d’Arctic Bay, l’apparition subite du vent du sud était inattendue car dépourvue de signes avant-coureurs, tels qu’une nébulosité prévisible. Malheureusement, de tels problèmes pourraient bien devenir la norme pour les Inuits qui comptent largement sur l’environnement local pour la subsistance des villages de chasseurs et de pêcheurs éparpillés dans le Groenland, le nord du Canada, l’Alaska et au nord-est de la Russie.
En 2004, j’ai voyagé avec deux communautés inuites dans le territoire du Nunavut au Canada, à Arctic Bay et Igloolik (700 et 1300 âmes, respectivement) pour évaluer l’impact des changements climatiques sur les gens et ce que de futurs changements pourraient signifier pour la région. Le voyage a mis en lumière l’ampleur des problèmes que posent les changements climatiques, mais il a aussi démontré la capacité d’adaptation des Inuits. Malgré cela, des enjeux sociaux, culturels et économiques menacent d’éroder cette adaptabilité, et, s’ils ne sont pas pris en compte, ils pourraient bien finir par compromettre la capacité des populations à faire face aux changements environnementaux à venir.
« Le monde est différent aujourd’hui »
Lors de mon premier voyage à Arctic Bay, un aîné m’avait dit : « Le monde est différent aujourd’hui ». Cette dernière décennie, il a constaté des changements sans précédent de l’environnement arctique, y compris un englacement plus tardif et une dislocation plus précoce de la glace marine à l’automne et au printemps, un climat plus imprévisible et des vents plus forts et plus fréquents. Il a aussi constaté des températures plus extrêmes, des précipitations plus importantes en été et un déclin du nombre et de l’aire de distribution des mammifères, et notamment des phoques. D’autres habitants d’Arctic Bay et d’Igloolik au sud, ont rapporté les mêmes phénomènes de changements climatiques dépassant les variations naturelles envisageables.
Ces observations ne sont pas limitées au territoire du Nunavut au Canada. En 2004, des scientifiques participant à l’Arctic Climate Impact Assessment, une étude de fond sur le changement climatique en Arctique, ont indiqué que la région, dans son ensemble, avait connu le réchauffement le plus important de ces dernières décennies à l’échelle mondiale avec des températures moyennes annuelles de 2 à 3 degrés Celsius plus élevées que dans les années 50. Ce réchauffement a affecté le bilan hydrologique et l’état des glaces de la région : la glace marine de la fin de l’été arctique s’est amincie de 40% par endroits et a rétréci de quelque 8% dans d’autres ces trente dernières années. Les précipitations ont augmenté d’environ 1.2% par décennie depuis les années 50 et la combinaison de pluie et de neige est de plus en plus courante.
Ces changements sont autant de risques et de menaces pour les communautés de l’Arctique. La plupart de ces risques concernent les activités de chasse. Pour les quelque 155000 Inuits vivant dans la région, la chasse est plus qu’un simple passe-temps ; elle est un moyen de subsistance qui sous-tend le tissu social, culturel et économique de la vie communautaire. Les habitants passent une grande partie de leur temps à chasser, camper et séjourner en dehors de leurs lieux de résidence et doivent composer au quotidien avec un environnement naturel changeant.
À Arctic Bay et Igloolik, c’est l’imprévisibilité des conditions météorologiques qui est le plus inquiétant. Avant le départ, les chasseurs vont regarder le ciel et décider s’il est prudent de partir. Ils observent la hauteur des nuages, leur forme, leur direction ainsi que les caractéristiques du vent et d’autres paramètres naturels. Prévoir le temps est essentiel pour anticiper et répondre aux dangers du voyage. Ainsi, des vents forts peuvent être traîtres si l’on est dans un bateau en eau libre en été. En hiver, ils peuvent causer le voile blanc et rapidement désintégrer la glace au moment de la débâcle de l’arrière-saison.
Pour les générations passées, le climat a été plutôt prévisible. En été, explique Atagutak Ipeelee d’Arctic Bay, pendant « trois ou quatre jours, ce serait le calme, et moins de trois jours du mauvais temps ». Le mauvais temps serait aussi associé à des vents soufflant d’une certaine direction. Aujourd’hui, le mauvais temps - principalement des vents forts - apparaît sans prévenir et dure plus longtemps que par le passé.
Le savoir traditionnel, qui permet de prévoir les conditions météorologiques, est devenu moins fiable du fait des changements climatiques. « Normalement, lorsque le vent arrive, il se lève progressivement et devient plus fort par la suite » dit Lisha Levia, une habitante d’Arctic Bay. « Mais aujourd’hui, quand le vent se lève, il est tout de suite vraiment très fort. Je ne peux plus prévoir le temps en regardant les nuages comme je le faisais auparavant. » Leah Otak acquiesce, faisant écho aux inquiétudes de nombreux chasseurs à Igloolik : « [Le climat] semble complètement bouleversé. » Identifier les signes de conditions météorologiques dangereuses est devenu de plus en plus difficile.
Olayuk Kigutakarjuk d’Arctic Bay ne saisit que trop bien les dangers des changements climatiques. Alors qu’elle voyageait sur une motoneige avec son mari pendant l’automne, ils ont traversé une couche de glace mince cachée sous la neige - un danger rendu plus fréquent par le changement du climat. Heureusement, ils ont tous en ont réchappés. Les chasseurs de morses d’Igloolik font face à des dangers similaires. Ainsi, un changement soudain de la direction du vent de sud/sud-est à nord/nord-ouest en marée descendante les ferait s’échouer sur de la glace à la dérive.
Les changements climatiques sont également en train d’affecter les conditions d’accès aux aires de chasse. Dans les mois plus froids, d’octobre à juillet, l’accès des communautés à ces aires - eau libre pour la pêche, pistes enneigées de caribous, front de glace où se réunissent les phoques - dépend de l’état de la glace marine et de la neige. Un englacement plus tardif et plus long à l’automne reporte le début de la récolte, puisque les chasseurs de phoques au harpon et les pêcheurs sous la glace doivent attendre plus longtemps avant de pouvoir s’aventurer sur la glace. Pour les Inuits d’Igloolik, la diminution de la durée de l’englacement est particulièrement frustrante : le village est situé sur une petite île et les chasseurs ne peuvent pas se déplacer tant que la glace n’est pas assez épaisse pour supporter le passage.
En été, l’accès aux aires de chasse dépend de l’état des sentiers terrestres qui peuvent devenir boueux et quasi impraticables quand la couche supérieure de permafrost fond et que les pluies d’été s’accumulent. Il dépend aussi de la possibilité d’utiliser les bateaux. Plus les vents d’été seront forts et imprévisibles, plus l’accès des petits bateaux à moteur à certains endroits sera limité, les embarcations n’offrant pas une protection adéquate sur eau agitée. Pour certains pêcheurs, cette imprévisibilité croissante augmente le danger et les risques inutiles. « À cause du climat, je suis resté la plupart du temps à la maison [l’été dernier] » remarque Joe Arnatsiaq.
« Nous pouvons faire face »
En dépit des nouveaux défis qu’ils doivent surmonter, les communautés inuites font face de manière innovante et efficace. Par anticipation des dangers potentiels liés aux conditions climatiques, de nombreux habitants multiplient les préparatifs avant de sortir. Ainsi, David Kalluk d’Arctic Bay prend « tout en double, double ration d’asticots et d’essence » au cas où un changement soudain de météo le forcerait à rester des nuits supplémentaires à l’extérieur. Quant aux chasseurs de narval qui récoltent en lisière de glace pendant la débâcle annuelle de printemps, ils emmènent des petits bateaux sur leurs traîneaux pour éviter de rester bloqués sur de la glace à la dérive.

D’autres habitants sont simplement devenus plus prudents. Ils évitent de voyager sur terre ou sur mer s’ils ont des raisons de penser que le temps va être mauvais ; ils rentrent rapidement si les conditions météorologiques se détériorent et ils sont plus vigilants pendant leurs activités quotidiennes. D’autres ont même arrêté de sortir à certaines périodes de l’année, choisissant le moment et le lieu de leurs activités en fonction des changements d’accessibilité des aires de chasse. « La principale raison pour laquelle je ne me rends plus à [la] limite de dislocation [à la fin du printemps] est le vent » explique Koonark Enoogoo d’Arctic Bay. De nombreux chasseurs ont également adopté de nouvelles technologies, telles que les systèmes de géopositionnement (GPS) à la limite de dislocation pour détecter les mouvements de la glace, des radios VHF pour contacter la communauté en cas d’urgence et les images satellites de la glace marine pour éviter les zones à risque.
Que les Inuits gèrent ces changements de la sorte ne surprend pas John MacDonald, un habitant de longue date d’Igloolik et ancien Directeur du Nunavut Research Institute. « Si les [Inuits] n’étaient pas adaptables, ils n’existeraient pas » fait-il remarquer. L’imprévisibilité et un certain degré de changement sont monnaie courante dans l’Arctique et ces caractéristiques déterminent la nature même de la chasse. Les chasseurs ont une connaissance approfondie de l’environnement arctique de par leur propre expérience sur le terrain, du savoir, et des connaissances transmises par les anciens. Cette mémoire sociale collective, appelée Qaujimajatuqangit en Inuit (IQ ; prononcé kaou-yi-ma-ya-tou-kang-iit), permet de gérer les risques. Les chasseurs connaissent les dangers de la chasse, les signes de conditions dangereuses, les techniques de survie en cas de mauvais temps ; ils savent le matériel qu’ils doivent emmener et quelles préparations ils doivent entreprendre. Les chasseurs aguerris savent recourir aux méthodes de navigation traditionnelles s’ils sont pris dans la tourmente.

Omble chevalier séché. Un englacement tardif de la glace marine signifie moins de pêche blanche.
À l’image d’autres formes de savoir indigène, le « IQ » évolue de manière dynamique en fonction des observations et de l’apprentissage par tâtonnement. Face à une imprévisibilité croissante, les Inuits ont combiné cette connaissance traditionnelle à leur expérience pratique des changements de conditions climatiques pour pouvoir prendre les précautions nécessaires afin de garantir une chasse fructueuse et en toute sécurité. Des liens étroits entre familles et amis, une autre caractéristique du IQ, ont longtemps facilité la survie dans l’Arctique et continuent de jouer un rôle important. Ainsi, la pratique du partage des animaux et des plantes récoltées localement est considérée comme obligatoire entre familles et amis, et a lieu aussi avec les autres membres de la communauté à certaines périodes de l’année ou lorsque cela s’avère nécessaire. Le partage de la nourriture traditionnelle renforce la sécurité alimentaire des Inuits dans un contexte de conditions climatiques changeantes qui rendent la chasse dans certaines parties du territoire inaccessible à ceux qui manquent d’équipement, de connaissance ou de temps pour récolter leur propre nourriture.
La diversité et la flexibilité de l’utilisation des ressources jouent aussi un rôle déterminant dans l’adaptabilité des Inuits. La récolte est opportuniste : les chasseurs chassent le gibier au moment et là où il est disponible, tirant avantage de conditions locales spécifiques. Les changements climatiques donnant lieu à de nouvelles situations, comme un englacement tardif en automne, ils en profitent pour prolonger la saison de la pêche jusqu’à la prise des glaces, où ils reprennent leurs activités normales.
« Nous perdons nos traditions et notre culture »
Si les changements climatiques sont au premier rang des préoccupations des habitants d’Arctic Bay et d’Igloolik, il est une inquiétude encore plus alarmante : la désagrégation sociale due à la transformation de ces sociétés traditionnelles basées sur la subsistance et des économies « du sud » basées sur le salariat. À Arctic Bay et Igloolik, le chômage dépasse les 20% et l’alcoolisme est un problème grave. Le taux de suicide dans le Nunavut, de 77 décès pour 100000 personnes, est un des plus élevés au monde et représente un taux six fois supérieur à celui du reste du Canada. Entre-temps, le passage de la nourriture traditionnelle à des aliments commerciaux transformés a entraîné une augmentation des taux d’obésité et de diabète, notamment parmi les jeunes générations. Mais les problèmes sociaux et environnementaux sont liés : ces changements sociaux compromettent les fondements mêmes de la société inuite qui ont permis l’adaptation culturelle aux grands changements naturels.
Une inquiétude majeure des deux communautés, et des communautés indigènes du nord du Canada, est l’érosion des connaissances traditionnelles des jeunes. Ces connaissances étaient, en principe, développées par l’apprentissage par la pratique, explique David Kalluk d’Arctic Bay. Les jeunes enfants, essentiellement les garçons, accompagnaient leurs pères et grands-pères. Par l’observation, l’expérience et le tâtonnement, ils accumulaient les compétences pour apprendre à chasser efficacement et en toute sécurité.
Les chasseurs prennent à présent de petites embarcations pour se rendre à la limite de dislocation des glaces pour plus de sécurité.
Mais avec l’école et d’autres distractions comme la télévision et les jeux électroniques, très peu de jeunes Inuits suivent cet apprentissage de nos jours. « Ils n’observent pas et ne vont pas chasser » indique Tommy Tatatuapik d’Arctic Bay. Dès lors, les connaissances requises pour chasser et se déplacer sans risques se perdent ou ne se développent plus assez. Cet étiolement touche les méthodes de navigation et de construction d’abris contre la neige, la gestion de situations dangereuses, le choix des vêtements, le stockage d’aliments pour les voyages et l’identification des signes avant-coureurs de conditions périlleuses.
« Nous avons perdu une grande partie de nos connaissances » regrette James Ungallak d’Igloolik. « Ce qui n’était pas dangereux il y 50 ans, l’est devenu aujourd’hui. » Leah Kalluk d’Arctic Bay partage ces inquiétudes : « [Les jeunes générations] s’égarent ou s’aventurent dans des endroits dangereux parce qu’ils n’écoutent pas les anciens. » En effet, il y a eu de nombreux cas de jeunes Inuits en difficulté sur le territoire - et les changements climatiques ne font que rajouter au danger.
L’érosion des connaissances traditionnelles des jeunes générations est aggravée par l’érosion des structures familiales traditionnelles et des réseaux de partage, l’émergence de ségrégation intergénérationnelle et du manque de respect des anciens, une plus grande dépendance aux technologies et aux soutiens financiers externes. Tous ces éléments laminent les mécanismes qui, jusqu’ici, ont permis aux Inuits de gérer les conditions climatiques.
« On dit que ça va continuer de changer... Que pouvons-nous faire ? »
Les problèmes sociaux et environnementaux iront en empirant au fur et à mesure des changements climatiques que subira l’Arctique ces prochaines décennies. D’ici 2100, les températures moyennes devraient avoir augmenté de 3 à 5 degrés Celsius et les précipitations de quelque 20%, selon le rapport Arctic Climate Impact Assessment. Ce rapport prévoit également une baisse importante de la quantité de glace marine, une plus grande instabilité des glaces et des conditions climatiques encore plus extrêmes. Si les Inuits sont capables de faire face aux changements climatiques aujourd’hui, les vulnérabilités liées à l’abandon du style de vie traditionnel, notamment chez les jeunes, préfigurent un avenir inquiétant.
Enfin, la capacité des habitants d’Arctic Bay et Igloolik à gérer les changements environnementaux à venir sera soit diminuée soit renforcée par la subsistance des modes de vie traditionnels et la force du Qaujimajatuqangit inuit. La nature des changements sera aussi déterminante, puisque des altérations rapides et imprévisibles du climat seraient plus problématiques. De même, la période est un élément clé. Les changements des conditions environnementales à des périodes dangereuses de l’année (comme pendant l’englacement ou la débâcle), y compris une instabilité majeure, une glace mince et des vents plus imprévisibles, ont été les principales sources de complications jusqu’ici. D’autres changements créeraient des dangers supplémentaires. Malheureusement, les modèles climatiques existants ont une capacité limitée à prévoir la manière dont les changements climatiques affecteront les conditions environnementales à certaines périodes de l’année.

Débâcle. Aujourd’hui, la glace est plus instable qu’elle ne l’était pour les générations précédentes.
Face à cette nouvelle réalité, les organisations inuites élèvent leurs voix pour sensibiliser à l’ampleur des changements climatiques dans l’Arctique et encourager la réduction des émissions de gaz à effet de serre qui retiennent la chaleur. En juin, la Inuit Circumpolar Conference (ICC), une organisation internationale non gouvernementale représentant les communautés inuites de l’Arctique, a annoncé son intention de lancer une pétition auprès des 35 organisations membres américaines. Elle est destinée à pousser les États-Unis à faire davantage pour réduire ses émissions. Le groupe a accusé le gouvernement américain de violer les droits de l’homme des Inuits en alimentant les changements climatiques. Sheila Watt-Cloutier, Présidente de l’ICC, a récemment reçu le prix Sophie de $100000 pour son travail mené en faveur des droits des Inuits.
L’ICC et d’autres groupes inuits ont néanmoins été moins performants quand il s’est agi de proposer des solutions aux communautés pour gérer les changements climatiques à l’échelle locale. C’est une question importante pour les nombreux habitants qui vivent les changements climatiques au quotidien et qui feront face à de plus grands changements encore dans les années à venir. La plupart des communautés préfèreraient éviter le destin de Shishmaref, petit village inuit dans la mer de Chukchi en Alaska, où les habitants se préparent à partir pour s’établir sur un terrain plus solide. En effet, le retrait de la glace marine, le dégel du permafrost et les tempêtes marines fréquentes ont, peu à peu, érodé leur île.
Nombre d’habitants du Nunavut ont des idées pour faire face à la situation. Ainsi, Atagutak Ipeelee remarque que de plus grands bateaux conviendraient mieux pour naviguer par vent fort ; cela augmenterait la sécurité des chasseurs pendant la chasse au narval à la fin du printemps. À Igloolik, Abraham Ulayuruluk aimerait voir arriver des subventions pour permettre aux chasseurs d’acheter des suppléments d’essence, de nourriture, de tentes et d’autres marchandises nécessaires pour faire face aux changements de conditions. Elles couvriraient aussi les équipements de sécurité, y compris les téléphones satellites et les unités GPS ainsi qu’une assurance abordable pour couvrir la perte ou l’endommagement de matériel dû à des accidents de chasse liés aux changements climatiques.
Il existe aussi des moyens d’aborder les questions sociales qui enveniment de nombreuses communautés inuites, et renforcer ainsi, de manière indirecte, leur capacité à gérer les changements à venir. Ce sont notamment des politiques de promotion et de préservation des connaissances traditionnelles inuites et le renforcement de la sécurité des activités de chasse pour les jeunes. À Igloolik, la Inullariit Society, établie en 1993 pour conserver et promouvoir la culture, la langue, l’héritage et les valeurs traditionnelles, propose aujourd’hui des camps en extérieur lors desquels des anciens emmènent des jeunes Inuits pendant plusieurs semaines d’affilée sur le terrain pour leur enseigner les techniques de chasse, de survie et les comportements de sécurité. Dans la mesure où la connaissance inuite constitue le fondement de l’identité culturelle, de la spiritualité et des valeurs inuites, il est impératif de la préserver et de la promouvoir pour mieux appréhender les inquiétudes actuelles des communautés.
En tenant compte des changements climatiques et en inscrivant l’ensemble des mécanismes pour y faire face dans la planification, le budget et les autres processus de prises de décision, les communautés inuites peuvent se prémunir contre les enjeux à venir qu’ils devront sans doute affronter. Cette approche, connue sous le nom de « mainstreaming [1] » , est susceptible d’être la plus efficace pour se préparer aux inévitables changements.
James Ford est un aspirant doctorant à l’Université de Guelph, Ontario, Canada. Sa recherche sur la vulnérabilité des Inuits face aux changements climatiques s’inscrit dans le projet ArcticNet.